La tierce rigle est que le prince doibt faire proposer l’appellant la cause et action qu’il a contre l’autre/ & aussy que le deffendeur soit ouy present son conseil ou soient si que dit est les clers legistes/ & la doibt estre bien veu lequel a juste cause/ & que chascun en die son oppinion. Apres laquelle chose s’il est ainsy que trouvé soit que la guerre soit esmute par orgueil follie ou presumption/ comme de dire Je vueil prouver mon corps contre le sien en champ jusques a oultrance/ pour honneur acquerre et pour l’amour de ma dame ou que plus belle est que la sienne/ et telles manieres de follie/ tantost doibt estre deboutee ceste chose et non ouye et deffendre que plus n’en soit parlé & encores te dy je/ que pour parolles quelconques tant soient injurieuses se dictes sont en fureur ou chaleur par suspicion ou merencolie/ si que celluy contre qui ont esté/ s’en vueille combatre/ n’y doibt pas avoir de bataille : si non que celluy qui dictes les a les voulzist tousjours maintenir et combatre en celle querelle qu’il fust ainsi comme il auroit dit : a laquelle chose se ainsy advenoit encores se deveroit on pener de amoderer l’un et l’autre que bataille ne se feist nullement si que dit est ne doibt estre emprinse faicte ne jugee se trop grant cause n’y a/ ains deffendue et destournee tout le plus tost que on peut.
Mais s’il est ainsy d’aucune adventure que le cas soit grant sicomme de traïson de meurdre d’efforcement d’avoir bouté feu ou d’autre grant chose/ que l’appellant ne puist prouver ne monstrer fors par la preuve de son corps et que le deffendant ne se puisse nullement excuser que coulpe n’y ait/ a dont sy que dit est par le regard et consentement de tout le conseil doibt le prince juger la bataille selon ce que la loy du cas le requiert/ lequel est tel que tantost jugié sera quoy que plusieurs soient orgueilleux qu’ilz ne se fient si non en la force de leurs corps/ & ne font compte de dieu ne de son aide/ y doibt avoir aucuns saiges preudommes ad ce commis qui monstrer leur doibt le grant peril d’ame et de corps ou ilz se sont mis/ et que bien se advisent et confessent a saiges confesseurs/ & en bon estat se mettent/ si appellent dieu/ car encore leur en sera besoing Et ainsy admonnestent chascun a par soy bien et saigement leur conseil a part/ leur dient comment telle chose est pesant : ou il convient mourir ou estre deshonnoré/ sy se advise que tart ne viengne au repentir/ & toutes telles choses banies/ a ame et corps sache chascun conseil dire au scien et loyaument admonnester ne point ne le laisse jusques a la fin de la chose ou il a mestier d’estre bien conseillé mesmement es tours d’armes qui en telz cas sont convenables tant a assaillir comme en deffence/ et pour ce faire se c’est assavoir pour y conseiller d’une partie/ et l’autre leur doibvent estre baillez chevaliers expers et sages en tel art et science.
Cy demande se bataille peut faire selon droit a jour de feste/ et se on tient en droit que homme en armes se puisse sauver/ et se clercs pevent ne doibvent de droit aller en bataille ne excerser armes. xiiiie. chapitre.
Maistre or me dy se aucune bataille soit generalle ou especiale se peut faire selon droit a jour de feste/ car il seroit advis que non veu que les festes sont faictes et ordonnees pour dieu servir Si n’est pas combatre l’un contre l’autre oeuvre ne service aplicqué a dieu.
Sans nulle faulte amy ad ce propos tu trouveras en l’ancien testament comment de dieu estoit permis aux enfans d’israel que a quelque heure de jour que on venist sur eulx qu’ilz se deffendissent et yssissent hors pour donner la bataille/ pource te dy/ que en cas de necessité on peut bien a jour de feste faire bataille/ c’est assavoir que au cas qu’il fust assailly/ mais sans faute de emprendre journee de bataille a jour de feste n’appartient pas quoy que au jourd’uy soient christiens de sy foyble foy et pou de reverence aient en dieu et aux saints que compte n’en font gens d’armes/ mais que leur advantaige voient de chevaucher escheller ou escarmoucher & piller aussy au vendredi benoist ou au jour de pasques que en autre temps laquelle chose ne se doit nullement faire se grant necessité n’en contraint ou que grant bien de la commune utilité soit.
Je te demande maistre se nous devons tenir que ung homme d’armes se puisse sauver en excersant office d’armes/ car tresgrant doubte y pourroit avoir veu les maulx que necessairement convient que on y face/ & aussy que qui meurt en voulenté de grever son voisin ne va pas en bonne voye si me semble que tel est le desir de gens d’armes qui vont en guerre contre les ennemys lesquelz dieu veut que on aime/ & dont qui y meurt comment pourroit il estre sauvé.
Amy sur ce en bref te respondray par troys conclusions.
La premiere que sans faire doute selon que declaire le decret/ le chevalier ou homme d’armes qui meurt en bataille contre les mescreans pour l’exsaucement de la foy de nostre seigneur jesucrist : mais que de ses pechez soit repentans/ il s’en va ainsy que martir tout droit en paradis.
La seconde que se ung homme d’armes meurt en juste bataille pour aider au droit ou que ce soit pour la juste deffence de la contree & pour le bien publicque ou que ce soit pour garder les franchises ou bonnes coustumes du lieu se autre pesché ne l’empesche/ son ame n’en est pas agrevee/ ains y a grant merite et peut estre tel le cas et la querelle qu’il s’en va droit en paradis/ et est determiné que cellui bien meurt qui expose sa vie pour deffendre justice le droit de son prince et la contree/ & le peuple/ qui est chose moult meritoire.
La iiie. est au contraire/ c’est assavoir que se ung homme meurt en bataille en laquelle fust contre sa conscience/ c’est assavoir qu’il pensast que la querelle fust mauvaise & pour tollir et usurper droit d’aultruy dont il ne lui en chaille/ mais que tollir peust piller ou gaigner ses sauldees/ sans faulte se tel homme n’a loisir de avoir grant repentance en la fin nous ne pourrions presumer qu’il fust en voye de sauvement/ sy se advisent bien tous ceulx qui s’i mettent/ car ame et corps exposent en grant peril se en faulses querelles soustenir se habandonnent. En ce doivent singulierement avoir regard sauldoiers estranges/ et est moult contre ceulx ausquelz il ne chault de la querelle/ mais que bien paiés soient de leurs gaiges/ & que bien puissent piller/ mais telz gens font trop pis et moins sont a excuser que ceulx a qui il convient estre soit droit ou tort soubz peine de perdre leurs fiefz et terres avec leur naturel ou souverain seigneur/ combien qu’ilz doivent se leur seigneur a tort mettre peine a destourner et eschever la guerre.