Je te respons comme dessus que non/ ne mesmement son pere qui le seroit venu veoir si que t’ay dit ne mesmement ne pourroit le roy se le cas y escheoit donner marque contre quelconques gens d’eglise/ comme il n’ait que congnoistre sur eulx/ ains est au pape se prelatz sont a congnoistre/ et des autres en est a leur prelat qui contraindre les doibt de faire raison/ & te dis encore que tous pelerins de quelque part ou nation qu’ilz soient sont en la sauvegarde de dieu et du saint ou ilz vont en pelerinage/ & par ce les prent le pape en l’especial sauvegarde de saincte eglise par quoy sont previlegiez sur toutes autres gens et sont reputez comme gens de saincte eglise. Et est excommunié de par nostre dit saint pere le pape qui mal leur fait & pourchasse.
Cy fait mencion ce c’est chose juste et selon droit que ung homme doive prouver par son corps/ contre une aultre chose qui soit incongneue et secrette. viie. chapitre.
Apres ces choses comme je soye trescontent des solucions precedentes/ treschier maistre te vueil en continuant nostre matiere de guerre faire aultres questions comme de mon temps en france ay de ce aucunesfoys veu user Et semblablement ains mon temps a esté icy et autre part assez en usage d’armes/ c’est assavoir une guerre qui ce fait seulement entre deux champions ou plusieurs aucunesfoys d’une mesme querelle ainsi en champ cloz. Laquelle guerre est appellee champ de bataille que ung gentil homme entreprent a faire contre ung aultre pour prouver par force son criesme occult & mussé. Si te demande se telle bataille est juste et permise de droit.
Treschier filz de ceste matiere entre eulz pour cause que les nobles qui ne sont pas clers sachent qui se present livre pourront ouyr/ sachent mieulx ce qui en est bon a faire me plaist a tant a respondre par quoy affin que iceulx qui armes chevalereuses aiment s’entendent en ceste matiere/ & que toy mesmes qui apres moy escripras en puisses au vray parler Te dis que en toutes les autres choses d’armes selon droit divin/ selon le droit des gens/ selon le droit civil/ selon droit de decret & canon/ donner gaige de bataille & le recepvoir pour soy combatre est chose condemnee et reprouvee & entre les autres droitz qui le deffendent est excommunié de droit canon aussy bien celluy qui le donne comme celluy qui le reçoit/ et qui plus est le sont ceulx qui le regardent.
Or peus tu veoir ce c’est chose a faire et qui le monstra/ pape urbain ve. de ce nom quant le champ de bataille deut estre fait a ville neufve lez avignon de deux champions qui s’estoient accordez de combatre devant le roy Johan de france/ lequel nostredit sainct pere comme chose deffendue commanda expressement soubz peine d’excommuniment que nul ne les allast veoir/ et se toy ou autre me vouliés dire que telle chose soit d’usage d’armes. Je respons que trop plusgrant est le droit dieu et plus y doibt on obeyr que a usage d’armes/ & que juste chose soit que on ne le doit souffrir ne faire y a assez de bonnes raisons/ & mesmes que droit divin y assigne/ lequel droit divin est droit de la saincte escripture ou obeyr debvons sur peine de grant peché mortel/ lequel droit condemne toute chose a faire par laquelle on veult tempter dieu/ car on veult savoir se dieu aidera au droit. Et est sicomme tenter que dieu face miracle : laquelle chose est non deue de experimenter la voulenté de dieu Et il appert car nous disons que demander chose contre nature ou par dessus nature est presumption & chose qui desplaist a dieu et cuider que feble vainque le fort/ & le ancien le jeune/ ou le malade le sain par force de bon droit/ ainsy cuider avoir telle chose est tenter dieu. et je te dy certainement que s’il advient qu’ilz gaignent c’est adventure et non pas le bon droit qu’ilz y aient/ & qu’il soit vray il appert par ceste raison. n’a pas nostre seigneur souffert occir plusieurs preudommes a tort et sans cause. dont les ames en sont glorieusement en paradis/ qu’il ne fist pas alors miracle pour eulx Et cuideriés vous dont que dieu fist plus pour ung povre pecheur que pour iceulx/ sy est vray que souvent a esté veu que celluy qui avoit bon droit le perdoit pourquoy une decretalle ramentoit une telle histoire.
Une foys advint que en la cité de Poulent furent deux freres accusez de larrecin par quoy selon l’usage d’icelle cité les en convint deffendre en champ ou quel ilz furent vaincus donc tost apres advint que en la cité fut trouvé celluy qui le larrecin avoit fait & fut sceu appertement que les deux freres ja destruis n’y avoient coulpe. Et pour ce que semblablement a esté sceu par plusieurs autres foys & aussy que ce n’est chose raisonnable que faire se doye les drois canons ont reprouvé telle maniere de combatre Et aussi ce que dit le droit se par telle maniere on vouloit sa justice prouver les juges qui pour faire justice sont establis seroient en vain. Et est mauvaise raison de dire se je ne puis prouver ce que je dy je m’en combateray et le prouveray par mon corps. Car nul forz dieu et moy et cellui que j’en appelle ne le set Et se aucun vouloit dire voire mais les maulz qui par innocence du puple et secretement sont faiz ne se pevent par justice pugnir puis que prouvez ne sont. Mais cellui qui tient que par lui soit peché secret pugnis veult a dieu lequelle a congnoissance des pechés secrez usurper sa puissance et sa tresnoble sapience a qui seul en appartient faire la pugnition/ et se afferme ung decret qui dit que se tous pechez estoient en ce monde pugnis les jugemens de dieu n’auroient doncques lieu. Et autre raison y a qui ceste chose condemne/ c’est que droit civil a ordonné juges et jugement pour faire raison et plaider causes que nul ne soit creu pour tesmoing en sa mesme cause/ mais l’omme qui ainsi par son corps veult prouver s’efforce de corrumpre celle loy de droit civil.
Item de droit canon est encore plus reprouvé/ car il commande expressement que on obeisse au pape et a ses commandemens/ et il par bonne raison a commandé par mots expres que jamais par telle maniere on ne se combate/ sy peus veoir bel amy que telle bataille est reprouvee a laquelle chose dieu mercy le roy de france et son bon conseil a puis quatre ans en ça bien advisé par quoy plus telle maniere de combatre ne sera d’usage/ et son royaume l’en louoit/ dieu doint joye paix honneur et paradis a ceulx qui par la vertu de bon sens se sont penés que telle maniere de combatre soit mise jus/ de ce tresnoble royaume de france. Et toutes ses aultres folles armes qui se faisoient par jeunesse sans nulle cause si non par maniere d’orgueil et vaincre l’un l’autre sans nulle querelle qui chose estoit desplaisant a dieu sont delaissees. Et comme cestuy royaume lequel est le suppellatif sur tous crestiens ait commencé y prendront se dieu plaist les autres pays exemple de semblablement non souffrir leurs nobles desobeir a l’eglise en mettant en peril les corps d’estre mors a deshonneur et sans cause et les ames damnees a tousjours. Ha dieu nostre racheteur quelle folle entreprinse.
Cy devise se tout homme peut donner gaige de bataille. viii. c.
Mais pource que les deffaultes dessusdictes du droit ne ont pas tousjours esté tenues ne obeyes ne encores ne sont en tous royaumes si que dit est de combatre en champ de bataille/ te diray le cas en quoy l’ont jugé ceulx qui le misrent sus/ c’est assavoir l’empereur nommé Frederic qui tant fut contraire a saincte eglise qu’il chassa le pape hors de son lieu lors qui vint a refuge au roy de france/ & aussy autre escript que on appelle la loy lombarde en devise plusieurs cas/ lesquelz seront cy apres par moy declairez. Premierement dit la loy dudit empereur que se ung homme est accusé de traïson avoir faicte ou pourchassee contre son prinse ou sa cité ou au prejudice du bien publique quel que soit le cas/ de quoy la verité ne puisse par preuve estre sceue/ que ce celui qui est accusé offre soy deffendre en champ de bataille contre cellui qui le vouldra accuser ou desdire qu’il soit receu.
Item dit que se ung prisonnier de guerre est tenu en prison de l’adverse partie/ & il adviengne que durant celle prison la paix se face entre les deux parties s’il advient que le maistre occist son prisonnier pour lequel meffait de droit doit perdre le chef/ & de ce sont approchez en face de justice/ cellui mect avant qu’il a occis son prisonnier son corps deffendant & que premierement l’avoit traitreusement ou par autre voye assailly quant il n’y avoit que eux deux/ & se veult il prouver par son corps en champ de bataille s’il estoit nul qui au contraire voulzist dire il y doibt estre receu.