¶ Cy dit comment il n'appartient a femmes de diffamer l'une l'autre ne dire mal. Chapitre .xxxiiii.
Avecques ce que les femmes de court doyvent garder semblablement que dit est de blasmer ne diffamer l'une l'autre pour le peché & autres causes ja assignees / comme aussi que qui diffame autruy de secret que luy mesmes soit diffamé. Car n'est pas doubte que la personne qui sçaura que on le diffame diffamera aussi celuy ou ceulx qui le diffameront & le deust controuver ne nul ne nulle n'est si juste qui doye dire je ne crains ame que pourroit on dire sur moy je me sens net ou nette pource puis parler des autres hardiement / mais c'est follement penser a ceulx et celles qui ainsi le cuident / car par tout a a redire & quelque maniere & ce tesmoigne l'escripture qui dit il n'est homme sans crime c'estadire sans peché & ce tu n'as ung vice tu en as ung autre par adventure pire ou deux ou trois & si tu ne lisoyes bien en ta conscience tu y trouveroyes assés a redire. car pourtant si ton pechié est secret au monde n'est il pas a dieu mucé & luy seul scet qui est bon pelerin. Et avec ces choses c'est trop grant honneur que aval la ville ou autre part on puisse dire les dames & femmes de court mesdient trop bien l'une de l'autre j'ay ouÿ dire a telle dame ou damoiselle tel chose et telle de tel autre. Car court de princesse en tel cas doit estre ainsi que une abbaye bien ordonnee dont les moynes ont serment que aux seculiers ne dehors ne diront riens de chose qui adviengne entre eulx ne de leurs secretz tout ainsi se doivent aymer & porter l'une l'autre comme seurs dames & femmes de court non mye tencer ensemble es chambres des dames ne de traire en derriere comme feroyent harengieres. Car telles choses sont trop mal seans a court de princesse & ne les devroit on souffrir. Nous avons cy devant que la troiziesme cause qui fait mesdire est envye & que c'est celle qui fait le moins a excuser. C'est assavoir est la plus mauvaise & la plus loing de droit & de toute raison & il est vray car se le haineux mesdit de celluy qui luy a meffait c'est chose naturelle que chascun dueille de sa blessure & si dieu ne le deffendoit par la raison susdicte selon droit sensuel te seroit chose juste aussi qui mesdit par oppinion se peut aucunement fonder sur aucune apparence ou couleur qui luy appert comme il luy semble de ce qu'il dit / mais qui mesdit par envye il n'a autre cause ne mais pure mauvaistie qui est & habonde en son courage & pource est le plus dampnable a celle ou celluy qui le dit & le plus perilleux a celluy ou celle de qui il dit que quelzconques autres mesdit. Car oncques morsure de serpent coup d'espee ou autre pointure ne fut venimeuse ne si perilleuse comme langue de personne envieuse / car elle frape & tue souvent soy & autre & aucuneffois en ame & corps. Car se nous y voulons regarder beau sire dieu quans royaulmes quantes contrees & quantes bonnes personnes ont esté destruyctes par maulvais rapors dont le fondement venoit & sourdoit d'envie a merveilles nous en trouvons plusieurs exemples lesquelz je laisse pour briefveté. Et que il est vray que le mesdit de l'envieux viengne par pure mauvaistie sans autre achoison il y pert. Car dequoy a deservy celuy ou celle qui est bonne personne ou qui a plusieurs des biens de grace de nature & de fortune que on die mal de luy ou que il luy pourchasse encombrier pourtant se ces choses luy viennent bien ou se il est eureux & bien fortuné cestuy mesdit ne vient de nul droit pource concluons ce que dit est devant c'est assavoir de pure mauvaistie il vient / & pourtant est le plus dampnable & de ceste envye pource que cy devant en est assez parlé au [quatriesme] & [cinquiesme] chapitre de ceste deuxiesme partie n'en dirons plus & suffise a tant quant a parler des dames damoiselles & femmes de court.
Cy parle de dames baronesses la maniere du sçavoir qu'il leur appartient. chap. .xxxv.
Or advient a parler aux dames et damoiselles qui demeurent en chasteaulx ou en autres manoirs sur leurs terres ou en villes fermees ou bours / si nous fault adviser que nous pourrons dire qui leur soit propice. Et pource que leurs estatz & puissances soyent differens nous convient parler en aucunes choses differentement c'est assavoir de l'estat ordre & maniere de leurs vivre / mais quant aux meurs et biensfaitz vers dieu tout leur affiert ce que dit est devant aussi bien que aux princesses & dames de la court. C'est a entendre ensuyvir les vertus & fuyr les vices si le pourront la veoir si leur plaist. & pource que en diverses seigneuries sont demourans plusieurs puissans dames. Sicomme baronesses & grans terriennes qui pourtant ne sont pas appellees princesses lequel nom de prince n'affiert estre dit ne mais des emperis des roynes & des duchesses se ce n'est aux femmes de ceulx a qui a cause de leurs terres sont appellees princesses par le droit nom du lieu sicomme il en a en ytalie & ailleurs & quoy que les contesses ne soyent mye en tous pays nommees princesses / mais pource que suyvent assés le renc des duchesses selon la dignité des terres entendons d'elles ou nombre dessusdit des princesses parlerons icy premierement ausdictes baronnesses dont assés y a en france en bretaigne & autre part qui passeroient en honneur & puissance moult de contesses est il quoy que le nom de baron ne soit si hault que de conte / mais moult est la puissance grant d'aulcuns barons a cause de leurs terres & seigneuries & la noblesse qui y est dont leurs femmes tiennent moult grant estat & a dire d'icelles ce que a leur gouvernement appartient est assavoir qu'il affiert trespeciallement a baronnesses qu'elles soyent saiges & prudentes & plus communement que les autres femmes. Si nous convient deviser comment s'estendra son sçavoir / ce que elle se sache entendre de toutes choses / car dit le philozophe que celluy n'est pas saige qui ne congnoist aucune chose de chascune part. Et aussi luy appartient a avoir sicomme couraige d'homme. Si n'est mye a dire que elle doye estre nourrie trop en chambre ne soubz grans & feminines mignotes. Or est a parler des causes [qui nous meuvent. Il n'est pas doubte que il apertient a tout baron, se il veult estre honnourez en son degré, que le moins du temps demoure sus ses manoirs et en son propre lieu, car suivre armes, la court de son prince, et voyagier sont ses offices. Or demeure la dame, sa compaigne, laquelle doit representer son lieu: quoy que il ait assez baillis, prevosts, receveurs et gouverneurs, il affiert que souveraine soit sur tous. Et pour ce convient ce faire: veult selon son droit que elle se gouverne par tel savoir que craintte soit et aussi amee. Car c'est la meilleur craintte qui soit que celle qui vient d'amour, si que dit est devant, et que ses hommes puissent recourir a elle pour tous reffuges aprés le seigneur, et en cas que on leur feroit aucun tort: et pour ce est droit que elle sache de toutes choses, afin que en chascun cas puist donner response convenable. Soit toute enseignee et aprise des usages, drois et coustumes du lieu, et quelz choses y apertiennent; bien enlangagee, haultaine, se besoing est, par bonne discrecion contre ceulx qui la vouldroient mespriser ou qui aucunement seroient rebarbatis et rebelles, et doulce, humble, et charitable vers les gens obeissans; si doit ouvrer par les gens du conseil de son seigneur en tous ses fais, et oïr les opinions des anciens sages afin que elle ne soit reprise de chose que elle face ne que on ne die que elle vueille ouvrer de sa teste. Nous avons dit aussi que elle doit avoir cuer d'omme, c'est qu'elle doit savoir des drois d'armes et toutes choses qui y affierent afin que elle soit preste d'ordonner ses hommes se besoings est, et le sache faire pour assaillir et pour deffendre se le cas s'y adonne; prendre garde que ses forteresses soient bien garnies; se elle est en aucun doubte ou avis que elle entrepregne aucun fait, essaie ses gens et sache de leurs courages et voulentez ains que trop s'y fie, regarde quelle puissance elle a de gens et quel secours puet avoir se besoing en a; et que elle en soit certaine, non mie se attendre en vain ne en foibles promesses, prengne garde comment pourra fournir ains que son seigneur viegne, et quel finance elle a et puet avoir pour ce faire; se garde le plus que elle pourra de grever ses hommes, car c'est chose de quoy on acquiert trop leur haine; parle hardiement et constamment a ses gens de ce qui sera deliberé par son conseil a faire, non pas die hui une raison et demain une autre; donne par ses bonnes et belles paroles courage aux gens] d'armes & a ses hommes d'estre bons & loyaulx et de bien faire ainsi & par tel voye sont ces manieres convenables a tenir a la saige baronnesse son mary estant dehors se il luy en a donne la charge & la commission se il advient que aucun autre baron ou puissant homme luy vueille faire quelque chalenge d'aucune chose. et avecques ce luy sont expedians & propices les manieres que avons ja devisees cy devant ou [chap.] des princesses vefves lesquelles choses par une autre raison luy sont prouffitables a aprendre & que elle sache tout le fait de son gouvernement si que dit est / des le vivant de son mary / c'est assavoir que se vefve demouroit qu'elle ne fust pas trouvee ignorante de sçavoir son estre si que chascun la voulsist fouler et emporter sa piece.
¶ Cy devise la maniere comment il appartient que les dames & damoiselles qui demeurent sur leurs manoirs se gouvernent ou fait de mesnage. chap. .xxxvi.
Que autre maniere d'estat & de vivre appartient aux simples dames et damoiselles demourans es fors ou sur leurs terres dehors les bonnes villes que aux baronnesses mais nonpourtant pource que semblablement que les barons et encores plus communement les chevaliers escuyers & gentilz hommes voyagent & suyvent guerres est convenable a leurs femmes qu'elles soyent sages de grant gouvernement & voyent cler en leurs faitz pource le plus de temps elles demeurent a leurs mesnaiges sans leurs marys qui a court sont ou en divers pays. si convient qu'elles ayent tout le soing de gouvernement & faire valoir leurs revenues et leurs meubles. Si appartient a chascune dame de tel estat s'elle veult user de sens qu'elle sache combien monte par an & vault la revenue de sa terre. Et doit tant faire s'elle peut ceste saige dame vers son mary par doulces parolles & bons admonnestemens que ilz advisent ensemble & disposent de tenir tel estat comme leurdicte revenue pourra fournir / & non mye si grant par dessus que au bout de l'an se treuvent en debtes vers leurs maisgnies ou autres crediteurs Car sans faille ce n'est point honte de tenir estat selon sa terre ou rente soit ores petit. Mais c'est honte de le tenir si grant que les debteurs viennent tous les jours crier & braire a l'ostel & lever les basteaux telle fois ou qu'il conviengne par necessité qu'on griefve ses hommes ou ses hostes ou qu'on face quelques autres extorcions il appartient a telle dame ou damoiselle / qu'elle soit toute aprinse es droitz des fiefz d'arriere fiefz de censives & droictures de champars de prises de plusieurs mains / et de toutes telles choses qui sont en droit de seigneurie selon les coustumes des pays / affin qu'elle n'y puisse estre deceue. Et pource qu'il est tout plain de gouverneurs de terres & de jurisdicions de seigneurs qui voulentiers trompent doit estre de tout ce advisee & bien s'en prendra garde & ne luy sera point de deshonneur s'elle se congnoist en comptes & que souvant les oye & vueille sçavoir comment iceulx se gouvernent vers ces choses ou hommes qu'ilz ne les trompent ne griefvent oultre raison. Car ce seroit a la charge de l'ame de son mary & d'elle ou fait des amendes aux povres gens doit estre pour l'amour de dieu plus piteuse que rigoureuse. Avecques ces choses luy affiert a estre tresbonne mesnagiere. & qu'elle se congnoisse en labour & en quel temps et en quelle saison on doit donner aux terres & aux labourages les façons / de quelle maniere est le meilleur que les talons aillent selon l'assiete du gueret s'il est en païs sec ou moiste & de la profondeur et qu'ilz soyent droitz & vivement fais semés a point de telz grains que les terres desirent et pareillement se congnoistre au labour des vignes se c'est pays ou il y ait vignoble se doit garder qu'elle ait bons laboureux & maistres en tel office / & ne prengne pas gens qui changent maistre de terme en terme / car c'est mauvais signe ne trop vieulx / car ilz seroyent paresseux & foibles / ne trop jeunes. car trop seroient en jeux / si soit soigneuse de les faire lever matin / ne s'en attendre a nul s'elle est droite mesnagere / ains elle mesme se lieve et affuble une houppelande / voise a sa fenestre & huche tant qu'elle les voye saillir dehors. car de ce sont ilz le plus volentiers paresseux / se voise souvent esbatre aux champs veoir comment ilz labourent. Car assés en est il qui voulentiers se passeroient de grater sans plus la terre par dessus pour eulx en delivrer s'ilz cuidoient qu'on n'y prenist garde et qui bien se scevent dormir aux champs soubz l'ombre d'ung arbre et laisser leurs chevaulx du labour ou les beufz entandis paistre en ung pré et ne leur chault / mais qu'ilz puissent dire au soir qu'ilz ont fait leur journee. Et pource la saige mesnagiere s'en prendra garde. Avec quant les bledz seront sur leur meurir des le mois de may n'attendra pas la cherté / mais baillera son aoust a soyer a compaignons bons fors & diligens / a eulx marchandera & composera a argent ou a bled Et quant viendra au temps qui seront en telle office se prendra garde qu'ilz ne laissent riens derriere eulx ou qu'ilz ne facent assez d'autres faulcetés que telz gens scevent bien faire qui n'est dessus & semblablement es autres labours se lievent voulentiers matin car en l'hostel ou la dame gist communement grande matinee a peine ira bien le mesnage / voise aval l'hostel assez trouvera commander. car peu chault a mesgnie communement comment voise qui n'est dessus / face mettre les bestes hors a heure. prengne garde au bergier comment il les gouverne. & s'il en est maistre / & qu'il ne soit despiteux / car il les font nourrir quant ilz veullent en despit de la maistresse ou du maistre / & quelles soyent nettement tenues gardees de trop ardant soleil & de pluye garies de la rongne / elle yra s'elle est saige souvent au toyt avecques une de ses femmes veoir comment on les ordonne. & ainsi sera le bergier plus songneux qu'il n'y ayt que redire. en fera bien penser au temps qu'elles devront agneler. & prendre grant soing des aigneaulx car souvent se meurent par faulte d'en penser. sera songneuse de lever des nourritures / soit present au tondre & que ce soit en saison. En ces hostelz qui seront en pays ou il aura grans praries & herbaiges tiendra grant foison bestes a cornes. & se foison a avaines qui pou se vendent tiengne des beufz en creche dont fera grant argent quant seront gras / s'elle a bocaiges la tiendra haras qui est prouffitable chose a qui bien s'en scet chevir advisera en yver que les gens sont a bon marché adonc leur fera coper ses saussoyes ou couldroyes & faire des eschaillas pour vendre en la saison aussi embesongnera les varletz a coper bois pour le chauffage de l'hostel ou deffricher quelque champ & s'il fait trop fort temps les fera batre en granche / & ainsi jamais ne les lerra oyseux. Car il n'est chose plus gaste en ung hostel que mesgnie oyseuse. Et semblablement embesongnera ses femmes les chamberieres de penser du bestial de faire a menger aux laboureux & des letaiges sarcler les courtilz aller a l'herbe & estre crotees jusques aux genoulx / elle ses filles & damoiselles s'embesongnera de draper de trier celle laine & sortir. mettre les coletz & la fine a part pour faire fins draps pour son mary & pour elle & pour vendre se mestier est. des gros pour les petis enfans & pour ses femmes et maignie fera des couvertures de gros bourions de la laine. & des fumiers fera cultiver des chanvres que toilleront & filleront au soir en yver ses chamberies pour faire des grosses toilles Et toutes telz choses & autres semblables qui trop long seroit a dire en plat pays ont mestier a mesnage / & celle qui plus en est diligente quelque grande qu'elle soit fait le plus que saige & en doit estre treslouee / & ceste voye tenir a saige mesnagiere rend aucunesfois plus de prouffit que la droicte revenue de la terre / sicomme le sçavoit bien faire la saige mesnagiere contesse de Eu mere du bon jeune conte qui mourut en voyage de hongrie qui n'avoit point de honte de se employer en tout honneste labeur de mesnaige tant que plus valoit par an le prouffit qui yssoit que toute la revenue de sa terre. Et de telle femme se peut bien dire la louenge que recite l'espitre de salomon de la saige femme.
¶ Cy devise de celles qui sont oultrageuses en leurs habitz atours & habillemens. Chap. .xxxvii.
ET pource que nous avons touché au chap. sidevant que les dames & damoiselles demourans dehors sur leurs manoirs & heritages doivent adviser & conseiller leurs maris de leur estat. C'est assavoir: que plus grans ne seront tenus que leurs revenues peut fournir. Nous semble bon admonnester a celles qui saigement veullent vivre & ensuyvre nostre doctrine qu'elles se veullent garder des superfluités & oultrages que aucunes font par especial en deux choses venues a cause de grant orgueil qui court entre plusieurs d'elles quoy que ailleurs soyent assez communs / mais pource que nostre present propos chiet en la matiere & que iceulx vices & deffaulx pevent tourner a grant prejudice de leurs ames et ne sont bons ne beaulx mesmes au corps en parlerons / l'ung est des tresoultrageux atours & habitz qu'ilz prennent / & l'autre des harnois qu'ilz font d'aller l'une devant l'autre ensemble sont. Et premierement de ce qui touche aux habitz a declarer que celles qui tant se delictent mesprennent n'est pas doubte que par les belles anciennes coustumes les habitz des roynes n'osassent prendre les duchesses / ne ceulx des duchesses les contesses. ne ceulx des contesses les simples dames / ne ceulx des dames les damoiselles / mais a present que tout est desordonné y pert comment tout va. car il n'y a es habitz ne es atours rigle tenu / car qui plus en peut faire de quelque estat que ce soit soyent femmes ou hommes leur semble qu'ilz besongnent le mieulx & tout ainsi que les brebis suyvent l'une l'autre / s'il y a aucun homme ou femme qui voye faire a autre quelque oultrage ou desordonnance en habit tantost les autres le suyvent & dient qu'il fault faire comme les autres / mais ilz dient voir il fault que ung autre oultrageux suyve ung autre oultrageux. mais se la plus grant partie des gens estoient bien amoderés & de bon sçavoir on ne suyvroit point l'un l'autre en faisant de riens oultraige / ains celluy qui l'auroit commencee en seroit moins prise & demouroit seul en la follie. Je ne sçay quelle plaisance ce peut estre & n'est que faulte de sens qui ainsi abuse les creatures / car par telz oultraiges d'estat d'abitz on n'en est de riens mieulx prisé / mais moins de ceulx & celles qui ont sens car il n'est plus grant mocquerie que de veoir a personne qui quelque soit grant & oultrageux estat & on scet bien qu'il ne luy appartient ou qu'il n'y a dequoy le maintenir et le temps est ores venu que on ne voit autre chose. Et se telz gens ont de la povreté par decoste que mal leur en prengne on ne les doibt pas plaindre car plusieurs en desertent et mettent a povreté par telz oultraiges qui fussent bien ayses se amoderement voulsissent vivre. & plus grant honte y a a plusieurs des debtes que souvent sont a cousturiers peletiers drapiers & orfevres desquelz sont a la fois executés & fault qu'ilz baillent une robe en gaige pour avoir l'autre. Et dieu scet se on leur salle bien ce qu'ilz prennent a creance & la denree leur couste au double. Et ces choses nous disons pour ceulx & celles qui le font en cuidant par celle voye surmonter leurs voisins. mais ce fait tout l'abondance du grant orgueil qui regne au jourd'huy sans faille plus que oncques mais / car a nul ne suffit son estat ains vouldroyent chascun sembler ung roy / & sera force que tel orgueil dieu punisse quelque fois lourdement. car il ne le peut souffrir. Et n'est ce pas grant oultraige voirement & chose superflue ce que comptoit l'autre jour ung taillandier de robes de paris qu'il avoit fait pour une dame simple qui demeure en gastinois une cotte hardie ou il a mis cinq aulnes a la mesure de paris de drap de brouxelles de la grant moison / et traine bien par terre trois quartiers de queue & aux manches a bonbardes qui vont jusques aux pedz / mais dieu scet se selon cest habit comment large atour & haultes cornes qui est en verité ung tres layt habillement & qui messiet n'est pas doubte a qui cler y voit / le moyen est le plus doulx & le plus plaisant: Et cecy est quant aux dames de france / car es autres pays se tiennent plus longuement communement les coustumes que ont tant hommes que femmes en leurs habillemens non mye changant de an en an comme icy qui va tousjours en croissans oultraiges. Mais encores comme il nous semble sont plus a priser les habillemens de ytalie par especial & d'aucuns aultres lieux voire quant a la coustange car quoy qu'ilz soyent de plus grant veue couvers de perles d'or & de pierrerie si ne coustent ilz point tant car c'est chose qui dure et se peut mettre de robe a autre. Mais telz oultraiges de draps & de pennes trainans se usent & fault tantost des autres. Et semblablement des atours des testes sont plus beaulx les leurs. Car il n'est au monde plus gracieulx atour a femmes que beaulx cheveulx blons. Et ce mesmes tesmoigne assez saint paul qui dit que cheveulx est le parement des femmes.
¶ Ce parle contre l'orgueil d'aucunes. Chap. .xxxviii.
Mais l'orgueil de ces habitz dessusditz suyt ung aultre oultraige. certes moult desplaisant a qui droit y vise / c'est le harnoys que plusieurs font quant es compaignies a nopces & assemblees de femmes d'aller l'une devant l'autre / dieu scet les envies qui pour ceste cause sourdent / & les mautalens / & mesmement en laissent plusieurs y a a acointer l'une a l'autre & faire amytiés ensemble pensant. se je acointoye celle la qui se tient grande il conviendroit que je allasse au dessoubz d'elle & que devant moy fust mise / si ne le pourroit mon cueur souffrir. pource n'iray je point en sa compaignie. Et ainsi pour celle cause font plusieurs femmes tant estranges l'une de l'autre qu'elles se entreregardent es compaignies par dessus l'espaulle comme s'elles voulsissent / dire. celle la ne me vault mye. Et ce tour scevent bien faire mesmes a paris assez en est il dont qu'elles soient venues mais que leurs marys soyent ung pou montés par quelque office de roy. mais qui pir est encores a parler d'icelles dames & damoiselles ou autres de ce qu'elle en font en l'eglise de dieu auquel lieu par especiaulté doit estre eschevé tout peche qui plus est grief & grant quant il est fait ou pensé la que autre part / car c'est la place d'oraison au service de dieu le createur. sicomme luymesmes tesmoigne en la saincte evangille. Le harnois qu'elles font de aller a l'offrande l'une devant l'autre qui est tel & si oultrageux. Et plus est encores ceste coustume maintenue en picardie & bretaigne que en ceste france. Car on a veu mainte fois d'aucunes tant oultrecuydees que pour celle cause se prenoyent aux mains en l'eglise mesmes & s'entrefaisoient & disoyent de grans oultrages. Et semblablement de prendre le paix. Mais pis y a que les maleureux maris voire de telz y a la nourrissent & introduisent en celle folie & le veullent / ou autremens se ainsi ne le faisoient ilz se courrousseroyent a elles pensant. Je suis plus gentilhomme que tel / si doit ma femme aller devant la sienne. Et l'autre repensera. Mais moy suis plus riche ou plus grant en office ou pareil. si ne souffriray point que sa femme prengne l'honneur devant la mienne. Et par ainsi aucuneffois que pour ceste cause mesmes les folz hommes s'en entrebatent. Ha dieu quelz oultrages & quelle faulte de sens & sans faillir on ne deveroit point souffrir entre crestiens telz oultraiges. Et les curés & prestres ou les evesques mesmement qui plus ont puissance se les simples prestres n'osent deveroyent deffendre en leurs jurisdicions telles injures faire par especial en l'eglise. Car en verité mieulx vauldroit que telles femmes fussent en leurs maisons que de mener la faitz si oultrageux. Et les prestres qui a telz boubans les voyent venir a l'autel par semblant d'offrir a dieu a elles offrent au prince d'enfer qui est pere d'orgueil se deveroient tourner a n'attendre leur offrende & semblablement de la paix on leur deveroit attacher a ung clou & l'alast baiser qui vouldroit. Et sans faille celles dont nous parlons baisent bien l'oustil que on dit paix / mais pourtant ne la prennent mye ains prennent guerre puis que leur cueur en est en rancune par l'eslevance de grant orgueil Et c'est certes une mauvaise & laide coustume d'ainsi s'entreenvoyer la paix a la messe comme on fait & ung grant destourbier & empeschement de devotion car tel l'envoye a ung autre qui auroit grant despit s'il la prenoit Et que vallent donc telz serimonies. Car puis que elle signifie la communion de paix qui doit estre entre crestiens aussi bien appartient elle aux petis comme aux grans. Et les choses qui sont de dieu toute personne a qui elles viennent ne les doit refuser pour envoyer a ung autre. Et vrayement a tout dire telz coustumes sont a reprouver entre crestiens. mais pource qu'il ne souffist mye dire de sa maladie qui ne touche & parle du remede a la curer qui sans faille pour oster l'enfleure de tel orgueil acoustume a maintenir en ceste maniere / laquelle chose grant charité et bien seroit pour le prouffit des dames de plusieurs* si que ja avons touché cy devant que les evesques se penassent d'oster ces laides coustumes en telle maniere que ilz excommuniassent aprés la deffence tous ceulx & celles qui maintenir le vouldront & grant bien seroit. et a parler des creatures qui se veullent par arrogance eslever en si fais boubans certes grans folye les y conduyt. Car homme se tu veulx bien adviser la misere de ton commencement / ou tu es / ou tu yras tu n'auras cause de toy orgueillir. Et se tu veulx dire que ce fait gentillesse qui te conduyt & maine a desirer telz honneurs nous te faisons assavoir que il n'est noble si n'a aultre gentillesse ne mais des vertus & des bonnes meurs & se tu ne les suis et as en toy qui que tu soyes ne n'est point gentil ne gentillesse. Et se tu le cuides estre folle opinion te deçoit. Et ce mesmes tesmoignent tous les sains docteurs qui a ce propos ont parlé en disant que celuy n'est pas le plus grant qui plus est eslevé en estat. mais celuy qui est le plus vertueux. Et saint augustin au livre des parolles de nostreseigneur nommeement parlant a vous. C'est assavoir a ceulx qui cuident estre nobles seulement pour le sang & ne font force des vertus. O fait il gent deceue par cuider / vous vous delictes en haultesse & estre reputés grans & trenchiés a y monter / mais vous n'en sçavés pas bien le chemin ains vous y forvoyés / car vous cuidés attaindre & monter hault & vous descendés par ce que le premier degré ou voulés asseoir vostre pié est orgueil qui est tresbasse & vile fosse / mais je vous adresseray mieulx au degré par ou on monte se croyre me voulés. C'est le degré d'humilité qui est le premier & puis les autres vertus ensuyvant & ce par la montés vous serés tresnobles & yrés tant hault que vous vouldrés sans que nulle mauvaise fortune vous puist nuyre. Aprés ces choses reste a parler des dames & damoiselles qui demeurent aux bonnes villes & es cités fermees affin qu'en difference de toutes pensions dire quelque chose qui a l'acroissement de leur bien & honneur puist estre. Si est assavoir qu'il advient aulcunesfois & souvent que les gentilz hommes marient de leurs filles a de riches hommes demourans es cités & bonnes villes. dont les ungs sont chevaliers ou officiers du roy. les autres bourgois ou grans marchans. Et celles ne sont pas tousjours le pis mariees s'elles le veullent prendre en gré & se oppinion ne les deçoit / mais il advient aucunesfois a d'aucunes par faulte de sens et habondance d'orgueil que elles ne s'en tiennent par pour contentes / par ce qu'elles reputent leurs maris villains envers elles qui est grant folie si que ja est prouvé si devant / car nul n'est villain s'il ne fait vilenie ne gentil s'il n'est vertueulx / & pource se elles sont nobles & gentilz femmes le doivent monstrer par bonnes meurs & oeuvres vertueuses. Car si que il est contenu ou livre de ecclesiaste Se tu es grant & tu te humilies de tant croistra plus ta grandeur & ton honneur. Car de tant seras tu mieulx prisé. A propos icelles gentilz femmes de tant que plus se humilieront devant leurs marys en obeissance & reverence & la foy que mariaige requiert de tant plus croistra leur honneur. Car quoy qu'il appartiengne a toutes femmes la faire encores icelles plus que les autres en seront prisees. Et se es compaignies des autres femmes sont trouvees courtoises humbles & humaines & a leur maisgnie non trop maistriseuses ne trop curieuses de grant service entour elles & a toutes gens amiables & benignes de honorable port maintien & habit sans oultrage elles seront de bon exemple aux autres femmes & dira l'en d'elles ce qui est dit au proverbe commun Qui des bons est souef flaire.