Or sire et s’il advient que le premier jour le juge ne puisse congnoistre lequel est vaincu/ sont ilz tenuz de retourner l’endemain Je te respons certainement que ouy s’il est en leur puissance/ & que a oultrage aient emprins a combatre/ au cas que autre condition n’y auroit esté mise/ si n’en pourroit estre absoubz ne quitte jusques a ce que l’un soit vaincu/ quoy qu’il demeure/ reservé que le prince commandast le contraire ou que eulx mesmes s’accordassent par le commandement du seigneur/ car aultrement ne le pourroient ilz faire puys que en champ sont entrés mais le prince en doibt estre piteux et avoir mercy de ses deux hommes qui en peril sont de perdre ame corps et honneur.
Dy moy encore maistre lequel des deux doit premierement ferir quant ilz sont en champ/ car je n’ay pas oublyé ce que cy dessus as dit que ceste bataille tient en partie/ nature de plaidoierie par quoy il semble que l’appellant doibt premier tenir son baston/ & ferir/ car en plaidoierie celluy qui est acteur donne premier sa demande & apres respond le deffendeur.
Amy combien que tes raisons soient consonantes. neantmoins en ce cas y convient faire par autre voye que plait ne se gouverne/ car la est exploicté par parolles/ & icy par voye de fait/ & pource/ la ou homme est en peril de mort ne doibt pas attendre le premier coup/ car tel pourroit il estre sy grant & si pesant que tart viendroit a soy deffendre/ comment n’a pas doncques assez encommencé l’appellant quant son gaige a donné et appellé l’autre de combatre/ et se en jugement l’acteur donne premier sa demande ce n’est que par parolles/ dont il est grant marche ou par ung pou d’escrit. Sy n’est ce pas si perilleux comme seroit ung coup de hache ou de lance Et puis qu’ilz sont enclos & on leur escrive faictes vos devoirs/ ne scet pas bien chascun ce qu’il a a faire/ & pource te dy que selon toute raison en tel cas/ soit par raison barat ou aultre subtil engin cautelle force appertise ou autrement puis que la sont/ celluy qui est appellé peut ferir premier s’il a loisir et en tous cas peut prendre l’avantaige s’il peut ou scet/ mais vray est qu’il doibt attendre premier que l’autre se parte de sa place ung pas ou deux ou face semblant de venir vers lui.
Item derechief te fais aultre demande. Je prens que le roy qui voit deux champions ainsy combatre ait pitié de celluy qui voit sur le point de desconfiture/ fait arrester par le cry de son connestable. Neantmoins le mieulx combatant requiert au roy qu’il luy face justice & juge le droit pour lui Le roy respond je te juge l’onneur de la bataille/ mais je pardonne a l’autre/ car c’est mon plaisir/ cestui requiert ses despens/ les doibt il avoir/ car il sembleroit que non/ pource que le roy ne luy a pas condemné et qu’il n’a pas aussy confessé le fait comme vaincu.
Je te respons que s’il estot convaincu du tout & le roy luy pardonnast le delict/ laquelle chose est en sa puissance/ sil ne peut il pourtant faire tort a partie/ laquelle a bon droit les requiert mais s’il est dit. Ho/ qui est a dire cessez ains qu’il en soit du tout attaint et vaincu/ il n’y est pas tenu/ car quoy que le roy me fait crier/ quant le pis a de la bataille sil n’a il pas encore confessé la chose en quoy gist la droicte victoire au vainqueur/ c’est assavoir quant a l’autre fera confesser le droit qu’il a/ & aussy y pourroit encore avoir esperance que aucun coup pourroit estre lancé qui occiroit celluy qui le meilleur cuide avoir/ sicomme on a veu aucunesfoys/ que celluy qui dessoubz attaindoit l’autre en lançant de dague ou d’espee qu’il l’occioit/ car de fait de bataille quoy qu’il en semble ne peut estre bonnement jugé jusques en la fin.
Et maistre s’il advenoit que il fust trouvé que aucun en tel cas eust accusé a tort ung autre ou de murdre ou de crisme que deveroit il estre fait de l’accusant.
Sans faulte nos maistres determinent que on en deveroit faire pareille pugnition comme le cas en donnoit que on deust faire de l’autre s’il en eust esté attaint.
Cy demande se ung homme estoit pugni en champ de bataille d’aucun meffait se justice a plus que veoir sur luy d’icelle cause. xiie. cha.
Et derechief je te demande se ung homme qui appelle ung aultre en champ de bataille pour luy prouver par son corps qu’il est faulz parjure/ & la pugnition selon le cas advient que de ce mesmes fait il est appellé & poursuivy de justice/ doibt cest homme estre pugny plus de une foys de ung mesmes cas/ car il ne sembleroit pas que juste chose fust ne dieu ne le veult ne saincte escripture ne si accorde que pour ung peché on doive estre condemné deux foys.
Bel amy ad ce te respondray quoy que les excusations que tu dis fussent assez bonnes/ & mesmement assez d’autres pour l’omme accusé/ l’autre partie pourroit respondre nous sommes en court de droit escript/ par lequel doibt estre congneu et jugié des cas qui requierent pugnition/ mais comme gaige de bataille ne soit approuvé de nul droit escript/ par lequel supposé que par celle voye a esté corrigé n’est pas pourtant pugnition/ car justice n’y a pas veu et n’y eut autre chose au regard de droit que ainsy que se ung pere avoit batu son enfant pour cause d’aucun delict/ qu’il auroit fait/ ne suffiroit pourtant a justice ne a pugnir ne le lairoit. Si t’en diray selon le voir de ces deux altercations Sachez de vray que se la journee eust esté sy longuement differee de la bataille d’entre l’accusant & l’accusé/ que le cas fust venu en ces entrefaictes a congnoissance de justice. Je te dy bien que non obstant ce l’entreprinse de ladicte bataille juste l’en peut pugnir comme se ce fust chose prouvee/ mais se tu me demandoies se apres la pugnition seroit tenu de tenir la tournee du champ. Je te responderoye que non Car quel droit pourroit il avoir de soy deffendre de ce dont il est convaincu/ mais s’il estoit ainsy que le prince ou celluy qui estoit garde du champ l’eust pugny de ce meffait ou qu’il luy eust remys & pardonné ce meffait fust par jurement ou autre/ certes tant est grande l’auctorité des princes qui ceste coustume ont approuvee de prouver par bataille par pugnir les a tant par celle voye que pugni soit une foys sans plus ne les princes & seigneurs ne souffriroient pas aucunement requerir leurs sentences.