¶ Cy devise en quelle maniere se doit estendre la largesse & liberalité de la saige princesse. Chap. .xix.
Et pource que nous avons parlé des autres vertus convenables a princesse assés au long & plus en brief avons touché la largesse mondaine qui en dons luy affiert a avoir hors l'ordre commune de sa despence & extraordinairement comme ce soit chose advisant a princesse que en ce soit advisee en parlerons plus au large la saige princesse qui vouldra qu'il n'y ait riens a reproucher en ses faitz se gardera bien que le vice de chetiveté & de non deue echarceté ne soit point veu en elle & aussi de folle largesse qui n'est mye maindre vice. Et pourtant par grant discretion & prudence usera & fera de ces dons / car c'est une des choses du monde qui plus exaulce la renommee des grans seigneurs & dames que largesse & ce tesmoigne jehan de sabberieuse en policraticion ou tiers livre ou .xiiii. chapitre a demonstrer que la vertu de largesse soit necessaire a ceulx qui ont le gouvernement sur la chose publicque. exemple de titus le noble empereur qui acquist telle renommee par sa largesse que on l'apelloit le secours & l'aide de toute personne & il avoit tel amour a ceste vertu de largesse que le jour qu'il n'avoit fait don aucun il ne povoit estre joyeulx & pour ce aquist la generalle amour de tous. Si demonsterra la sage dame sa largesse en telle maniere se elle a puissance de donner & il luy vient a congnoissance se que elle soit bien informee que aucuns gentilz hommes estrangiers ou aultres aient par longue prison ou rançon moult perdu du leur ou soient a grant souffreté elle leur aidera voulentiers du sien & de bon usaige largement selon son povoir. & pource que largesse ne s'estend mie tant seulement en dons comme dit ung saige / mais aussi en reconfort de parolles en leur donnant esperance elle les confortera de meilleur fortune & ce reconfort par adventure leur fera autant ou plus de bien que l'argent que elle leur donra car moult est chose agreable a personne si que ja est touché si devant quant prince ou princesse luy donne reconfort & mesmes de sa parolle. Et aussi si ceste dame voit aucun gentilhomme soit chevalier de bon couraige qui ait grant voulenté de soy avancer en honneur. mais n'ait mye grant chevance pour soy habiller si qu'il affiert & elle voit que de luy ayder soit bien employé & que il le vaille la gentille dame qui aura en soy toutes nobles meurs pour honneurs de gentillesse & pour tousjours eslever noblesse de vaillance luy aidera. Et ainsi en divers cas qui peut advenir s'estendra la saige & bien ordonnee largesse de ceste dame & s'il advient que aucuns presens ou dons luy soyent faitz de par aucuns grans seigneurs elle donnera si grandement aux messagiers que ilz s'en puissent louer & plus se ilz sont estrangiers que aux autres affin que en leurs païs en facent mention a leurs seigneurs & vouldra que tous soyent expediez. Et se les presens viennent de grans dames elle leur envoyera semblablement de ses joyaulx & de ses belles choses plus largement Mais se povre ou simple personne luy fait aucun service ou luy presente quelque chose estrange par bon vouloir elle regardera la faculté de la personne & son estat & la grandeur du service ou la value ou bonté ou beaulté ou estrangeté du don selon le cas si le remunerera quoyque ce soit si grandement que l'en s'en puisse & doye louer & avec ce par si joyeuse chere recevra la chose que ce sera a pou moitié poiment. Et non mie sera sicomme nous veismes une fois & n'a pas moult de nos yeulx avenir dont moult nous pesa a une court du monde de prince ou de princesse que ce fust la fut mandee une personne que on reputoit a saige pour oÿr & congnoistre de son sçavoir. Si y frequanta plusieurs fois / & se tenoit on tresfort content de ses faitz & de ses ditz & de l'effect de son sçavoir duquel il avoit fait audit prince ou princesse aucuns services justes bons & loysibles dignes de recommandation & desserte. En cestuy mesmes temps & espace frequentoit a icelle mesme court une autre persone qu'on reputoit a folle qui a coustume avoit de servir les seigneurs & dames de bourdes & rappors de ce qu'on faisoit par tout & de parolles de nulle value sicomme par maniere de truffes & de faire rire. Advint que on voult remunerer & faire dons a la personne que on reputoit a saige & qui avoit desservy de son sçavoir & a la personne qu'on reputoit a folle qui avoit servy seulement de dire les bourdes / si fut donné a ladicte folle ung don qui fut extimé a la value de .vl. escus. & a l'autre ung don de douze escus / de laquelle chose quant ce vismes entre nous troys seurs / raison / doctrine & justice muçasmes nos faces de honte de veoir si desconvenable extimation et tant aveuglee descongnoissance en court que on dit autentique. non mye pour la value du don / mais pour l'extimation des personnes & de leurs faitz Si ne fera mye ainsi la saige princesse qui des folz ou des folles ou qui le contrefont / ou de raporteurs de parolles et de choses de nulle value gueres ne s'acointera ne la estandra mye ses dons mais aux vertueux & a ceulx a qui le bien est employé.
¶ Cy devisent les excusations qui affierent aux bonnes princesses qui ne pourroyent pour aucunes causes mettre a effect les choses dessusdictes. Cha .xx.
Or avons dit ce qui appartient & touche a la largesse de la saige princesse / mais avant que nous passions oultre affin que oblié ne soit nous convient icy toucher par especial questions qui nous pourroient estre faictes sur deux pointz que touchié avons cy devant C'est assavoir l'un que nous avons dit & devisé comme il appartient que la saige princesse se face accointer des gens de tous les estatz & subgetz. Et l'autre a la liberalité que doit avoir. si que dernierement avons dit du premier point. Pourroit souldre telle question vous dictes qu'il appartient a saige princesse d'avoir la benivolence des subgetz pource se doit d'eulx accointer. Mais comment pourroit cestuy enseignement servir a toutes car il n'est point de doubte qu'il est assés que quoy qu'elles soyent tressaiges & prudentes si ont elles maris de merveilleuses meurs & qui si court les tiennent que a peine osent elles parler mesmes a leurs serviteurs et aux gens de leur ostel. si ne se pourroient icelles femmes de nul acointer & ne sert a nul envers elle cestuy enseignement. Item a l'autre point semblablement qu'il est assés de princes & d'autres hommes qui tant tiennent leurs femmes courtes d'argent qu'elles n'ont ung denier. Si ne pourroient celles par effect quelque bon vouloir qu'elles eussent user de celle vertu de largesse. Si respondrons a ces deux questions ensemble tout en unemesmes sentence. c'est assavoir que nous n'entendons mye de celles qui sont gardees par telles extremités. Car aux dames & princesses ou autres tenues en tel servage prudence ne peut donner autre enseignement & sil n'est il pas petit fors prendre en pacience faire tousjours bien a leur povoir & obeir pour avoir paix. Mais parlons a celles que nous supposons qui ayent auctorité sens & puissance de ce faire si que ja avons dit. Et aussi n'entendons mye des jeunes qui encores sont soubz l'administration d'autres dames vray est que cest nostre doctrine s'elles l'estudient & retiennent leur pourra servir d'aprendre a elles gouverner par telle prudence que quant seront en aage de plus grant discrection les maris & seigneurs qui les verront de semblable ordonnance & gouvernement leur pourront bien donner auctorité de faire & gouverner semblablement qu'il est dit & que nous dirons cy aprés en temps & en lieu a leur ennortement & l'homme est trop fol de quelque estat qu'il soit quant il voit qu'il a bonne femme & saige s'il ne luy donne auctorité de gouverner se besoing est. combien qu'il en soit assés de si malostrus & de si descongnoissans qu'ilz ne sçavent veoir ne congnoistre / ou bonté & sens sont assis & se fondent sur l'oppinion que en sens de femme ne peut avoir grant gouvernement. de laquelle chose nous veons souvent le contraire. Si disons de rechief en concluant que se celles dames ainsi courtes tenues ne pevent en ces pointz mettre a effect leur prudence tant en ce qui touche d'elles faire a congnoistre a leurs subgectz & aussi en faisant largesse elles en sont a excuser. mais neant plus que une grant lumiere se pourroit si fort mucier que par aulcun anglet ne fust apperceue ne les pourront tant empescher leurs maris que s'elles sont bonnes saiges & de bon amour a leurs subgetz que elles ne soyent bien aymees de tous & reputé leur bonne voulenté pour faict pour les discretes et bonnes apparences qu'on verra d'elles / & que louees & renommees ne soyent en tous lieux Et souffice quant a ce propos.
¶ Cy devise du gouvernement a la saige princesse demouree vefve. chap. .xxi.
Parlé avons assés de ce qui touche les enseignemens des princesses mariees / mais affin que nostre doctrine soit en tous les estatz des dames vaillable dirons encore a ce propos parlant aux dames & princesses vefves tant aux jeunes comme aux anciennes en differences de leurs aages Si disons ainsi s'il advient que la saige princesse demeure vefve n'est point de doubte qu'elle plorera sa partie si que bonne foy le donne se tiendra close ung temps. aprés le service & obseques a petite lumiere de jour en piteux & dolent habit selon honneste usaige. Si n'oubliera pas la bonne ame de son seigneur / ains en priera & fera prier tresdevottement par grant soing en mesmes services aulmosnes offrandes et oblations. & moult la fera recommander a toutes gens de devotion / et ne durera pas ung pou de temps ceste memoire & ses biensfaitz / mais tant comme elle vivra. Neantmoins a ceste dame qui sera de grant sçavoir prudente dira / & l'admonnesteront souvent son beau pere & ceulx a qui il appartiendra que nonobstant sa tresgrant perte & son grant dueil & regretz de la mort de son seigneur & de la bonne lealle amour qu'elle luy portoit il convient estre pacient de tout ce qui plaist au seigneur estre faist & que nous sommes nez pour aller celle voye quant il luy plaira. Si pourroit bien pecher & courroucer nostreseigneur de tant estre adolee & par si long temps & espace Si convient qu'elle prengne autre maniere de vivre ou grever pourroit son ame & sa santé. si n'en seroit mye de mieulx a ses nobles enfans qui encores ont tout mestier d'elle. Ceste dame ainsi admonnestee de raison & de bon conseil pour aucunement mieulx passer ceste grant tribulation se prendra a se donner de garde de ses besongnes. Tout premierement vouldra avoir congnoissance du testament de son seigneur & mettra toute sa peine au plustost que faire ce pourra pour allegier la benoiste ame de celluy qu'elle aymoit qu'il soit accomply. Apres s'elle a des enfans & le pere ne les a partis en son vivant prendra grant cure que les partaiges des terres et des seigneuries soyent faitz entre eulx par bon regard & advis des barons & des saiges du conseil si que au gré d'un chascun soit s'elle peut s'en travaillera de tout son povoir de les tenir en amour sans debat ensemble & que tous les moindres servent & honnorent l'aisné leur seigneur si que raison est. Avec ce advisera ce que a elle apartient tant au faict de meubles comme a son douaire. Et s'elle n'a nulz enfans & aucun luy vueille faire tort de ce qu'il luy appartient / sicomme souventesfois on fait aux dames vefves soyent grandes ou petites elle appellera bon conseil & en usera en gardant et deffendant son droit hardiment par droit & raison sans s'eschauffer en hastiveté de parolles vers nulluy. ains dira sa raison ou fera dire courtoisement a tous. mais elle gardera son droit & tant comme elle vivra tiendra en amour a son pouvoir les parens de son seigneur & grant honneur leur portera. & de ce faire sera grandement louee & prisee Mais s'il advient cas que la princesse demeure vefve a tout son aisné filz encores jeune & moindre de aage et que par adventure guerre & contens sourde entre les barons. et pour cause du gouvernement la convient il qu'elle employe toute sa prudence & son sçavoir pour les mettre & les tenir en paix. car nulle guerre d'estranges ennemys ne luy pourroit estre tant perilleuse comme ceste. Et pource la saige dame qui toute sera saige sera si bonne moyenne entre eulx par son prudent maintien & sçavoir pensant le mal qui pourroit venir de leurs debatz / veu son enfant encores petit & jeune que bien les sçaura apaiser. Et pource faire querre les plus convenables manieres & le plus qu'elle pourra le traictera par doulceur & par bel. & vouldra que tout soit fait par bon & loyal conseil / ou s'il advient que aulcunes terres se rebellent ou que la contree soit assaillie d'ennemys. sicomme souventesfois advient aprés mort de prince a enfans moindres d'eage pourquoy conviengne avoir et maintenir guerre / bien aura besoing la prudente dame & princesse qui desirera a garder le bien des enfans que elle mette a oeuvre son grant sçavoir. Adonc luy aura mestier tenir en amour les barons chevaliers & seigneurs de son païs affin que tousjours soyent bons & loyaulx & de bon conseil a son enfant. Aussi les chevaliers escuyers & gentilz hommes / affin que de plus grant cueur voulentiers & hardiement se combatent se mestier est / & maintenant la guerre pour leur jeune seigneur le peuple aussi affin que plus voulentiers y aydent du leur se besoing est pour maintenir la guerre. Et pource affin qu'ilz soyent tousjours plus loyaulx subgetz & que autre ne les peust esmouvoir au contraire parlera a eulx aucunesfois par bel en disant par doulces parolles qu'il ne leur vueille ennuyer se adonc sont aucunement grevez pour la grant charge de la guerre & d'autres affaires que si dieu plaist ce ne durera mye longuement & que bien luy en souviendra et ramentevera a son filz le bien & la loyaulté qui est trouvee entre eulx Et telle maniere de parler leur dira la saige dame & princesse qui pourront estre vaillables en tel cas. Car ce les esmouvera a plus voulentiers y mettre du leur & a les garder de rebellion Lesquelles rebellions adviennent le plus souvent en peuple par estre trop oppressé de seigneurs & mené par rudesse. Et n'est pas de doubte que estre extimé ne pourroit le bien que telle princesse peut faire en royaulme & contree.
Cy dit de ce mesmes a l'enseignement des jeunes princesses vefves Chap. .xxii.
MAis se la princesse demeure vefve sans enfans ou qu'elle vueille vivre plus a son aise et en paix quant revestue sera de ce qu'il appartient Et du douaire assigné elle ira demourer sur la terre & la advisera comment elle se gouvernera bien & sagement selon sa revenue. Si mandera tantost les principaulx de ses hommes & aussi tous les prevotz & baillifz de ses chastellenies. Si vouldra sçavoir par bonne enqueste comment ilz se seront gouvernez et portés le temps passé & s'ilz sont preudommes se informera des coustumes du pays & se iceulx officiers sont bons ilz ne se bougeront / & se mauvais sont les ostera & mettra nouveaulx desquelz elle aura bonne relation. Et ne vouldra nullement que ses prevostez soyent baillees pour argent aux plus offrans & derniers encherissans / sicomme on fait maintenant communement en france. Et pource en sieges en beaucop de lieux a de tresmauvaise ribauldaille mengeurs de gens & pires que ne sont larrons / car il n'est mauvaistie qu'ilz ne facent pour tirer argent Et pour sçavoir le vray / l'experience commune le demonstre & certifie. Pource ne vouldra la bonne dame qui sera informee & avertie que sesdictes prevostés soyent loués vendues ne baillees a ferme / mais baillees par election aux plus preudhommes & aux plus sages ainsi que faire se doit. si leur conviendra expressement qu'ilz gardent que justice soit bien gardee / ou que autrement elle les desposeroit & pugniroit / & avec ses officiers fera expresse deffence & aux gens de son hostel que nul ne soit si hardy de faire grief a nul de ses subgetz ne prengnent riens sans payer / car elle ne vouldra pas son ame charger de l'avoir des povres gens pource que toute informee sera des grans excions que preneurs de seigneurs & de dames font souvent sus le commun / desquelles extortions pourtant s'ilz ne le servent ne seront pas excusés vers dieu lesditz seigneurs & dames Car ilz le doivent sçavoir & ne le souffrir pas: les vouldra tenir en paix & garder de tous maulx a son povoir. Et a brief dire de toutes choses les tiendra en amour / vouldra estre par eulx & par leurs femmes visitee souvent & bonne chere leur fera. Les dames & damoiselles du pays & les bourgoises semblablement viendront vers elle si les recevra joyeusement & honnorera chascune selon son droit. & les mandera pour en estre acompaigniee quant seigneurs ou estrangiers vouldront venir vers elle a ceste noble dame mesmement les petites femmes de village qui l'aymeront de tout leur cueur luy apporteront de leurs petis presens comme fruytz ou autres choses. & elle les fera venir vers elle et les vouldra veoir / recevra leurs chosettes joyeusement & de pou de chose fera grand compte et grant feste / & dira qu'il n'est riens si bon ne si beau. si les remercira cherement parlera avec elle / & leur tiendra parolles du faict de leur nourriture de leur mesnage / parquoy les bonnes femmes quant seront a leurs maisons feront grant feste & parlement de la chere que leur dame leur aura faicte & moult honnorees s'en tiendront. & grant quaquet en meneront avecques leurs voisins. Ceste noble dame n'aura pas honte de visiter les acouchees & povres et riches. aux povres donnera pour dieu / & les riches honnorera / tiendra sur fons de leurs enfans / & a brief dire en toutes choses bonnes se tiendra & demonstrera tant charitablement tant doulce & humaine vers ses subgetz qu'ilz ne parleront que d'elle prians pour elle & de tout leur cueur l'aymeront. Ces voyes bonnes sçavoyent bien tenir les tresnobles roynes de france & princesses en leurs veufvages que j'ay cy devant nommés / c'est assavoir la royne Jehanne la royne blanche la duchesse d'orleans fille jadis du roy charles .iiii. & semblablement d'autres que en telle maniere se gouvernent en toute bonté & saigeté qu'a tousjoursmais pourront estre exemplaire de bien et sagement vivre a celles advenir. Et cy est la fin des enseignemens que prudence donne a la saige princesse qui est en aage de congnoistre bien & mal. Si dirons ung petit puis que entrees ou propos sommes de la jeune princesse vefve & puis dirons des jeunes mariees il apartient a jeune princesse vefve que tant qu'elle sera en tel estat soit soubz la baille de ses parens obeysse a leurs vouloirs & se gouverne toute par eulx & par leur ordonance ne riens n'entrepreigne sans leur sceu & voulenté. Tenir se doit simplement d'abit & d'atour selon les usaiges des pays ou elle est coyment & doulcement en contenance que maintien jeux trop renvoisiés toutes dances estroictes robes & toutes jolivetés luy sont deffendues & quoy qu'elle soit joyeuse par nature & que jeunesse l'amonneste de rire de jouer & chanter. Si convient il si elle veult garder son honneur qu'elle s'en deporte au moins se ce n'est bien a son privé & non devant hommes & doit par especial entre segneurs & dames ou chevaliers estranges ou autres gentilz hommes moult faire le sage avoir contenance rassise pour parler & simplement regarder. Et lors diront les gens que c'est moult belle chose a si jeune dame avoir si beau maintien & si asseuree contenance il ne luy apartient point de tenir parolles appart ne conseil a hommes quelz qu'ilz soyent ne que chevaliers escuyers ne autres frequentent trop ne sans raisonnables achoisons environ elle ne a sa chambre / car par telz choses son bien en pourroit estre desavencé & cheoir en aucunes parolles qui moult tost & a peu d'achoison sont levees & de ce doit bien prendre garde la principal dame qui l'a en gouvernement mais pour eschever ennuy & oyseuse elle se doibt aux festes esbatre et jouer aux martres avec ses femmes & autres jeux simples & cois et aux jours ouvriers a faire aucuns ouvraiges elle se doit bien garder que elle ne tiengne parolles de mariage a quelconque personne a part en recelé ne sans le sceu de ses amys ne qu'elle en escoute nulles parolles se on les vouloit dire. Car ce ne seroit mye son honneur & si pourroit bien estre deceue. Si s'en doit du tout attendre a sesdis amys & bien garder que riens n'en face sans eulx car de se marier a sa voulenté sans leur bon consentement acquerroit grant blasme & se elle assenoit a mauvaise partie & que mal luy en prensist jamais ne seroit plainte & si perdroit leur grace. Si doit penser que ilz sauront mieulx congnoistre ce que luy est bon que elle mesmes ne feroit
¶ Cy devise du gouvernement qui doit estre baillé & tenu a jeune princesse nouvelle mariee. Chapitre .xxiii
Nous commençasmes cy devant a dire le maniere comment la sage princesse veult & ordonne que ses filles soyent nourries & introduyctes en enfance & jeunesse. Si nous convient en continuant ceste matiere parler et deviser de l'ordonnance qui a la fille appartient a tenir c'est assavoir a la jeune princesse qui veult vivre si qu'il appartient depuis le temps qu'elle est mariee & hors le bail de ses parens si dirons ainsi il appartient a la jeune princesse qui de nouvel est mariee luy soit baillé estat d'hommes & de femmes tel & si grant comme a la haultesse du prince et seigneur a qui elle est donnee appartient. Si seront esleuz pour estre ses serviteurs gentilz hommes non mye trop jeunes ne trop emperlez ne mygnons mais sages & attrempés & preudhommes & s'ilz sont mariés tant mieulx vault & par especial ceulx qui la serviront a table & qui plus frequenteront environ elle & de ses femmes & se il eschiet est bien seant que leurs femmes demeurent semblablement a court les maistres d'hostel gens meurs & de bon sçavoir & pour la jeune princesse mieulx aprendre & endoctriner de ce qui apartient au sauvement de l'ame & de sa conscience luy doit on eslire confesseur religieux sage clerc en divinité prudent en meurs & de sens naturel preudhomme d'onneste & de bonne vie. Et au fait de ses femmes pource que c'est droit que des anciennes dames & damoyselles & aussi des jeunes y soyent mises doibt bien estre advisee quelles de quel sens et estat et vie sont & ont esté celles ains que mises y soyent trop plus y doit estre visité que a celles que on prent a court de plus ancienne princesse. Car nonobstant que en toutes cours soit bien seant que les femmes y soyent de honnestes meurs. Toutes voyes pourroit cheoir plus grant peril en compaignie de jeune princesse que en aultre pour deux especiaulx raisons. L'une que on juge communement a l'estat & maintien que on voit a la maisgnie de l'estre & condicion du seigneur ou de la dame pourquoy se les femmes n'estoyent de belle ordonnance aucuns pourroyent supposer que non feust la maistresse laquelle chose pourroit estre le descroissement de l'honneur d'elle. Item la deuxiesme raison est que mesmement ladicte maistresse jeune & enfant y pourroit prendre aucun enseignement & exemple non bien convenable entre ses femmes doibt avoir une dame ou damoiselle assez d'aage saige prudente bonne honneste & devote a qui on aura beillé par fiance le gouvernement de la jeune dame combien que par adventure en y aura a la court maintes de plus grant lignage & des parentes peut estre a ladicte princesse mises par honneur & compaignie & neantmoins ceste aura le soing & la garde principal d'elle. Si n'aura mye ceste dame cy se bien veult faire son devoir petite charge ne peu de soing ne regard. Car il convient que elle tende a deux choses principalles. L'une est qu'elle induyse & maintiengne sa maistresse en sage gouvernement & bonnes meurs & telles que nulles voix ne parolles puissent souldre contre son honneur & l'autre que elle la tiengne en amour & qu'elle ayt tousjours sa grace. Lesquelles deux choses c'est assavoir donner correction & enseignement a jeune gent & avoir ensemble leur amour & grace est souvent moult fort a faire si y convient ouvrer par grant discretion & ce peut faire par tel maniere. C'est trop plus fort chose d'estaindre le feu quant il a emprins & embrasé une maison / que il n'est a garder que il ne s'i esprengne Et pource la sage mesnagere qui a toutes heures est sur sa garde d'eschever les perilz qui pevent advenir cerche souvent par sa maison par especial au soir de paour que aulcune mesgnie mal songneuse ayt laissé chandelle ou moucheron ou autre chose dont dommage puisse venir tout ainsi ceste dame pourveue de ce qu'elle aura a faire en la maniere que on ploye la verge quant elle est jeune sicomme on veult adviser a son povoir de mettre en tel ploy sadicte maistresse se qu'a tousjours mais y puisse demourer. Et pource de loings & non mye tout a coup que la verge ne brise ira querre ses commencemens pour venir & attaindre a ses conclusions & a ce qu'elle vouldra mettre a fin. Car tout premierement elle prendra toute la peine qu'elle pourra par belle et courtoise maniere & par luy donner aucunes chosettes qui plaisent a jeunes gens & par ce monstrer amiable pour avoir l'amour de sa jeune maistresse & commandera que la bonne dame qui sera ja de aage ou ancienne aucunesfois en jeux ou esbatemens quant ilz seront a part & a prime ainsi que l'enfant & la jeune dira aucuneffois des fables & des comptes que on dit a enfans. Et tout ce fera elle pour attraire sa maistresse affin qu'elle prengne mieulx en gré quant il conviendra que elle la reprengne et corrige / car se elle se monstroit tousjours de pesant maniere sans ris & sans jeux jeunesse qui est encline a joye & soulas ne la pourroit souffrir & l'airoit en si grant crainte que desplaisance y prendroit & mal en gré ses corrections. Et quant elle verra que elle sera bien en sa grace & que elle sera ainsi que toute mignote sur elle / adonc selon l'eage ou le sentement que appercevera en elle luy prendra a compter comptes quant ilz seront en leurs chambres et a leurs devis de dames & damoiselles qui se sont bien gouvernees comment il leur est bien prins & l'onneur que elles en ont & par le contraire comment mal est ensuyvy a celles qui follement se sont portees dira que elle l'a veu advenir de son temps & les fera avant tous nouveaulx que elle n'en dye pour autre chose fors ainsi que l'en compte des aventures & de si bonne maniere les sçaura dire que elle mouvera le courage de sa maistre & des autres qui l'orront & seront toutes atroupelees entour elle & voulentiers l'escouteront dira aucunesfois histoires de sains & de saintes de leurs vies & passions & aucunesfois parmy pource que devis n'ennuye dira quelque truffe a rire & ainsi vouldra que les autres dient affin que chascune devise a son tour / icestes manieres tiendra la sage dame quant au fait d'actraire la jeune princesse a elle aimer / mais a ce qui touche a la correction & enseignement elle introduira par belles & courtoises parolles qu'elle se lieve assés de bonne heure. Si luy apprendra quelques bonnes & briefves oraisons et l'enortera qu'elle les dye en se levant. Salve premierement nostreseigneur & la vierge marie & dira que elle a ouÿ dire que personne qui a de coustume d'adresser ses premieres parolles de bon cueur a nostreseigneur en se levant n'aura ja la journee mauvaise adventure & de ce dira elle verité Car ainsi le tiengnent plusieurs & est la coustume moult bonne la fera vestir & atourner sicomme il appartiendra sans y mettre si longuement que assés de dames font qui est une si grant perte de temps & une coustume malordonnee aler a la messe & dire ses heures devottement & songneusement & avecques ses choses tout le bel maintien ou parler contenance atours & vestemens qui appartiennent a princesse de hault paraige luy ennortera a faire et maintenir en telle maniere qu'il n'y ait que redire & tant fera a brief dire par ses saiges ammonnestemens qu'elle la mettra en tel division que chascun dira que de son jeune aage on ne vit oncques dame de tel maintien ne mieulx aprinse. & diront d'elle les gens. O comment affiert grant louenge a jeune cueur estre viel & meur par bonnes meurs voire je supose que ladicte jeune dame soit de si bonne condicion que elle vueille et seuffre estre introduyte & vueille bien retenir. car estre pourroit si diverse que la dame seroit a excuser s'elle ne la povoit duire ne mettre en bonne rigle. Si doivent estre les menaces de la sage dame telles quant elle reprent sa maistresse de quelque faulte sicomme jeunes gens font. Il n'est si parfait si elle est bonne & doulce & que bien l'ait a main que se elle fait autrement ou que plus face ou die telles choses que la lairra & s'en ira chés elle ne jamais ne la servira & que ce n'est pas belle chose ne bien fait a telle dame comme elle est d'ainsi se gouverner & adonc se la jeune princesse est bonne & doulce & que elle aime la dame aura paour que elle la laisse & se chastiera de pou de menaces mais se elle est revesche & de diverses condicions despite & de pou d'amour elle luy dira a part tout asprement sache bon gré ou mal gré & que elle le dira a ses parens & amis ou son seigneur se besoing est se autrement ne se gouverne. Et quoy que ceste dicte dame ait la charge d'endoctriner & aprendre tel maintien qu'il convient a sa jeune maistresse nonpourtant elle qui sera saige sçaura bien qu'il convient jeunesse se joue & rie si luy en donra & souffrera assés espace convenablement a certaines heures avec les jeunes de ses femmes & qu'il n'y ait ame estrange selon la condicion & que elle verra encline sadicte maistresse. Car on ne peut mye ne ne doit on voer aux jeunes gens tous leurs plaisirs mais que ilz ne soyent mal honnestes ne desconvenables. Et de ce propos / c'est assavoir des meurs & contenances qui affierent a la bien ordonnee jeune princesse ne parlerons plus cy endroit pource que si aprés en l'espitre que la dame ancienne envoye a sa maistresse se en sera parlé.