Je suppose que ung ytalien fust obligé de une grant somme a ung françoys/ de laquelle obligation vouldra fraulder celluy auquel il est debteur Il s’en ira demourer en angleterre pource que bien scet que le françoys n’yra pas la plaider a luy/ ou par aultre pourroit advenir/ ung genevoys sera de pieça obligé a ung françoys Or saura bien que pour la malvaillance qui est ore entre le roy de france et les genevoys/ le françoys n’yra pas a geneves pourchasser sa debte/ si sera de tant mauvaise conscience que cure n’aura de restituer/ que fera doncques le françois seurement il se traira devers le roy ainsy que subgect a son seigneur pour avoir semblablement aide du sien recouvrer. Adont le roy bien informé donnera semblablement marque/ & le donnera aussy s’il advient que ung chevalier ou autre ait esté destroussé injurié & villenié en quelque part ou le roy n’ait deffence de guerre/ jusques ad ce que amende et restitution luy soit faicte Sy trouverent ceste cautelle les consaulz des princes pour obvier a telz baratz.

Ceste marque contient que toute personne qui seroit trouvee au pays du prince qui l’a donnee/ qui de la ville/ du pays/ ou du lieu fust de celui qui auroit fait l’outraige/ fust prins & ses biens mis en la main du seigneur jusques ad ce que le marchant fust paié & a donc quant les marchans se voient ainsy mal menez es estranges pays ou marque est donnee contre eulx/ ilz font tant a la justice du lieu dont ilz sont/ que celluy par qui c’est contente l’autre et restitue/ et pour celle cause fut elle trouvee et mise sus/ si sert bien le comun proverbe ad ce propos qui dist que par ung inconvenient est aucunefois chassé ung aultre inconvenient/ car par cestuy est ung aultre grief reparé ne par aultre voye ne se pourroit nullement avoir droit de assez de tors qui sont faitz ou que on pourroit faire aux estranges allans et venans leurs chemins/ mais non obstant que celle chose puisse avoir aucune couleur pource te dy que ung roy ou prince auquel elle est requise ne le doit pas pourtant donner de legier/ car moult est chose griefve et pesant/ pourquoy doibt estre a peine deliberee pour deux principalles causes. l’une est que c’est chose qui moult peut grever conscience L’autre que ce peut estre commencement de guerre. Quelle chose doncques doibt faire le roy quant requise lui est/ a donner contre aucune cité pays ou seigneurie. Il doibt premierement interroguer ou faire interroguer par son president ou aultre sage legiste et justicier pour quelle raison il la requiert et quelle cause il a. Et celluy dist que quant il venoit de melan que en la ville d’ast/ on luy osta bien. x. mille francs ou chose qui le valloit/ et que de ceulx ne peut avoir droit/ ains soustiennent ceulx de la ville ceste chose/ quoy que de la demander par leur justice se soit bien mis a son debvoir. Adonc doit le roy escripre & mander par ces lettres a iceulx que amiablement vueillent faire faire restitution a son subgect du dommaige que ung ou plusieurs des leurs luy ont fait/ dont s’il advient que pour ce n’en soit riens fait & que des lettres du roy ne tienent compte/ & par conseil soit veu & deliberé que marque donner y appartienne/ Adont selon la coustume de ses seigneurs temporelz le peut donner.

Cy devise se tous seigneurs pevent donner marque Si le roy la peut donner pour ung estrangier qui son cytoien soit fait/ et apres se escoliers estudians pourroient estre a celle cause empeschez. vie. chapitre

Et doncques maistre s’il advenoit que le peuple de florence ou d’autre part en cas semblable eussent prins les biens de ung marchant de paris comment se donneroit marque contre cité/ car selon droit il convient aller demander justice au juge souverain du lieu lequel est l’empereur/ mais combien que par droit les florentins soient ses subgectz/ il n’est pas doubte que pour luy riens en feroient/ & a dire que le marchant allast pleder devant le potestat qui paraventure sera ceste annee ung chevalier ou ung cousturier ou savetier de celle ville/ et si portera or a sa çainture comme ung chevalier/ en recousant ses solers/ selon leur coustume qu’ilz ont d’eulz gouverner a peuple : se croy qu’il y auroit petit droit Je ne ditz neant plus de florence que de une autre cité qui a peuple se gouverne/ que fera on doncques.

Bel amy tout ainsi que devant t’ay dit le roy y escripra ses lettres et se compte n’en tiennent donnera sa marque franchement contre eux puys qu’ilz dient qu’ilz sont mesmes seigneurs de florence.

Maistre je te demande se tous seigneurs pevent donner marque.

Je te respons que non/ car sicomme toy mesmes as cy devant dit/ et assez est repliqué que nul seigneur ne peut juger guerre s’il n’est souverain en juridicion. et comme cestuy fait de donner marque selon sa nature & condicion soit semblable a guerre ne la peut nul donner s’il n’est pour seigneur sans moyen si que est le roy de france de son royaume.

Or me dy encore. Je suppose que ung marchant natif de la ville de melan soit de longue piece demourant a paris/ il y ait hostel sien/ terres et heritages pour laquelle cause sera reputé bourgois selon la coustume. Je te demande se le roy donnera marque pour cest homme se le cas comme dessus y eschiet veu qu’il n’est pas de paris ains est natif de l’empire.

Je te respons que selon la rigle de droit celluy qui est participant du mal et en la charge semblablement le doit estre au bien et au reconfort. Par quoy s’il est ainsy que cestuy marchant ait acoustumé de paier aucuns subsides ou aucunes impositions au roy de sa marchandise/ et de ses biens/ veu qu’il est bourgois sans faulte le roy est tenu de le porter et soustenir en toutes choses comme son citoyen/ & semblablement ung autre gentil homme estrangier demourant par long temps en france qui eust servy le roy en ses guerres & y fust herité.

Et je te demande se pour cause de celle marque donnee du roy pourroit estre empesché ung clerc estudiant ou ses biens.