¶ Cy devise du .ii. point qui est bon a tenir aux femmes de court qui est comment elles doibvent eschever trop d'acointances. Chapitre .xxix.
Le .ii. point & enseignement si que nous avons dit est que femmes de court de quelque estat qu'elles soyent se doivent garder de trop avoir d'acointances a divers hommes nous convient dire les raisons qui nous meuvent Car maintes par aventure pourroyent suposer & cuider que plus leur loysist & apartenist est acointables que autres femmes: mais celles qui le penseroyent se deceveroient & nous le te monstrerons par deux principaulx raisons / l'une est pource que sur toutes autres les femmes de court ont a garder honneur / l'autre raison te dirons aprés. Quant a ceste pourquoy disons nous que plus que autres ont a garder honneur pource que leur honneur ou deshonneur refiert & redonde en leur maistresse. car se ilz sont ou bien ou mal ordonnees elle en aura le los ou le blasme si que ja est touché en la premiere partie de ce livre. Or il est ainsi que il n'est autre dame a qui tant d'honneur soit deue comme a princesse si seroit a son empirement si aucune tache avoit en femmes. Car on diroit selon seigneur meisgnie duite. Et pource je conclus que plus que autres se doivent garder. Si n'est point de doubte a venir a nostre propos que femmes qui que elles soyent qui se delictent avoir plusieurs acointances a hommes & suppose qu'elles n'y pensent a nul mal ne mais pour rire & esbatre a peine le pourront continuer qu'il n'en soit senestrement parlé & non mye seullement des estrangiers envyeulx qui sans cesser avisent comment pourront aultruy mordre / mais certes de plusieurs de ceulx mesmes a qui elles feront bonne chiere. Car ne pensent point le contraire femmes ne si aveuglent que ja hommes plusieurs ne les frequentent longuement que aucuns ou le plus d'iceulx ne pensent a elles atraire si pevent & quant ils voyent que plusieurs hantent ou lieu ou chascun voulsist estre seul receu ilz en parlent mal & contreuvent l'ung sur l'autre & en derriere s'en rigollent quelque chere que aux dames & damoiselles facent en devant ne quoy que ils se monstrent bien gracieulx & c'est chose vraye lesquelz rigolages & parolles sont raportees en ville de bouche en bouche par les tavernes & ailleurs & chascun y adjouste & met du sien Et par telle voye sans cause & sans raison quant a pechié / mais seullement par la simplesse des femmes qui n'y pensent sont souvent plusieurs a tort blasmés mesmes de ceulx a qui elles font bonne chiere et qui ne le croit si en enquiere. Car pleust a nostre seigneur que dames & damoiselles de court / voire toutes femmes d'ailleurs sceussent bien que telz acomtes dient d'elles cause auroient d'elles retraire de si faictes bonnes chiere. & mieulx leur vauldroit moins d'esbatement que de tant de parolles & par ce que ilz leur rient en devant & promettent corps & service a peine le pourroyent croyre. mais tu nous pourroyes demander comment ne vault il pas mieulx mesmes a honneur garder faire bonne chiere a chascun & que autant en emporte l'un que l'autre seullement que le faire a ung ou a deux & aussi que les autres puissent dire il ne hante en tel lieu que telz ou telz ilz sont en grace autres n'y sont congnuz. Nous te respondons que sans faille de ces deux maulx il n'y a nul qui face a tenir / car mal est / c'est assavoir contre honneur si plusieurs en hantent si que dit est & mal seroit ou est si on n'y voit frequenter seullement ung deux ou trois en maniere que on y peust avoir souspecion. Si n'est l'une maniere ne l'autre bonne. Mais tu nous diras comment seront doncques femmes par especial de court si subgetz que elles ne oseront ame veoir ne elle esbatre sans mal penser a compaignie ou il y ait gentilz hommes. Si te respons a ce que la subgection est bonne quoy que elle desplaise quant elle garde de plus grant inconvenient tout ainsi que la bride ennuye & desplaist au cheval mais non pourtant elle le garde aucunesfois de trebucher ou fossé. Et quant est que elles ne facent bonne chiere ou il appartient & en temps & en lieu s'esbatent convenablement en compaignie d'honneur n'est pas nostre entente de les vouloir a ce restraindre. Et ne disons pas que s'il advient a quelque court que ce soit en france ou autre part que le prince ou princesse reçoyve estrangiers ou princes ou autres vaillans chevaliers ou escuyers que il n'apartiengne bien qu'ilz soient festoyés & entre dames & damoiselles bien venus / car ce seroit contre honneur qui ne le feroit / mais entendons seullement de ceulx qui par droictes bauldes acoustumeement frequenteroyent sans autre achoison y avoir fors de jouer & esbatre es chambres de l'estat des dames & damoiselles. Et ces choses que nous disons ne doyvent ennuyer a nulle soit jeune ou joyeuse ou autre si elle ayme honneur ne que il doit desplaire a celuy qui sa santé a chiere quant le medecin luy dit vous userés de tel remede contre telle maladie & suffise quant a la premiere raison. Mais a venir a l'autre laquelle peut aussi bien toucher aux autres femmes d'onneur comme a celles de court est telle. Chascun qui tant est une chose plus digne plus noble & de greigneur value plus doit estre tenue en grant chierté & moins commune. Or est il ainsi que toute femme honnorable bonne et saige doit este reputee comme ung beau tresor & une notable & singuliere chose digne d'onneur & de reverence. doncques puis que elle est telle et y veult estre tenue il n'appartient point que trop grant marché ne largesse face de ses tresgrans tresors c'est assavoir de l'acointance de sa treshonnorable personne. Car de tant que elle la tiendra en plus grant charté vers tous hommes non mye par orgueil / mais par une grandeur bien seant a femme de tant sera elle tenue en plus grant reverence & en fera l'en plus grant compte / car chose n'est tant voulentiers veue ne desiree que celle que on voit a dangier quant elle est bonne & belle. pource disons que non estre trop accointable a femme bien siet & que largesse de langaige & d'atrais accueillans luy messieent.
¶ Cy dit du .iii. point qui est le premier des deux qui sont a eschever parlant de l'envye qui regne en court & dequoy elle vient. cha. xxx.
Or viendrons aux autres deux dessusditz poins lesquelz a femmes de court principallement & aprés a toutes femmes d'onneur sont a eschever. lesquelz quoy qu'ilz soyent assés communs par tout regnans par especial treshabondeement a toutes cours plus que autre part. ce sont deux vices mauvais & dampnables merveilleusement & en attrayent infinis d'aultres. L'un & le principal des deux mortelz vices est le trespiteable & de dieu hay pechié d'envye / & l'autre est le vice de mesdire. Et du premier dirons & de l'autre aprés Et pource que nous tendons a bien de vous toutes nous plaist vous admonnester les remedes que nous enseignons a toute personne qui user veult de justice & de bonne conscience. Et tout premierement pour mieulx congnoistre la qualité ou nature de ceste faulce envye est a adviser de quelle chose & a quel cause elle naist si disons sans faille qu'elle sourt & vient purement d'orgueil qui l'engendre es creatures qui ne sont sur leurs gardes d'avoir tousjours devant leurs yeulx leur povre fragilité & leur venue de neant ains s'oultrecuident par une arrogance fole que orgueilleux met en teste si qu'ilz oublient leurs miseres & leurs vices & reputent & cuident estre dignes de grans honneurs et de grans biens mesmes sans l'avoir desservy. Et pource que le plus communement toute creature est en soy mesmes ainsi deceue / advient que chascun tend a suppediter son prochain & le surmonter / non mye en vertus / mais en grandeur d'estat de honneur ou d'avoir / mais quant il advient qu'il y fault & qu'il y voit autre plus avancé de luy ou qu'il cuyde ou qu'il a paour qu'il adviengne aussi hault. la est l'envye toute formee. En pourtant que a la court des princes & des princesses les honneurs et les estatz mondains sont distribués plus generallement que une aultre part disons nous / & il est vray que la regne principallement envye pource que chascun qui y frequente vouldroit avoir d'iceulx biens et honneurs la plus grant part. Mais a descendre a nostre propos en parlant a toute femme de court de quelque estat qu'elle soit qui soit la demourant pour estat ou pour service de princesse que se elle veult user de bon conseil pourvoyera si bien son couraige de saige & de bon advis que elle n'aura en soy le mortel ver de celle faulce envye qui destruyt l'ame a qui la porte & ronge & desfait l'intention.
¶ Cy dit encores de ce mesmes enseignement aux femmes comment se garderont entre elles d'avoir le vice d'envye. chap. xxxi
Que fera doncques pour eschever ce faulx arcison d'envye & qu'il ne soit nullement en son couraige la saige & bonne dame ou autre demourant en court elle estrivera par bon remede contre les choses qui s'ensuyvent lesquelles sont les causes dont sourt envye a court de princesse en couraige / c'est assavoir que quelque grande qu'elle soit s'il advient qu'elle voye ou apperçoyve ou qu'il luy soit advis que sa maistresse ait plus en grace quelque autre que elle ou souvent l'appelle en ses conselz & vueille le plus sache de son secret & soit plus entour elle ja pource le cueur ne luy vouldra / ne le vice d'envye ne la surmontera. nonobstant que les aguillons & poinctures en couraige de celle faulce envye en tel cas soyent telz. Et pourquoy peut ce estre que ma dame a plus en grace ceste icy ou ceste la que toy & plus la veult & plus l'appelle en ses secretz & environ soy / n'es tu de son lignaige ou plus noble que celle n'est si en fust mieulx paree / ou tu es plus sage ou plus preudefemme ou mieulx taillee de y estre. Et appartient il aussi que telle & telle qui est venue de neant / ou qui ne scet ou qui ne vault ne peut de se mettre si avant ne qu'elle prengne tel peine d'estre en grace devant les autres / ne aussi que ma dame la doyve tant avancer ne faire telle chiere qu'elle luy faict ne tel harnois / & luy baille tel estat. Ja est plus avancee en ce pou de temps qu'elle y a demouré que toy qui y es de ton enfance / pourquoy peut ce estre quelque cause y a. mais je y mettray barres se je puis & la desavanceray Je sçay bien comment telles choses & telles sçay sur elle / & si je ne le sçay si le controuveray ou mettray du sel plus que je ne sçay avant que je ne la desavance. elle se veult trop mallement mettre avant et ja fait la maistresse & veult supediter les autres & mettre arriere mais je y mettray barres se je sçay quoy que advenir en doye. ne quelque peine que je y doye mettre. Je n'en pourroye plus souffrir en mon renc mesme se veult elle ja mettre / et ma dame luy souffre & la porte & veult qu'elle voise devant les autres mais ainsi n'ira mye. Telz ou semblans sont les admonnestemens de envye. mais tantost par bon advis & juste conscience les boutera arriere la saige dame ou damoiselle de court qui se reviendra a soy Ha folle musarde & dequoy t'es tu advisee mais pour dieu que te chault il de toutes ces faulsetés si tu fais ce que tu peulx loyaulment en toutes choses & tu n'en as si grans guerdons en ce monde comme ung autre dieu qui seul est juste & vray juge & qui congnoist tous couraiges. & a qui riens ne peut estre celé le scet bien si le te rendra & n'y fauldra point. & en luy seul dois avoir ton esperance. Car celluy est mauldit qui a son esperance & la fiance es princes ne es hommes. Et pourtant se ung autre a bien en ce monde qui n'est que ung trespas comme ung pelerinaige des biens de fortune plus que a toy ce te semble. que t'en apartient il a murmurer ne en avoir dueil. veulx tu garder les princes & les princesses & les puissans personnes qu'ilz ne facent du leur a leur voulenté: Si ta maistresse ou dame donne du sien a ung autre plus que a toy quel tort te faict elle. certes nul. Et de ce donna bien exemple nostreseigneur en la parolle dont l'evangille parle des ouvriers qui furent mis en la vigne / dont les aucuns vindrent a soleil levant. les autres a midy & les autres a vespres. Et quant vint a faire le payement de leur journee le seigneur de la vigne partit & donna tout autant a ceulx qui estoyent venus a vespres comme a ceulx du point du jour de laquelle chose les premiers murmuroyent / & le seigneur leur respondist. Mes amys quel tort vous fais je. Je vous paye de vostre journee bien & bel ce que avez esté louez. & s'il me plaist de donner a ceulx icy autant ou plus comme a vous ce n'est riens du vostre si n'avez cause d'en parler. Tout ainsi & semblablement n'as tu nulle cause de groucier si ta maistresse donne le sien ou il luy plaist quand ce n'est rien du tien. Et aultre si peut advenir que toymesmes ne congnois pas tes propres deffaulx par ce que tu es envers toy trop favorable & ta dame les congnoist bien qui voit ung autre plus saige plus abille & mieulx condicionnee & plus parfaicte de toy quoy qu'il te semble que tu vaille mieulx s'il a plus chere environ soy. Et aussi si tu veulx bien regarder au vray de ta conscience & lire en tes faitz tu trouveras ce peut estre que tu le peves bien avoir desservy pour telle chose et telle que tu fais. & telles parolles que tu dis luy furent rapportees / dont elle se courrouça qui ne fut bien fait ne dit a toy / & elle ne t'en ayme mye mieulx. assez d'autres t'eussent mise hors si est par ta coulpe. pource tu n'as cause de tant t'en courroucer tu estoyes trop ayse & trop orgueilleuse. & te sembloit que riens ne te povoit nuyre / or en prens ce que tu en as & ne te en plains que a toy. Et avec ce que scés tu: quel bien & quel service vers dieu peut avoir fait ceste creature qui tant est en grace quoy qu'il te semble qu'elle n'en soye mye digne. Parquoy il la veult par ceste voye en ce monde guerredonner. car tu as ouÿ dire comment sont couvers les secretz de dieu / si n'appartient a personne de en juger pour chose qu'il voye tant luy apere merveilleuse Et pour ce ne te dois empescher d'estat d'autruy / mais pense de ton ame & de te gouverner sagement & faire tousjours bien ton devoir / si le congnoistra bien dieu & tel maistre fait il bon servir qui est tout saige tout bon & tout puissant & tout autre service n'est que vent & empeschement. Et gardes bien sur quanques vers luy tu peulx meffaire que ne muses a autruy par faulse envie en faict en dit ne en quelconques pourchas / car tu te dampneroyes. posons que on le te eust desservy. Car dieu ne veult pas que l'on se venge de tant que en as pensé crie en mercy a nostreseigneur. & ne te chaille qui va devant ne qui va derriere. qui soit en grace ne qui non. car de chose qui faicte en soit tu n'en vauldras de riens pis. Et avec ce ceulx & celles qui te verront ainsi gracieusement suporter l'orgueil & oultrecuydance d'autruy sans en faire parolles ne semblans t'en priseront & aymeront mieulx. Et si tu veulx garder ton reng entre les autres que il te appartient sans vouloir supediter autruy si le gardes gracieusement. Mais prens toy bien garde que ta conscience ne soit point blessee pour telz fatras / ne que tu donnes cause a autruy de troublemens ne de empeschemens car le peché en descenderoit sur toy. Telz & semblables sont les remedes que la saige dame de court bien pourveue si peut mettre contre les pointures & aguillons d'envie. Et de cestuy mauvais peché pour demonstrer comment toute personne le doit fuyr dict ung saige: Je ne sçay fait il comment toute creature raisonnable deboute de soy sur tous autres vices le peché d'envie / car a adviser la qualité de tous les autres peches il n'y a celluy qui en l'exerçant ou faisant n'ayt aucun delit comme en vaine gloire ou orgueil ou a delit d'honneurs en gloutonnie plaisir ou menger en charnalité delit de corps & ainsi aux autres / lesquelz plaisirs pevent attraire la creature a les aymer quoy qu'ilz soyent l'ame deffendus. Mais celluy dyabolicque peché d'envie il ne fait ne donne a la personne qui plus en est souprinse nul plaisir ne mais dueil de pensee & deffrichement de couraige triste et desguise de visaige tourment qui perce l'ame & tous maulx & tous desplaisirs. Et a brief dire encline a tous maulx & a toutes felonnies. ne autre bien ne rend a son maistre cestuy infernal vice. Et que les envieux facent a haïr dit contre eulx de rechief ung autre saige pleust a dieu que l'envieux eust si grans yeulx qu'il peust veoir toute la prosperité & la joye qui est esparse par tout le monde. & plusieurs gens a celle fin qu'il eust cause d'estre plus tourmentés.
¶ Cy dit du quatriesme point qui est le deuxiesme des deux qui sont a eschever. Et parle comment femmes de court se doibvent bien garder de mesdire / et de quelle chose vient mesdit ne a quelle cause ne occasion. Chap. .xxxii.
Nous venons au deuxiesme point qui est l'autre vice duquel la dame ou damoiselle & femme de court & toute autre se doibt garder. c'est assavoir du peché de mesdire. Et tout premierement pource que mesdit ne peut estre excusé par nulle bonne raison / & aussi pour mieulx venir a noz termes toucherons trois causes / dont communement il vient & sourt & qui toutes sont communes a court & aucunesfois de toutes troys ensemble. L'une des causes si est par hayne. la .ii. pour cause d'oppinion. & l'autre pour pure envye. Si sont ces trois causes maulvaises / mais non pourtant celle qui vient d'envie faict le moins a excuser. Et pource que tous trois sont a eschever et que en nul cas mesdire ne est loisible / ains est peché mortel tresdeffendu Car c'est contre des deux des commandemens de dieu l'ung qui dit. Ne fais a aultruy ne que tu vouldrois qu'il te fist. Et l'autre / ayme ton prochain comme toymesmes: nous en dirons & enseignerons aux dessusdictes dames les remedes de s'en garder. Et premierement toucherons sur la premiere cause qui est hayne & sur ce formerons quattre principalles a demonstrer pourquoy par hayne on ne doit mesdire d'autruy quelque injure que on ayt receue. On ne hait point de fformee hayne communement si ce n'est a cause d'aucune injure receue d'aultruy ou que on la se repute avoir receue soit a tort ou a droit en la personne qui est ou qui se tient injuriee. Adonc est tresencline par la haine & mal talent qu'elle porte de mesdire dont elle se repute estre blessee comme quoy & a nostre propos qui est chose qui souvent advient a court une dame ou autre femme de court sçaura que aucunes gens ou certaine personne luy nuyra & la tiendra a la faire mal de sa maistresse ou du seigneur ou des amys d'elle ou de la faire bouter hors & par adventure viendra a son entente parquoy ladicte dame ou damoyselle en perdra son service son bien & son estat / & par adventure son honneur par les choses qui luy seront mises sus / peut estre sans cause / & posons que a cause fust: si herra elle la personne qui ce luy aura pourchassé: si mesdira n'est pas doubte a part et en publicque si la personne n'est si grant qu'elle n'ose. Mais trop fort fera si aulcunement n'en murmure / car le cueur luy deuldra trop & n'est merveille en disant de ladicte personne mal & villennie & ce qu'elle sçaura & ce qu'elle ne sçaura mye. Ceste cause de mesdire c'est assavoir par hayne par quelque meffaict sembleroit a aucunes gens qu'elle peut estre juste. mais sans faille non est. Et voicy nostre premiere raison qui le demonstre. Dieu veult et commande expressement qu'on ayme son ennemy & qu'on luy rende bien pour mal. & qui fait contre le commandement de dieu se dampne & si ne gaigne riens: pourquoy seroit mieulx son prouffit se taire. Item avec ce ung autre inconvenient luy en vient / & est nostre .ii. raison c'est qu'il fait ou elle fait contre son honneur / & voicy la raison. une personne de grant couraige jamais ne mesdiroit de son ennemy / pource que elle scet bien qu'il pourroit sembler aux gens que vengier se vouldroit de parolles laquelle chose est la vengeance des gens de pou de puissance & de foible de cueur et de quoy pou de saiges gens usent. Item la .iii. raison est que ceulx qui orront mesdire aux hayneulx de son adversaire ou ennemy ne la croyront mye / car ilz diront qu'i le dist par hayne si ne doibt estre creu. Et la quarte raison est que la personne qui ja luy a nuy ou peu nuyre sera de tant plus indignee contre luy quant dire orra qu'elle en mesdit / si purra engreger l'injure & luy faire encores pis si seroit moins mal recevoir ung desplaisir que deux. Et pource en concluant fut trop bien comparé par exemple a mesdit ce qui est escript d'un qui vouloit prendre guerre au ciel / & tiroit d'ung arc contre les nues et les fleches retournoyent sur son chief & le navroyent. Tout ainsi le mesdit que le haineux fait de son adversaire retourne sur luy & navre son ame & son honneur / sicomme par les dessusdictes quatre raisons est demonstré.
¶ De mesmes comment femmes de court se doyvent bien garder de dire mal de leur maistresse. Chap. xxxiii
La deuxiesme cause dont vient & sourt mesdit est de oppinion en telle maniere ou semblable une personne aura oppinion que une autre soit mauvaise ou deffaillant en aucunes choses ou en toutes / ou que elle ne se gouverne pas bien en tous cas ou en aucuns & pour ceste cause sans sçavoir la verité de la chose laquelle est par adventure toute autre qu'elle ne la pense en mesjurera & mesdira abondamment et plainement a petite consideration pour bien pou d'achoison. Et tel cas advient communement par tout. Car sans faille a cause de oppinion et sans sçavoir de certaine science mesdient plus ceulx qui ont la tache de mesdire. Si n'est mye communement court de prince & de princesse sans telz mesdisans / lesquelz a tel cause / c'est assavoir d'oppinion sans plus n'espargnent ame / et mesmes ne maistre ne maistresse. Et pource en parlant de ce vice chiet a dire du grant mal que fait toute personne qui diffame & dit mal d'autruy & par especial de qui le paist & nourrist dont il a son estat & son vivre / mais nonpourtant il advient a mainte court que se les servans ou servantes ou ceulx ou celles qui y demeurent voyent ou leur semble veoir en maistre ou maistresse tant soit petit signe de quelque vice tantost a cause d'oppinion les chargeront de grant langaige disant que la chose est faicte que ilz ont pensee. Et a nostre propos parlant aux femmes quoy qu'il peut aussi bien aux hommes toucher. Assés de femmes de court en mains pays est il de tous estatz que si elles voyent leur dame ou maistresse sans plus parler bas a une personne une fois ou deux ou quelque signe de priveté ou d'amitié ou quelque ris ou quelque joyeuseté faicte par adventure par jeunesse ou ygnorance & sans mal penser se ladicte maistresse se est tant soit petit joyeuse ou en ses habillemens gente & propre qui sont choses qui a mainte personne viennent de droicte condicion plus aux unes que aux autres tantost ilz seront prestz d'en mesjuger. & non mye seullement en cestuy cas mais aussi bien en tous autres dequoy par petite achoison aucunesfois prendront quelque maulvaise oppinion de leur dicte maistresse mais du mesjugement c'est du moins ilz feront pis / car pourtant se elle est leur dame et qu'ilz soyent nourris repeuz & a beaulx gaiges de ses biens que ilz facent ou qu'elles facent bien les obeissans les genoulx a terre a grant reverence & assez de flateries si ne s'en tairont ilz mye / ains diront leur advis l'une a l'autre & s'acointeront a conseil & a brief dire seront tout ainsi que la maulvaise brebis qui est rongneuse donne & depart de sa rongne aux autres / mais toutefvoyes bien se garderont que leur maistresse ne l'apperçoyve ne oye & leur suffira mais que a elle seulle soit celé & mesmement de ce que eulx ou elles luy accorderont & soustendront disant que sera bien faict d'ainsi faire s'en mocqueront & en parleront en derriere & y adjousteront plus qu'il n'y a & qu'il n'y scevent assez de servans & de servantes le font aussi. mais a nostre propos les dames damoiselles femmes de court qui ainsi le font trop grandement mesprennent & font trop plus grant peché que se d'autres ou d'entre elles mesdisoyent pour cinq principaulx raisons. La premiere pource que de tant qu'elle est plus grant maistresse son honneur ou deshonneur est plus renommé par tout pays que d'une autre simple femme pource fait pis que la diffame car celluy diffame peut voller en maintes contrees. La deuxiesme pource qu'elles font trahyson a qui ilz monstrent bel semblant & obeissent. Tiercement ilz font contre leur serment qui fut tel elles garderoyent son bien & son honneur. Quartement qu'elles rendent mal pour bien a celles de qui & par qui sont soustenus & nourries & ont leur estat. Et quintement que elles jugent autruy qui est contre le commandement de dieu qui dit ne juges si tu ne veulx estre juge. Et posons ores qu'elles sceussent tout clerement seur leur maistresse sicomme ja est dit devant / & qu'elle fust une tresmauvaise & perverse creature si ne la doibvent ilz diffamer ne entre elles ne aultre part. car parolles ne sçauront ja estre dictes si celeement que raportees ne soyent & elles sont tenues de garder son honneur & couvrir sa honte & que se autres en oyent mal dire de abaisser les parolles & l'excuser. Et en verité celles qui font le contraire font leur grant deshonneur et les en doibt on mains priser ne excuser ne s'en pevent. Car se tu nous dis je voy de quoy j'ay cause de parler & mesdire le service n'est ne bel ne bon nous te respondons si t'en va s'il ne te plaist. Et s'il te est besoing de servir parquoy ne t'en puisses aller que trop grant prudence n'y eusses si tentais a tout le moins & fay semblant que tu n'y voyes goute & que riens n'y apperçoys puis qu'il n'est en toy d'y mettre remede ne quel ne te appartient fay bien et loyaulment ce qu'il te appartient & de plus ne te mesle prie dieu qu'il la vueille amender & luy doint congnoissance se tu y vois mal & se a autre en oys parler abesse les parolles se tu peulz ou sinon t'en tays & de ce seras tu mieulx prisee / mais ce que ja devant est dit certes il va tout autrement Car dieu scet que maintes parlent de leur maistresse qui le font plus par despit de ce que elles ne sont appellees au secret et par l'envye que autres femmes en scevent plus que pour autre precieuté ne cause. Mais toutesfois voicy ce que la bonne & loyalle dame damoyselle ou autre de court fera qui vouldra user de bonne conscience & aymera le bien & honneur de sa maistresse que elle verra dechoir de son honneur & en peril de grant inconvenient si ne luy oseroit dire ne le admonnester / elle s'en yra au confesseur de sa maistresse & non a autre si luy dira secrettement & en confession ce que on dit d'elle & le peril ou elle se met & le mal qui luy en pourroit venir luy priera pour dieu qu'il luy monstre / & ne l'accuse mye.