¶ Cy devise des manieres qui appartiennent a dames de religion. chap. .xxxix.
Pource que nous avons parlé a la doctrine des dames & damoiselles / auquel estat noble les dames de religion de qui qu'elles soyent nees pour reverence de dieu a qui elles sont donnees & mariees pevent bien aller ou renc voire devant toutes a droit juger quant a honneur / pour reverence de leur espoux & d'ordre de religion qui est entre les estatz selon dieu de moult grant hautesse. Et affin que nostre doctrine soit generalle en tous les estatz des femmes parlerons a elles en ramentevant la forme de leur vivre. Laquelle nous disons il est vray / doit estre fondee sur sept principalles vertus desquelles vertus parlerons selon les ditz de jhesucrist & le tesmoignage des saintz docteurs. Et est a entendre que par la louenge des vertus sont les vices blasmes. Car se bien faire est bien il s'ensuyt que mal faire soit mal. Et pource que c'est plaisant chose d'oïr parler du bien et du mal. Nous plaist pour la reverence du sainct ordre tenir ceste forme en cestuy procés. Si disons ainsi a vous dames de religion combien que les leçons de vos status et rigles de tenir et ensuyvir les institucions establies par voz premiers fondateurs le vous notent & enseignent assez ne vous soit grief oÿr de rechief recorder par nous vos aymes si vous plaist les principalles vertus qui vous conviennent & sont necessaires / lesquelles sont sept especialles. C'est assavoir la premiere obedience sur laquelle est fondee toute ordre. La .ii. humilité. La .iii. sobresse. La quarte pacience. La .v. sollicitude. La .vi. chasteté. La .vii. concorde & benivolence. Et d'icelles nonobstant que nostre parolle s'adresse a entre vous religieuses doit estre entendu que semblablement y pevent tendre l'oreille toutes femmes & prendre ce qui peut toucher a leur proffit. Et aussi se aucune gouste ou miette en peut cheoir sur les hommes ne la vueillent pas despris escourre ne gecter la aval. Car bonne doctrine se peut comparer au bon & loyal amy. Lequel quant il ne peut ayder aumoins ne nuyst il point de ceste vertu d'obedience surquoy religion est fondee ne povons dire plusgrant louenge que ce que la saincte escripture mesmes en dit de nostreseigneur que il mesmes l'approuvant en sa personne qu'il fut trouvé obedient jusques a la mort. Si est a entendre obedience en trois choses principalles. C'est assavoir obeir a dieu en tenant ses commandemens car devant elle ne doit aller quelconque autre puis aux loys establies & aprés a son souverain. Si est doncques ainsi que la religieuse doit souverainement garder les commandemens de dieu. Aprés tenir la loy establye de son ordre qui est a entendre les pointz & rigles. Et tiercement obeir a son abbeesse ou prieure. Quant est du premier chascun scet assés quiconques trespasse commandemens de dieu il peche mortellement. Mais pource que ordre de religion est plus digne que autre estat & plus grant degré peche plus mortellement religieux ou religieuse si chiet en pechié que autre ne fait & y a plusieurs causes dont l'une est ja dicte. C'est assavoir pource que ilz sont en plus saint estat tout ainsi que pis seroit le chambellan du roy s'il commettoit quelque crime contre la magesté que ne feroit celuy qui au roy n'auroit foy ne fiance ne aucun office. Aprés qu'elles feroient contre leurs veulx qui tous touchent que dieu serviront singulierement de toute leur force & qui peche ne le sert pas / ains fait tout le contraire Si devés bien garder entre vous dames que vous ne trepassés nulz des pointz de vostre ordre. Car durement pecheriés & tel chose a vous seroit pechié qui aux seculiers ne le seroit mye pource que ce seroit contre vos institucions a qui desoberiés. Avecques ce les commandemens de vostre soubz prieure ne vous doibvent estre griefz pensant la grant merite que en obeissant humblement acquerés La deuxiesme vertu est humilité sans laquelle se toutes autres aviés ne pourriés a dieu plaire. Et que ceste vertu soit aggreable a dieu tesmoigne la saincte escripture que l'humilité de la vierge marie plus agrea a nostre seigneur que mesmes sa virginité Et comme elle luy fut agreable le tesmoigne elle mesmes en sa chançon de magnificat ou elle dit il regarde l'umilité de son ancelle. Et certes qui vouldroit bien espeluchier & cuillir les louenges de ceste vertu d'umilité ce que la saincte escripture en dit seroit si comme une droicte abisme. La tierce vertu est sobrieté en laquelle est contenue abstine. Et a demonstrer qu'elle vous soit convenable le certifierons par les parolles de saint augustin ou livre aux sainctes vierges ou il dit que sobresse est la garde & tutelle de la pensee du sens & de tout le corps. C'est la custode de chasteté / c'est la voisine de vergongne la compaigne de paix & d'amistié & l'ensevelissement de tous vices. Item oregenes de ce mesmes dit que tout ainsi que yvresse est la naissance de tous vices / aussi sobrieté est la mere de toutes vertus. Pacience en la quarte qui pourroit tous racompter les grans biens de ceste vertu. Mais pour tout dire ainsi comme il appert par la vie de nostreseigneur qui en voult estre le droit acteur si pevent appeller les paciens drois filz de dieu. Et pource les appelle l'evangille beneurés. Car pour eulx proprement est le royaulme des cieulx. La quinte vertu qui a religieuse convient est solicitude ou diligence. Et pour mieulx declarer que elle luy soit convenable sans que nous querons aultres preuves de ceste vertu dit saint hierosme sur le psaultier qu'elle vint ce qu'il dit & suppedite nature par vertueuse diligence affin que les haulx biens ne te soyent empeschés c'est que tu faces tant que tu maistries mesmes le sommeil corporel & tous tes sens lesquelles choses tu peulz faire par diligence. Car mesmes nature peult estre maistrisee et domptee par celle vertu / c'est a dire par grant cure de vouloir attaindre a gouverner selon l'esperit son propre corps / lesquelles choses sont necessaires a bonne religieuse. La sixiesme vertu est chasteté a laquelle se conforme toute honnesteté tant d'abit & atour comme de parolles et de maintien. Si vous deffend ceste vertu se a droit la voulés tenir tout vestement & atour ou il ait tant soit petit de mondanité ne curiosité. ains soit tres simple et honneste chascune selon son ordre et est contre aucunes qui veullent estre jolies en leurs vestemens & atours estraintes espinglees / laquelle chose est treslaide & lubre a dame de religion ne plus deshonneste chose a veoir ne nulle autre que femme de religion en habit desordonnee. Mais encores croist trop plus le mechief quant aucunes veullent dancer baler ou jouer a jeux balufres & entre hommes certes se me semble ennemys ainsi transfigurés ne riens n'est plus lait ne plus abhominable que vos parolles se elles se desrivent de la rigle de pureté & d'onnesteté & celles qui se tiennent en tel estat ne pensent pas le contraire que l'ennemy d'enfer ne soit entre elles / Si sont ces choses contre chasteté. Lesquelles pour dieu treschieres amyes ne veullés avoir en vous. Car vous mesleries poison angoisseuse avec miel pour vostre dampnement / mais vous delictes en celle vertu de chasteté de laquelle dit sainct ambroise ou livre de virginité en la louant. Chateté dit il fait d'homme aignel. Car qui la garde il est aignel / et qui la pert il est dyable quil la garde il est citoyen & bourgois de paradis de ceste dit saint bernard que tout ainsi que la baulme a proprieté de garder char de pourriture chasteté garde l'ame sans corruption et tient en netteté & conferme la renommee ou bonne odeur. Et pource fut dit de la bonne dame judith louee de tout le peuple tu es la gloire de jherusalem tu es la lyesse d'israel tu es l'honneur de nostre peuple a qui dieu a donné force d'homme de laquelle tu as ouvré pource que tu as aymé chasteté. La septiesme est concorde ou benivolence laquelle est necessaire entre vous et que vous la doyés aymer et tenir chiere en vos couvens comme le droit lien de paix entendés que saint ambroise ou premier livre des offices dit. Benivolence fait il est ainsi que la commune mere de tous / car elle couple & ajoint tellement gens ensemble que ilz sont comme freres loyaulx aymans le bien l'ung de l'autre & tristes du contraire. Et qui osteroit benivolence d'une assemblee de gens autant vauldroit que on leur ostast le soleil. Et puis dist il benivolence est ainsi comme une fontaine qui rassasie ceulx qui ont soif. Benivolence est une lumiere qui luist a soy & a autruy. benivolence engendre paix brise le glaive de courroux elle fait tout ung de plusieurs & a tout dire elle est de si grant puissance qu'elle peut par sus nature. Par ces choses povés entendre trescheres dames qu'en vraye loyalle amour devés entendre & vivre ensemble comme seurs en union de paix. Et a tant souffise la deuxiesme partie de ce livre. Cy fine la seconde partie.
¶ Le premier chapitre parle comment tout ce qui est dit devant peut toucher aussi bien les unes comme les autres des femmes et de la maniere et gouvernement que femme d'estat doit tenir ou fait de son mesnage. chap. .xl.
Au commencement de ceste .iii. partie suyvant la route des princesses qui devant vont & puis les dames & damoiselles de court & dehors nous convient si que nous promismes parler aux femmes d'estat des cités. C'est assavoir a celles qui sont mariees aux clercz gens de conseil de roys ou de princes ou gardans justice ou en divers offices & aussi a celles qui sont mariees au bourgois des cités & bonnes villes qui en aucuns pays sont appellees nobles quant ilz sont de lignages anciens. Et aprés dirons aux autres estatz des femmes / affin que toutes se sentent de nostre doctrine. Et si que ja avons touché plusieurs fois cy devant c'est nostre entente que tout ce que recordé avons aux autres dames tant es vertus comme au gouvernement de vivre en ce qui peult a chascune femme appartenir de quelque estat qu'elle soit / soit aussi bien dit pour les unes que pour les autres si peut chascune prendre telle piece qu'elle voit qui luy appartient. et ne vueille mye faire comme aulcune folz ou folles qui sont trop aises quant ilz sont au sermon & le prescheur parle sur la charge d'aucun estat qui ne leur touche & trop bien le notent & dient qu'il dit vray & que c'est bien dit. mais quant vient a ce qui leur peut appartenir ilz baissent la teste & cloent les oreilles / & leur semble qu'on leur fait grant tort de en parler & ne prennent point garde a leurs faictz / mais ouy bien aux autres. Et pource le saige prescheur doit trop bien adviser quelz estatz de gens a a son sermon & s'il parle bien aux ungz doit si bien toucher les autres que l'ung ne se puisse mocquer de l'autre ne murmurer. Si dirons doncques ainsi de rechief nous troys vertus comme dessus disons a vous femmes d'estat & bourgoises de cités & bonnes villes que l'oreille vueillés tendre sur les enseignemens qui vous pevent appartenir principallement sur .iiii. quoy qu'ilz soyent ailleurs touchés aprés ce que nous supposons que ja vers dieu soyés bonnes & devotes / mais a ce qui touche prudence mondaine l'un des quatre. Et le premier est a ce qui appartient a l'amour & foy que devés avoir a vos maris / et comment vers eulx vous vous devés porter. Le second point au fait du gouvernement de vostre mesnaige. Et le tiers touche vos vestures & habillemens. Le quart comment vous garderés de blasme et de cheoir en diffame Et quant au premier qui est de l'amour & foy que debvés a vos parties / et comment vers eulx vous appartient a gouverner soyent vos maris vielz ou jeunes bons ou mauvais paisibles ou rioteux de petite loyaulté vers vous ou preudhommes affin que ne redisions ce que devant est ja dit / mais vous envoyrons cercher au [tresiesme chapitre] de la premiere partie de cestuy livre ou la en est assés a plain desclairé. Mais avec ce affin que plus vous embellisse a tenir vers eulx les manieres qui vous pevent touchier qui la sont devisees vous reduirons a memoire trois biens qui de vous gouverner bien et saigement vers eulx qui qu'ilz soyent et leur garder la foy et loyaulté promise tenir en bonne paix et en toutes choses faire vos devoirs vous peut venir. L'ung est grant merite a l'ame que acquerés faisant vos devoirs L'autre est grant honneur au monde. Et le tiers est que on a veu maintes fois et voit on souvent que quoy que plusieurs riches hommes de plusieurs et divers estatz ayent esté / et soyent merveilleux a leurs femmes en tous temps / que quant vient a la mort que conscience les reprent et advisent le bien de leurs femmes qui si bonnement les ont supportez et le tort qu'ilz ont eu vers elles que ilz les laissent dames et maistresses de tout quant qu'ilz ont vaillant. Le second point de nostre enseignement et doctrine que avons dit qu'il vous convient qui touche au faict de mesnage / c'est que vous devés mettre grant cure et diligence de distribuer saigement et mettre au prouffit les biens et la chevance que vos maris par leur labour office ou rente amainent ou pourchassent a l'ostel. Et est l'office de l'homme d'acquerre & faire venir en la maison les provisions / et les femmes les doivent ordonner et dispenser par bonne discrection & ordre convenable sans trop grant escharceté. Et aussi bien se doit garder de folle largesse Car c'est ce qui vuide et desemplit la bource et met la personne a povreté Bien adviser en toutes choses que degast ne excés n'en puisse estre faict ne s'en attendre mye du tout a la mesgnie. Ainçois elle mesmes estre dessus & s'en prendre souvent garde & de ses choses vouloir avoir le compte. Ceste saige dame ou mesnagiere se doit congnoistre en toutes choses de mesmement en appareiller a menger affin qu'elle le sache ordonner & commander a ses servans ou servantes parquoy elle puist tousjours garder la paix de son mary s'il semons gens d'honneur en son hostel / si doibt ellemesmes se besoing est aller en la cuysine & ordonner comment ilz seront servis / doit bien garder que son hostel & sa maison soit tenue nettement & toutes choses en leur place & par ordre. ses enfans bien enseignés & endoctrinés ne quoy que qu'ilz soyent petis que on ne les oye point mignoter ne aussi mener grant noise. soyent nettement tenus & riglement gouvernez ne que drappeaulx a nourrices ne riens qui leur appartienne ne traine point aval l'hostel / doit estre songneuse que son mary soit nettement tenu en robes & aultres choses. car le nect adornement du mary est l'honneur de la femme qui soit bien servy & sa paix gardee / & quant il vient a l'hostel pour prendre son repas que tout soit prest & ordonné tables & dressoir selon l'estat / & s'elle veult user de prudence & avoir les loz du monde & de son mary s'il est homme de bien luy soit a toutes heures faire bonne chiere affin que s'il advient qu'il soit aulcunement troublé en couraige sicomme en diverses choses que les hommes ont affaire livrent aucunesfois mains desplaisirs qu'elle luy puisse par son gracieux accueil faire aulcunement entreoublier. Car n'est point de doubte que c'est grant recreation a homme de bien quant il vient en son hostel & s'il a quelque ennuy en pensee & treuve sa femme qui saigement & gratieusement l'acueille & c'est bien raison que ainsi soit faict. Car celluy qui pourchasse le vivre & l'estat. & qui en a la peine & le soussy ne peut au moins que d'estre bien acueilly en son hostel ne doit point ceste femme tencier / rechigner ne rioter sa maisgnie a table. mais s'il y a aulcune chose qu'ilz ayent faict mal a point les doit reprendre en briefves parolles sans tençons. Car a refection laquelle doit estre prinse joyeusement est trop dure chose a oÿr celle note: Et se son mary est mauvais ou rioteux le doit appaiser a son povoir par belles parolles ne luy enquerre point de ses besongnes ne autres choses aucunement secrettes a tables ne devant mesgnie. mais a part et en sa chambre. Ceste saige mesnagiere avec ce que dit est sera songneuse de lever matin. Et quant elle aura ouÿ messe & dictes ses devotions & retournee a son hostel commandera a ses gens de ce que besoing sera puis se prendra a faire aucune bonne oeuvre ou a filler ou a couldre quelque autre chose. Et quant ces chamberieres auront fait leur mesnaige vouldra que semblablement facent / ne filles ne femmes ne ellemesmes ne vouldra veoir ne souffrir nulles heures oyseuses / elle achetera du lin a bon marché aux foires / fera filler en ville aux povres femmes mais se garde bien que leur peine elle ne retiengne par quelque engignement ou par sa maistrise. car elle se damneroit ne ja a son proffit n'iroit. Si fera faire toilles grosses & deliees nappes & touailles & autres linges & de ce sera tressoigneuse. car c'est le plaisir naturel aux femmes qui n'est lait ne villain mais honneste & licite si fera tant que elle aura de tres beau linge delié large a parer & bien ouvrer. Si le tiendra blanc & souef flairant bien ployé en coffre & de ce sera tressoigneuse si en seront servis les gens d'honneur que son mary amenera dont elle sera prisee & louee. Ceste saige femme prendra bien garde que riens ne pourrisse aval son hostel / & ne voise a gast dequoy povres se peussent aucunement ayder / ne que relief n'y endurcisse robbes ne soyent mengees de vers si les fera donnera aux povres. Mais s'elle ayme le bien de son ame & la vertu de charité ne fera pas seullement de ce ses aulmosnes mais du vin de sa propre boisson & de la viande de sa table aux povres acouchees a malades ou a ses povres voisins souventesfoys & ce fera elle de bon cueur s'elle est saige & a dequoy. Car c'est tout le tresor qu'elle emportera ne ja plus povre n'en sera / mais toutesvoyes elle doibt bien regarder a qui & que par discretion soit faict avecques ces choses ceste femme sera saige gracieuse c'est adire de plaisant chere honneste a couvert langaige accueildra & recevra les amys & acointes de son mary / elle parlera beau a toutes gens. se fera aymer de ses voisins leur fera compaignie & amytié se besoing en ont / ne fera refus de prester petites chosettes ne a ses maisgnies ne sera male mauldisant ne disant villennie ne tout le jour rioter pour ung beau neant: mais les reprendra voirement quant ilz mesprendront / & menacera de les mettre hors s'ilz ne s'amendent mais ce sera sans tonner ne mener grant harou si que on ne l'oye de loing. Sicomme aulcunes folles font a qui il semble que parestre bien malles & tencer fort a leurs maris & a leur mesgnie de neant que on les tiendra a sages & bonnes mesnagieres & a faire bien les embesongnees de pou de chose & trouver par tout a redire & toute jour caqueter / mais ce mesnaige la nest point de nostre doctrine. Car nous voulons que nos disciples soyent en tous leurs faitz saiges / & nul sens ne pourroit estre sans attrempance laquelle ne demande malice ne felonnie ne trop de langaige qui est chose qui moult messiet a femme.
¶ Cy devise comment femmes de estat doivent estre ordonnees en leur habit / et comment se garderont de ceulx qui tachent a les decevoir. chap. .xli.
Le tiers point que voulons notifier a entre vous femmes d'estat de bonnes villes & aux bourgoises / lequel touche vos vestures & habillemens est qu'en iceulx ne vueillés point estre oultrageuses tant es coustumes comme es façons. & y a .v. especialles raisons qui vous doivent mouvoir a vous en garder. L'une que c'est pechié & chose qui desplaist a dieu d'estre tant curieux ou curieuse de son corps La .ii. que de faire oultrage on n'en est ja plus prisié / mais mains / ains que ailleurs est ja dit. La .iii. que c'est gastement d'argent apovrissement & vuidenge de bource. La quatriesme que on donne mauvais exemple a autruy / c'est assavoir cause de ainsi faire ou plus. Car il semblera a une dame qui verra a une damoiselle prendre si grant estat ou a une bourgoise que de tant qu'elle est plus grande devera encores plus croistre son estat / & c'est ce qui fait tous les jours multiplier & croistre les estatz & les boubans par ce que chascun tend tousjours a surmonter l'autre / dont maintes gens sont grevés & apovris en france & autre part. La cinquiesme que on donne par desordonné & oultrageux habit occasion a aultruy de pechier ou en murmuration ou en couvoitise desordonnee / qui est chose qui trop desplaist a dieu. Et pource chieres aymees veu que ce ne vous peut riens valoir & beaucoup nuire ne vous vueillés en telles faulcetés trop delicter / non pourtant c'est bien droit que chascune porte tel habit & estat que appartient a son mary & a elle / mais s'elle est bourgoise qu'elle se porte telle comme une damoiselle et la damoiselle comme une dame / et ainsi de degré en degré monstant sans faire c'est chose hors ordre de bonne police en laquelle s'elle est bien ordonné en quelque pays que ce soit toutes choses doivent estre limitees. Or vient a parler du quatriesme point qui est comme vous vous garderés de blasme & de cheoir en diffame. Auquel point se peult encores touchier le faict de voz habillemens tant en l'oultraige du trop grant coust comme en la maniere des façons en ceste maniere il est assavoir que posons que une femme soit de tresbonne voulenté & sans mauvais fait ne pensee de son corps si ne le croyra pas le monde puis que desordonnee en habit on la verra & seront fais sur elle mains mauvais jugemens quelque bonne qu'elle soit Si appartient doncques a toute femme qui veult garder la bonne renommee qu'elle soit honneste & sans desguisure en son habit & habillement non trop estraincte ne trop grans colletz ne autres façons malhonnestes ne grant trouveresse de choses nouvelles par especial constances & non honnestes Et avec ce la maniere & contenance y fait moult. Car si que ja est touchié cy devant il n'est riens plus desseant a femmes que laide maniere & mal rassise / aussi ne chose plus plaisant que belle contenance & coy maintien quoy qu'elle soit jeune doibt estre en ses jeux & ris attrempee & sans desordonnance a les sçavoir prendre par appoint si qu'ilz soyent bien seans & le parler sans mignotise mais soit propre & doulx ordonné & attrait en regard simple tardif & non vague & joyeuse par apoint. Mais ensuyvant la matiere de dessus est assavoir que avec le mauvais langaige & blasme qui peult sourdre a femme par habit desordonné & par maniere mal honneste y a ung autre plus perilleux inconvenient c'est l'amusement des folz hommes qui pevent penser qu'elle le face pour estre couvoitee & desiree par folle amour. Et elle par adventure n'y pensera / ains le fera seullement pour la plaisance de soymesmes & par sa propre condition qui luy enclinera. Si y a des hommes de mains estatz qui tacheront par grant diligence a les attraire en les poursuyvant par divers semblans & moult s'en peneront. Mais que doit faire la saige femme qui cheoir ne veult en blasme & qui bien est advisee que de tel amour ne peut venir que tout mal prejudice & deshonneur parquoy nulle voulente n'a d'entendre a telz musars & ne veult mye faire comme aucunes musardes a qui trop bien plaist que on les poursuyve par grans semblans & leur semble belle chose de dire si suis aymee de plusieurs c'est signe que je suis belle & qu'il y a en moy assez de bien. Je n'aymeray nul pourtant / mais a tous feray bonne chere / & autant y aura l'ung que l'autre et tous les tiendray en parolles. ceste voye n'est mye de garder l'honneur ains est impossible que longuement soit maintenue par femme qui qu'elle soit que n'en chee en blasme. Et pource la sage dessusdicte si tost qu'elle aperçoit par aucun signe ou semblance que quelque homme a devers elle pensee elle luy doit donner toutes occasions de s'en retraire en manieres parolles et semblans & tant faire qu'il apperçoive qu'elle n'y a courage ne n'y veult avoir. Et s'il advient qu'il luy die elle luy doit respondre & dire sur ceste forme et maniere. Sire se vous avés a moy pensee vueillés vous en retraire / car je vous prometz & jure ma foy que en tel amour n'ay mon intencion ne n'auray jour de ma vie de ce puys je bien jurer / car de ce suis je bien affermee en tel voulenté qu'il n'est homme ne chose nulle qui oster m'en peust & toute ma vie demoureray en ce point de ce soyés vous certain si perdriez vostre peine tant plus vous y museriés / & vous prie tant comme je puis que ne me faciés plus telz semblans ne disiés ces parolles que en bonne foy je y prendroye grant desplaisir & me garderoye a mon povoir d'aller ou vous seriés. Si le vous dy une fois pour toutes et croyés fermement que jamais en autre propos ne me trouverez & a dieu vous dy. Ainsi en brief & sans longuement escouter doit respondre la bonne & saige jeune femme qui ayme son honneur a tout homme qu'il la prie & avec ce que aussi soyent les semblans pareilz aux parolles. C'est assavoir que de regard ne de maintien ne face aucun semblant parquoy y puisse nullement penser que jamais y puist advenir. Et s'il y envoye dons quelz qu'ils soyent que elle garde bien que nulz n'en prengne Car qui don prent se vent Et s'il advient que aucune personne luy en face quelque messaige que elle die expressement & a rechinié visaige que jamais plus ne luy en parle. Et se chamberiere ou varlet qu'elle ait s'en hardist a luy dire qu'elle ne le tiengne point en son hostel. Car tel maisgnie n'est pas seure si treuve voye par bonne maniere de le mettre hors pour quelque aultre achoison sans noise & sans tençon / mais garde bien comment qu'il soit que a son mary ne le dye. Car quelque bonne voulenté qu'elle ait le pourroit mettre en tel frenaisie que ne l'en osteroit pas quant elle vouldroit & est trop grant peril et aussi n'en est nul besoing s'en garde sagement et s'en taise Car n'en sera ja homme si en grant que s'elle veult au long aller par tenir saiges manieres qu'il ne s'en retraye ne aussi dire ne le doit a voisin ne a voisine ne autre / car parolles sont raportees par quoy il advient aucunesfois que hommes contreuvent mauvaisties sur les femmes par despit de ce qu'ilz sont refusés & que ilz scevent qu'elles en parlent ou ont parlé. Si ne griefve riens taire la chose dequoy on ne peut de riens mieulx valoir la dire. Et n'est point belle vantance a femme. Avec ce femmes qui se veulent garder de blasme se doibvent garder d'aler en compaignies qui ne soyent bonnes & honnestes ne en assemblees faictes en jardins ou en autres lieux par prelatz ou par seigneurs ou autres faictes soubz quelque umbre ou couverture de festoier gens & que ce soit pour autre machination de quelque broullerie ou par elles ou par autres. Et posons que une femme saiche bien que pour elle ne soit faicte telle assemblee / si se doit elle bien garder qu'elle ne face umbre a autre. Car cause seroit du mal & du peché si n'y doit aller se elle le scet ou aucun souppeçon y a / & ains qu'elle voise nulle part si elle est saige doit bien adviser ou avecques comment et que doit estre ou elle va ne de trouver ses pelerinages hors la ville a faire pour aller quelque part jouer / ou mener la galle en quelque compaignie joyeuse n'est fors peché & mal a qui le fait. Car c'est faire de dieu umbre & chape a pluye ne sont point bons ne aussi tant aller trotant par ville a jeunes femmes au lundy a saincte avoye / au jeudy je ne sçay ou. au vendredy a saincte katherine & ainsi es autres jours si aucunes le font n'en est ja grant besoing non pas que nous vueillons empescher le bien a faire. Mais sans faille veu le peril de jeunesse la legiereté et la grant couvoitise que hommes ont communement a attraire femmes et les parolles qui tost en sont levees & a pou d'achoison est le plus seur mesmes pour le prouffit des ames & l'honneur du corps estre coustumieres de tant troter ça & la. Car dieu est par tout qui exaulce les oraisons des devotz deprians ou qu'ilz soyent & qui veult que toutes choses soyent faictes par discretion & non mye du tout a voulenté. Aussi de baigneries d'estuves et de commerages trop hanter a femmes & telz compaignies sans necessité ou bonne cause ne sont que despens superflus sans quelque bien que en peust venir. Et pource de toutes telles choses & d'autres semblables: femme si elle est saige qui aime honneur et eschever veult blasme se doit garder.
¶ Cy devise des femmes des marchans. Chapitre. xlii.
Desormais or viendrons a parler des marchans C'est assavoir de femmes aux hommes qui se meslent de marchandises dont a paris & ailleurs a de moult riches et desquelz les femmes portent grant & cousteux estat & plus hault en aucunes autres contrees & villes que a paris sicomme a venise a jennes a florence a lucques avignon & autre part Mais iceulx lieux nonobstant que nulle part ne soit oultrage mieulx soit a excuser ce que elles ne sont que en ces parties de france ne seroit pource qu'il n'y a pas tant de differences des haulx estatz comme a paris & ceste part / c'est assavoir roynes et duchesses contesses & autres dames & damoiselles parquoy les estatz sont plus differenciés Et pource en france qui est le plus noble royaulme du monde et ou toutes choses doivent estre les plus ordonnees selon qui est contenu des anciens usaiges de france n'appartient point quoy qu'elles facent ailleurs si que ja est plusieursfois touché devant que la femme d'ung laboureur de plat païs porte tel estat que la femme d'un homme d'honneste mestier de paris ne celle d'ung homme commun de mestier comme une bourgoise / ne une bourgoise comme une damoiselle ne la damoiselle comme la dame ne la dame comme une contesse ou duchesse / ne la contesse comme la royne / ains se doit chascune tenir en son propre estat & ainsi qu'il y a difference & maniere de vivre des gens doit avoir es estas / mais ces rigles ne sont mye bien gardees aujourd'uy ne maintes autres bonnes qui y souloyent estre. Et pource y pert a l'effect qui ensuyt. Car sans faille oncques les orgueilz ne les estatz n'y furent en toutes manieres de gens depuis les grans jusques aux moindres si oultraigeulx que ores sont & ce peut on veoir par les croniques & anciennes histoires. Et pource que nous avons dit qu'en ytalie encore les femmes portent plus grant estat quoy qu'il soit vray ne sont ilz point de si grans frais qui si endroit sont a tout regarder veu les compaignies & boubans en maintes manieres & choses que elles font esquelles aussi bien que es robes / chascune s'efforce de surmonter l'une l'autre. Car puis que nous sommes a parler des marchandes ne fut ce pas voirement grant oultraige a celle femme de marchant de vivre voire comme marchant n'est mye comme ceulx de venise ou de jennes qui vont oultre mer & par tout païs ont leurs facteurs achetent en gros & font grant faitz. Et puis semblablement envoyent leurs marchandises en toutes terres a grans fardeaux / et ainsi gaignent grans richesses & telz sont appellés nobles marchans mais celles dont nous disons achatte en gros & vent a detail pour quatre soubz de denrees se besoing est ou pour plus ou pour moins quoy qu'elle soit riche et portant grant estat & assés de telles y a que elle fist a une gesine d'ung enfant que elle eut n'a pas longtemps Car ains que on entrast en sa chambre on passoit par deux aultres chambres moult belles ou il avoit en chascune ung grant lit de parement bien & richement encourtiné. Et en la deuxiesme ung grant dressoir couvert comme ung autel tout chargié de vaisselle d'argent blanche. Et puis de celle on entroit en la chambre de la gisant laquelle estoit grande et belle toute encourtinee de tapisserie faicte a la devise d'elle / ouvree tresrichement de fin or de chippre le lit grant & bel encourtiné tout d'ung parement / et les tappis d'entour le lit mis par terre sur quoy on marchoit tous parelz a or ouvrés les grans draps de parement qui passoient plus d'ung espan par soubz la couverture de si fine toille de rains que ilz estoient prisez a trois cens frans & tout par dessus ledit couvertouer a or tissu avoit ung autre grant drap de lin aussi delyé que soye tout d'une piece et sans cousture / qui est une chose nouvellement trouvee a faire et de moult grant coust que on prisoit deux cens frans et plus qui estoit si grant et si large que il crouvroit de tous lez le grant lit de parement / et passoit le bort dudit couvertouer qui traisnoit de tous les costés. Et en celle chambre avoit ung grant dressouer tout paré couvert de vaisselle doree. En ce lit estoit la gisant vestue de drap de soye taint en cramoisi appuyee de grans oreillees de pareille soye a gros boutons de perles / atournee comme une damoiselle et dieu scet les autres superflus despens de festes / baigneries de diverses assemblees / selon les usaiges & coustumes de paris a acouchees / les une plus que les autres qui la furent faictes en celle gesine / et pource que cest oultraige passe les autres quoy que on en face plusieurs grans est digne d'estre mis en livre. Si fut ceste chose raportee en la chambre de la royne dont aulcuns dirent que les gens de paris avoient trop de sang dont l'abondance aucunesfois engendroit plusieurs maladies. C'estoit a dire que la grant abondance des richesses les pourroit bien faire desvoyer. Et pource seroit leur mieulx que le roy les chargast d'aulcun aide emprunt ou taille parquoy leurs femmes ne se allassent pas comparer a la roine de france gueres plus n'en feroit. Si sont telz choses desordonnees & viennent de presumption & non de sens / car ceulx & celles qui les font en acquierent non mye pris / mais despris / car quoy qui prennent les estatz des haultes dames ou des princesses si ne le sont elles pas ne on ne les y appelle pas. ains ne perdent point le non de marchandes ou femmes de marchans voire telz que on les appelleroit en lombardie non mye marchans / mais revendeurs / puis qu'ilz vendent a detail. Si est trop grant folie de revestir d'aultruy habit quant chascun scet bien a qui il est c'est a entendre de prendre estat qui appartient a aultre non mye a soy / mais se ceulx et celles qui telz oultrages font soit en habit ou estat laissoient leur marchandise & prensissent du tout les grans chevaulx & les estatz des seigneurs leur estre s'ensuyvroit mais c'est trop sotte chose de n'avoir pas honte de vendre ses denrees & faire sa marchandise & avoir honte de porter l'abit. Voire qui est bel grant & honneste qui a droit si maintient & est l'estat de marchant bel & honnorable en france & en tous païs. Si se pevent telz gens appeller gens desguisés & ne disons mye pour les amenuisés d'honneur / car ainsi que dit est estat de marchant est bel & bon qui a droit le maintient ains le disons en bonne entente affin de donner conseil & advis aux femmes a qui nous parlons d'elles garder de telz superfluités qui bonnes ne sont a corps ne ame & pevent estre cause que leurs maris soient chargés d'aucun nouvel subside. Si est leur meilleur & leur plus grant sens que leurs habitz propres chascune selon soy qui sont beaulx riches & honnestes portent sans prendre autres posons que riches soient. Ha dieu que pevent telz gens faire de bien certes se ilz theraurisoient au ciel selon l'admonnestement de l'euvangille ilz seroient bien conseillés / car ceste vie est tresbriefve & celle est a tousjours si que ja est dit devant si seroit pour eulx bonne espargne pour le temps advenir que de leurs tresgrans richesses departissent aux povres par vraye charité & si font les plusieurs n'est pas doubte il est bien besoing car par celle bonne noble vertu de charité que a tant aggreable dieu / pevent achater le champ dont l'evangille parle en parolle ou est le grant tresor mucié c'est la joye de paradis: Et ung noble mot d'icelle saincte vertu dit leon pape au sermon de l'apparicion ou il dit tant tresgrande est la vertu de charitable misericorde que sans elle les autres vertus ne pevent proffiter / car combien que aucune creature soit abstinent se garde de peché soit devot & ayt toutes autres vertus sans icelle qui faict les autres valoir tout est neant / car au derrain jour du jugement elle sera portant la baniere devant toutes vertus pour ceulx qui en ce monde l'auront exercee & aymee qui les conduyra en paradis & confondra ceulx nostre seigneur en qui elle n'aura esté trouvee donnant sa diffinitive semence ce nous tesmoigne le texte de l'evangille. Si vous povez par celle voye saulver entre vous riches femmes voire en vous gardant de fraudes & de baratz en voz marchandises contre voz prouchains.
¶ Cy devise des femmes veufves vieilles & jeunes. Chap. .xliii.
Pour entendre nostre oeuvre plus acomplie au proffit de tous les estatz des femmes parlerons aux vefves des communs estatz quoy que dessus ayons dit en l'estat des princesses dirons en telle maniere. Cheres amys nous mues par pitié de vous cheues en l'estat de vefveté par mort qui despoullés vous a de voz maris qui qu'ilz soient ou fussent auquel piteux estat sont livrees communement maintes angoisses & assez d'enuieux affaires: mais c'est en diverses manieres. Car a celles qui sont riches d'une guise & a celles qui mye ne le sont en une autre. Si est livré meschief aux riches par ce que on bee communement a leur oster & aux povres ou a celles qui ne sont mye riches par ce que en leurs affaire ne treuvent pitié sicomme en nulluy. Si y a avec la douleur que avez d'avoir perdu voz parties qui assez deust souffrir trois principaulx maulx qui moult generaulment soient povres ou riches vous convient sus. L'ung qui est ja touchié est que vous trouvés communement durté pou de pris & de pitié en toute personne & telz vous souloyent honnorer ou temps de voz maris qui officiers ou de grant estat estoyent qui ores en font pou de compte & pou les trouvés amys. Le deuxiesme mal dequoy estes assaillies est de divers plais & demandes de plusieurs gens en faitz de debtes ou de chalenges de terres ou de rentes. Et le tiers est le maulvais langaige des gens que de commun cours est enclin a vous courroseure si que a peines sçaurés si bien faire que on n'y trouve a redire. Et pource que vous avez besoing d'estre armees de bon sens contre ces pestilences & de toutes autres qui advenir vous pevent nous plaist vous admonnester de ce qui vous peut estre vaillable combien que peult estre que en avons ailleurs parlé mais pource qu'il eschiet a propos de rechief le ramentrons. Quant a la durté que vous trouvés en toute gent communement qui est le premier des trois dessusditz maulx y a aussi trois remedes: L'ung que tout premierement vous tourniés vers dieu qui tant veult souffrir pour creature humaine. & se bien y pensez ce vous apprendra a estre patientes qui est chose qui bien vous a besoing / & vous conduyre en point se bien y mettés le cueur que pou tiendrés de compte du pris & de l'honneur du monde. Car ores a primes pourrés apprendre comment les choses du monde sont tournables. Le deuxiesme remede est que il convient que vous disposez vostre cueur a estre doulces & benignes en parolles & en reverence a toute gent si que par celle voix vous matiez & flechissiés les couraiges des felons et par doulces prieres & humbles requestes. Item le troiziesme remede est que non obstant les dessusdictes choses & que en parolles habitz & contenance soyent doulces humbles que vous advisiés par bonne prudence & saige gouvernement comment vous vous deffendrés & garderés de ceulx qui trop vous vouldront fouller. C'est assavoir que vous escheviez leurs compaignies n'avoir que faire avecques eulx se vous povez vous tenir closement en voz hostelz ne prendre debat a voisin ne a ung ne a autre ne mesmes a varlet ne chamberiere / tousjours parler bel et garder vostre droit / & par ainsi faire & par pou vous mesler avecques diverses gens se besoing ne vous en est / escheverés que vous ne soyez foullees ne suppeditees par autruy. Au fait des plais ceulx qui vous assauldront qui est le deuxiesme mal debvés sçavoir que eschever debvez plait et procés le plus que vous povez. car c'est chose qui trop peut grever femme vefve pour plusieurs raisons. L'une qu'elle ne se congnoit & est simple en telz choses. L'autre qu'il convient qu'elle se mette en dangier d'aultruy pour faire solliciter ses besongnes & gens sont communement mal dilligens des besongnes aux femmes & voulentiers les trompent & mettent en despens huyt solz pour six. Et l'autre qu'elle n'y peut a toutes heures aller comme feroit ung homme. Et pource est le meilleur conseil qu'elle laisse avant aller aucune partie de son droit mais que ce ne soit a trop grant oultraige que elle si fiche & se doit metre en tous ses devoirs offrir raisonnables offres par bon conseil de ce qu'on luy demande ou s'il fault qu'elle soit demanderesse qu'elle pourchasse avant le sien courtoisement & regarder se par aultre voye ou moyen le pourra traire. Se on l'assault par debtes regarder quelle action & quelle cause les demandeurs ont. Et posons toutesfois qu'il n'y ayt lettre ou tesmoingtz se sa conscience sent que quelque chose soit deue garde soy bien qu'elle ne retienne le droit d'autruy car elle chargeroit l'ame de son mary & la sienne & dieu luy sçauroit bien envoyer tant de pertes au feur l'emplaige d'autre costé que la perte doubleroit. Mais se saigement se scet garder des cauteleux qui demandent sans cause elle fait ce qu'elle doit Mais se a toutes fins convient qu'elle entre en procés doit sçavoir que troys choses principalles sont necessaires a toute personne qui plaide. L'une est ouvrer par conseil des saiges coustumiers & clercz bien aprins es sciences de droit & de loys / l'autre est grant soing & grant dilligence de soliciter la cause / & l'autre est avoir argent assez pour ce faire. car sans doubte se l'une de ces trois choses faillent quelque bonne cause que la personne ayt en peril sera de la perdre. Si est mestier a la femme vefve en ce party qu'elle se tire vers les anciens coustumiers les plus usaigiers de diverses causes & non mye devers les plus jeunes leur monstrer sa raison ses lettres & tiltres entendre bien ce qu'ilz diront ne leur cele riens de ce qui peut appartenir a la cause / soit pour elle ou contre elle. Car conseiller ne la pevent fors par ce qu'elle leur dit & se leur conseil plaide ou accorde aux parties par leur advis / mais se en procés entreface diligence & paye bien / si en sera meilleure sa cause. Si luy conviendra bien pour ces choses faire et pour resister a tous les aultres ennemys se a chief en veult venir qu'elle prengne cueur de homme / c'est assavoir constant fort & saige pour adviser & pour poursuyvre ce qui luy est bon a faire non mye comme simple femme s'acrouppir en plours & en larmes sans autre deffence. comme ung povre chien qui s'aculle en ung coingnet & tous les autres luy courent sus. Car par ainsi faire entre vous femmes trouveriés assez de gens sans pitié qui le pain vous osteroyent de la main et vous reputeroit on ygnarans & simples / ne ja pource plus de pitié ne trouveriés en ame / si ne devés pourtant ouvrer de vostre teste ne en vostre sens vous fiez. Mais tout par bon conseil par especial es grans choses que vous ne sçavez. Et ainsi par telle voye vous devez gouverner entre vous vefves en voz affaires c'est a entendre celles qui sont ja d'aage & qui plus nourir ne se veullent. car quant des jeunes il appartient qu'elles soyent gouvernees par leurs parens & amys tant que remariees soyent se tiennent doulcement & simplement avec eulx & en tel guyse que maulvaise renommee n'en puisse saillir car ce seroit l'achoison de faire perdre leur bien & avancement. Le tiers remede contre les trois maulx dessusditz aux femmes vefves qui sont au dangier du mauvais langaige des gens est qu'elles se doivent garder en toutes manieres de non donner occasion de mal parler sus elles en contenances maintiens & habitz qui doibvent estre simples & honnestes coyes doubteuses du fait de leur corps qu'on ne puisse en mal murmurer. ne soyent trop acointables ne privees a hommes que on voye frequenter souvent en leur maison s'ilz ne sont leurs parens. & encores que ce soit fait discretement ne beau pere prestres ne freres pou ou neant quelque devote qu'elle soit: Pource que le monde est tant enclin a dire mal & se garder de tenir mesgnie ou l'en puist avoir aucune suspecion ne moult grant priveté ne familiarité quelque bons qu'elle les saiche / ne quoy que a nul mal n'y pensast ne leur face ne au fait de sa despence affin qu'on n'en puist parler & aussi pour mieulx garder le sien ne tiengne trop grant estat ne en gens ne en robes ne en viandes car c'est droit estat de femme vefve estre sobre & sans superfluités de quelque chose. Et pource que en l'estat de veufveté a tant de durté pour les femmes sicomme nous disons & il est vray pourroit sembler a aulcunes gens que doncques seroit leur meilleur que toutes se remariassent. Si pourroit a ceste question estre respondu que s'il estoit ainsi que en la vie de mariage eust tout repos & paix vrayement seroit sens a femme de s'i rebouter mais parce qu'on voit tout le contraire le doit moult eslongner toute femme quoy que aux jeunes soit chose comme de necessité ou tresconvenable. Mais a celles qui ja ont passé jeune aage. Et qui assez ont du leur ne povreté ne les y contraint c'est toute follie quoy que aucunes qui le veullent faire dient ce n'est riens d'une femme seulle & si pou se fient en leur sens qu'elles se excusent que gouverner ne sçauroient. mais le comble des follies & la grant mocquerie est quant une vieille prent ung jeune homme. dont petit voit on longuement bonne chanson chanter. mais tant y a que de leur malle meschance on ne les plaint point a bon droit.