¶ Cy parle a l'enseignement des jeunes filles & vieilles estans en l'estat de virginité. Chap. .xliiii.

Ce n'est mye droit que au procés de noz lecons soyent oubliees les femmes ou filles qui sont en l'estat de virginité dont on peut parler d'elles en deux differences d'estas. c'est assavoir de celles qui ont propos de garder leur virginité tout le temps de leur vie pour l'amour de nostreseigneur & de celles qui attendent le temps de mariage par l'ordonnance de voulenté de leurs parens. Et ainsi comme il y a difference en leur propos doit semblablement avoir en leur habitz conversation & maniere de vivre mesmement au monde. Car a celles qui du tout se sont disposees de jamais ne l'enfraindre appartient vie tresdevote & sollitaire & quoy qu'elle soit a toutes bien seant / neantmoins a cestes affiert plus que a autres. Et si leur est necessaire faire aulcun ouvraige pour avoir leur vie ou qu'elles servent en aucun lieu elles doivent regarder que toute leur occupation soit aprés ce que leur labour necessaire ont faict au service de dieu en devotes oraisons et aussi en jeunes & abstinences faictes par discretion non mye aprés qu'elles ne le puissent porter ne continuer ne que leur serueil en puisse estre trouble Car riens de trop grant aspreté ne doibt estre prins sans bon conseil. Si se doibvent garder de tous pechez singulierement en fait & en pensee affin que le bien qu'elles font de une part ne perdent pas de l'autre car petit vauldroit estre vierge ou chaste faire abstinences & devotions & que avec ce on fust ung tresgrant pecheur ou pecheresse / si doibt toute personne qui se met a bien faire garder qu'elle offre a dieu offrande nette / car qui presenteroit au roy une tresbelle & bonne viande toute entremeslee de ordure & punaisie on ne luy feroit nul plaisir. & si la reffuseroit & a bon droit. Si doibvent estre leurs parolles bonnes simples devotes & sans trop de languaige. leur habit honneste & sans nulle cointerie maintien simple & courtois & treshumble chere les yeulx bessez & la parolle basse / si doit estre leur joye ouÿr la parolle de dieu & frequenter l'eglise & celles qui ceste vie ont esleue sont de bonne heure nees. car elles ont prinse la meilleur partie Les autres pucelles qui attendent l'estat de mariage autressi doibvent estre en contenances maintiens & belles parolles attrempees & honnestes & par especial en l'eglise coyes regardans sur leurs livres ou leurs yeulx abaissiés en rues & par voye simples & rassises / & a l'hostel non oyseuses / mais soient tousjours occupees en quelque oeuvre de leur mesnaige leurs habis & vestures bien faictz jointz & pollis mais que deshonnesteté n'y ayt & nettement tenus leurs cheveulx bien ordonnés & non mye trainans par les joues ne sailles / le parler amyable & courtois a toutes gens humble maniere non trop emparlees. & se a festes sont a dances ou a assemblees la / doivent bien estre sur leur garde que bien soyent de belle maniere & de beau maintien / pource que plus de gens ont les yeulx sur elles. et dancent simplement / chantent bassement ne soit leur regard vague ne traceant ça ne la qui trop ne s'enpressent entre hommes / mais tousjours se tirent vers leurs meres ou les autres femmes Cestes pucelles se doivent garder de prendre debat ne tençon a quelque personne ne a varlet ne a chamberiere. C'est trop layde chose a pucelle estre tenceresse & renponneuse & en pourroit perdre son bien par les maulvais & mensongeux rapors que mesgnies font souventesfois a pou d'achoison. Pucelle ne soit nullement saillant effrayee ne ribaulde par especial a hommes qui qu'ilz soyent ne a clercz de l'ostel ne varletz ne autres mesgnies & si ne seuffre en nulle guise homme la touche ne se joue a elle des mains ne de trop rigollages. Car ce seroit trop grant empirement de l'honnesteté que avoir doit & de son bon loz. Si affiert aussi a pucelle estre devote par especial vers nostre dame vers saincte Katherine & toutes vierges / & s'elle scet lire en lise voulentiers les vies / jeune aucuns jours & soit sobre sur toutes riens en boire & en menger & contente d'assez pou de viande & de foibles vins car gloutonnie a pucelle sur vin & sur viande sur toutes choses est layde tache. Pource doit bien garder qu'on ne la voye nulle fois changee par vin prendre trop largement / car se telle tache avoit on n'y esperoit quelconque autre bien si doit de droicte coustume toute pucelle mettre largement de l'eaue en son vin / & acoustumer a petit boire aussi avecques les bonnes taches & manieres qui luy affierent appartient estre a toute pucelle humble et obeissant a pere & a mere & les servir diligemment de tout son povoir. s'attendre de son mariage du tout a eulx & non mye que de elle mesmes le face & sans leur consentement / ne quelconques parolles n'en doibt tenir ne escouter personne. Et sont pucelles par ceste maniere aprinses & endoctrinees sont a desirer aux hommes qui marier se veullent.

¶ Cy devise comment anciennes femmes se doivent maintenir vers les jeunes et des meurs que avoir doibvent. Chap. .xlv.

Pource que assez communement a debat & discord tant en oppinions comme en parolles entre vieilles gens & les jeunes si que a peine se pevent entresouffrir comme s'ilz fussent de deux especes laquelle chose fait l'aage qui tout ainsi qu'il est differencié met difference en leurs meurs & condicions nous semble bon pour mettre paix de celle guerre entre les femmes de divers aages qui nostre doctrine pourront ouÿr que nous ramentevions aucunes choses qui bonnes y pevent estre. Mais dirons premierement aux anciennes les meurs qui leur advisent. Il appartient a toute femme d'aage qu'elle soit sage en fait en habit contenance & parolle. en fait doibt estre saige / par ce que advis doibt avoir & memoire des choses que veues a advenir en son temps. Et pource avant aucune chose qui veult faire ou entreprendre doit ouvrer par l'exemple d'icelles. car s'elle a veu mal ou bien advenir a elle / ou a autre par tenir aulcunes manieres penser peult que ainsy luy adviendra par semblablement faire. Et pource dit on que vieilles gens sont communement plus saiges que les jeunes. Et est vray pour deux raisons. L'une pource que leur entendement est plus parfait & a plus grant consideration. Et l'autre qu'ilz ont plus grant experience des choses passees: pource qu'ilz ont plus veu. Si leur appartient doncques estre plus saiges / & s'ilz ne le sont plus sont a reprendre. Et sans faille quant vieilles gens sont sans sens ou nices ou qu'ilz facent les follies que jeunesse admonneste aux jeunes & dont mesmes on les reprent il n'est si grant mocquerie. Et pource l'ancienne femme doibt bien estre pourveue qu'elle ne face chose dont on y puist noter follie ne luy appartient dancer baller ne rire follement mais s'elle est joyeuse de sa condicion doit toutesfoys regarder qu'elle prengne ses joyeusetés par apoint non mye de la maniere des jeunes gens: mais plus rassisement die ses parolles a trait & gracieusement face ses esbatemens / & sans nul effroy / car quoy que nous disons que saige doibt estre & rassise n'entendons par pourtant que rechignee soit malle ramponneuse ne maulgratieuse pour donner a croire que c'est tout sens. Car ainçois se doit garder de telles passions si viennent communement a vieilles gens. C'est assavoir d'estre ireulx maugracieux & rechinés pource la saige ancienne quant elle sentira que son couraige sera enclin a tencer ou se courroucer elle la moderera par telle sage distrecion disant a soy mesmes dieu & que as tu que demandes tu est ce fait de saige femme d'ainsi se demener ou troubler se ces choses te semblent maufaictes / il n'est mye en toy de tout amender soies plus en paix ne parle pas si maugracieusement se tu te voies comment ta chere est maugracieuse quant tu es en tel despit grant orreur en auroies soies plus conversable & plus debonnaire a tes gens et ceulx que tu dois chastier reprens les plus courtoisement et te garde de tel ire / car c'est chose qui desplaist a dieu & en vault pis ton corps & moins en es aymee. Il appartient a avoir pacience. Telles choses & semblables doit dire a soy mesmes la saige femme ancienne quant les mouvemens d'ire luy viennent avec ce sens doit estre l'ancienne femme vestue large et d'abillement honneste. Car a ce propos dit ung vray mot machault vieille coincte et jolie est matiere de mocquerie / sa contenance de beau port & honnorable. Car en verité quoy que nul die c'est beau parement et chose de grant honneur et reverence en une place & qui bien y tient son lieu souventesfois que une ancienne personne soit homme ou femme quant elle est saige ou de honnorable maniere en toutes choses la parolle de ceste saige femme ancienne doit estre toute meue par discretion se garde bien que de sa bouche n'isse folles parolles deshonnestes / car chose de plus grant derision n'est que sotte parolle & mal honneste en vieille gens / pource les doit dire toutes de bon exemple Et a venir a ce que nous avons dit devant. C'est assavoir a parler du contens et mal accord qui est communement entre vieilles gens & jeunes gens la saige ancienne femme doit estre sur ce advisee en telle maniere que quant aucun mouvement luy viendra en pensee ou en parolle contre jeunes gens pour leurs jeunesses que elles ne puissent pas bien soufrir pensee en soy mesmes. Beau sire dieu tu as esté jeune advise bien quelles choses tu faisoies en ce temps eusses tu voulu qu'on parlast ainsi de toy pourquoy leurs cours tu tant seur advise comment sont grans les aguillons de jeunesse tu en dois avoir pitié Car tu es passee par ces pas on doit jeunes gens reprendre & tencer voirement de leurs follie. Mais non mye pourtant les haïr ne diffamer / car ilz ne scevent qu'ilz font & ne congnoissent pource les supporteras benignement & chastieras par bonne maniere ceulx & celles qui te touchent & se les autres le blasment ou diffament tu les excuseras par pitié advisant l'ignorance de jeunesse qui leur toust a avoir plus grant congnoissance. Ha dieu advises en toy mesmes que se tu n'as a present en toy les mouvemens que jeunesse a ne plus ne te delictes en telz folies par vieille qui t'a meuree & refroide tu n'es mye pourtant sans pechié ains en as par adventure de plus grans et de plus gros que tu n'avoyes de tel aage ou que assés de jeunes gens n'ont & se ces vices la t'ont delaisee d'autres plus mauvais t'ont acueillie comme envie couvoitise ire impacience gloutonnie par especial de vins en quoy tu fais souvent de grans deffaultes. Et toy qui dois estre saige n'a pas puissance de y resister par ce que l'inclination de vieillesse tire tempte & admonneste & tu veulx que iceulx jeunes soient plus saiges que toy / c'est assavoir que ilz resistent aux temptations que jeunesse leur met en couraige et facent ce que tu ne peus faire si laisses en paix jeunes gens & plus ne murmures contre eulx. Car se bien te regardes assés as affaire de toy mesmes. & se les vices de jeunesse t'ont laissee ce n'est mye par ta vertu / mais par ce que nature plus ne s'i encline et pour ce te semblent ilz si abhominables.

¶ Cy devise comment jeunes femmes se doivent maintenir vers les anciennes. chap. .xlvi

Si viendrons aux enseignemens qui pevent garder les jeunes gens de contendre arguer mesaymer ne despriser les anciens / mais les avoir en toute reverence. & leur dirons ainsi. O enfans & entre vous jeunes gens qui estes abilles a retenir & aprendre entendés la leçon qui vous peut introduire prouffitablement en meurs & coustumes qui a tenir vous affierent vers les treshonnorables estatz des anciens. Laquelle leçon vous peut introduire en cinq principaulx pointz. dont le premier point appartient a la reverence que porter leur devés. Le deuxiesme a l'obeissance. Le troisiesme a la crainte Le quatriesme en l'aide & reconfort. Et le cinquiesme a adviser le bien qu'ilz vous font & que par eulx. dont quant au premier point qui est de la reverence que par droicte ordonnance leur devés est escript que il fut ung roy en grece que on nommoit figurgus / qui maintes belles lois trouva & entre les autres en establit une telle que les jeunes gens portassent tresgrant honneur & reverence aux anciens. Si advint une fois que celluy roy ou autre sien successeur avoit envoyé ses ambassadeurs en une autre contree avec lesquelz estoient alés pour les garder servir & acompaigner de nobles gens du païs Advint que quant temps fut de faire leur legation la presse estoit moult grande ou lieu ou assis estoient / car la fut assemblee la gent pour ouÿr ce que dire vouloyent si estoient les places toutes prinses. Si y vint ung ancien homme pour ouÿr comme les aucies & ala traçant tout a l'environ pour trouver a se seoir & nul de sa nation trouva si courtois qui point de lieu luy presentast mais quant il vint a l'endroit ou seoient les jeunes estrangiers dessusditz tantost selon les lois de leur païs se leverent & firent reverence & place au vieillart. laquelle chose fut tresgrandement notee & prisee de tous. Et ceste mesmes maniere tenoient semblablement les rommains au temps qui se gouvernoyent par souveraines ordonnances. Et pourtant entre vous enfans & jeunes gens cest exemple par enseignement vous soit doctrine / car sachiés que droit & raison veult que honneur leur soit portee & mesmes la saincte escripture le tesmoigne & soyés certains que en ce faisant vostre tresgrant los y sera. Car l'honneur n'est mye a celluy a qui on le fait. Et s'il est ainsi que honneur leur devés il s'ensuyt que souverainement vous devés garder de les mocquer ne dire ou faire derisions injures oultrages ne vilennies quelconques desplaisir ne arguer a ceulx sicomme font aucuns mauvais enfans qui trop en sont a reprendre / qui les appellent vieillars ou vieilles / mais c'est ung bel reproche a qui bien le gouverne. Le deuxiesme point qui est comment leur devés obeir touche comment devés croire certainement que ilz sont plus saiges que vous si appartient que vous vous tenés a leurs oppinions plus que aux vostres / c'est a entendre des anciens saiges que usiés de leur conseil & de vos plus grans fais ordonnés & riglés par eulx et par ainsi ne pourrés estre aprins. Le quatreiesme point est que tous ne soient ilz pas fors de corps pour vous batre / et que ja n'ayés celle doubte si les devés vous craindre sicomme s'ilz fussent tous vos peres & vos meres. La raison est pource qu'ilz ont avecques eulx en leurs sens Et sçavoir le baston de correction qui vous appartient pource vous affiert redoubter leur presence / c'est assavoir vous garder de mesprendre la ou ilz sont: car tost l'apercevroient Le quatriesme est que vous leurs devez ayder & reconforter de la force de vostre corps & aussi de voz biens piteusement en leurs maladies & foiblesses a ceulx qui besoing en ont par humaine compassion pensant que semblablement devendrés impotens & foibles se vous tant vivés si vouldriés bien adonc que on vous reconfortast & aussi pour la tresgrande charité & aulmosne que c'est envers dieu / car plus grant enfermeté n'est que vieillesse. Item le cinquiesme point qui est du bien que par eulx recevés lequel plus vous doit esmouvoir a les suporter & avoir compassion d'eulx est que ce sont mesmement les loys par ce estes enseignés & riglés en ordre de droit si ne pourriés jamais rendre ces grans benefices & qui aussi soustiennent tous les jours en toutes terres païs & royaulmes les belles rigles & ordonnances du monde. car non obstant la grant force des jeunes se ne fussent les saiges anciens le monde yroit a confusion / & ce mesme tesmoigne la saincte escripture qui dit mal pour la terre dont le roy ou seigneur est enfant c'est a dire jeune de meurs et aussi & par ces rigles entre vous jeunes vous devez ordonner & maintenir vers les anciens affin que le bien de vous & de vostre renommee mesme en croisse. Car moult est grant auctorité la bonne renommee qui est recitee par la bouche de saige ancienne personne de la relation d'autruy & y adjouste l'en grant foy parquoy se les jeunes qui la desirent estoyent bien advisés ilz devroyent mettre trop grant peine d'estre en leur grace par bonnes meurs affin que d'eulx ilz fussent loués. Si touche cest admonnestement que dit avons en ce pas tant les jeunes hommes comme les jeunes femmes. Mais pour descendre a nostre propos a l'enseignement des femmes pource que les sens et les biens dessusdictz sont es anciennes / c'est assavoir en ceulx & celles qui sont honnorables & saiges car nostre entente n'est mye d'aucuns maleureux vieillars ou vieilles endurcis en leurs pechés & vices ou n'a quelconques sens ne bonté & ceulx sont a fuyr plus que chose nee / mais de bonnes & honnestes se doibt voulentiers accointer toute jeune femme qui desire honneur aller a festes ou a quelconque lieu que ce soit voulentiers en leur compaignie plus que avec les jeunes / car plus en sera louee & plus seurement yra & se aulcune chose venoit en l'assemblee mal apoint ja le diffame ou blasme ne sera sur telle qui en honnorable compaignie d'ancienne femme bien nommee sera. Si doibt si que dit est la jeune femme servir & honnorer & porter grant reverence a l'ancienne & suporter d'elle posons qu'elle feust aucunement male ou dangereuse recevoir en gré sa correction ne luy respondre point maulgracieusement mais se taire ou parler courtoisement l'apaisier par bel se elle peut & se garder de faire les choses qu'elle scet qui la peut mouvoir a ire & de ce faire sera tres louee. Et par ces voyes tenir de vieilles gens aux jeunes gens & de jeunes aux vieulx pourra estre gardee & maintenue[**u/n entre eulx qui souventesfois sont en grans desaccors.

¶ Cy devise des femmes des mestiers comment gouverner se doivent. Chap. .xlvii.

Or nous convient parler de l'ordre de vivre des femmes mariees aux hommes des mestiers qui demeurent es cités & bonnes villes sicomme a la ville de paris & autre part non obstant que tout le bien que devant est dit pevent prendre en leur usaige se il leur plaist. mais non pourtant que les mestriers soyent plus honnestes les ungs que les aultres sicomme orfevre brodeur armurier tapissier & autres plusieurs que ne sont maçons cordonniers & telz semblables a toutes appartient que elles soyent tressoigneuses & dilligentes se chevances veullent avoir par honneur de solliciter leurs maris ou leurs ouvriers de eulx prendre matin a la besongne & tard laisser / car sans faille il n'est nul si bon mestier que qui n'y met dilligences a peines peut on aller de pain a autre. Et avec ce que tel femme doibt solliciter les aultres a ellemesmes appartient mettre les mains a la paste tant faire que elle se congnoisse en l'ouvrage affin que elle saiche deviser a ses ouvriés se le mary n'y est reprendre s'ilz ne font pas bien doibt estre dessus pour les garder d'oiseuseté car par ouvriers mausongneux est aucunesfois desert le maistre & quant marchés viennent a son mary de faire aucun ouvraige aucunement dangereux & non acoustumé elle le doibt admonnester par bel que il garde bien que il n'en prengne marché ou il puist perdre & luy conseille que le moins qu'il puisse face de creances s'il ne scet bien ou & a qui / car par ce plusieurs viennent a povreté quoy que aucunesfois la couvoitise de plus gaigner ou de la grant offre que on leur fait / leur face faire. Avec ce doibt tenir son mary en amour le plus qu'elle peut a celle fin que plus voulentiers se treuve a l'hostel & que il n'ayt cause de suyvre les sottes compaignies d'aultres jeunes hommes en tavernes & autres superflus & oultrageuses despenses si que assez de gens de mestier & par especial a paris font desquelles par doulcement traicter le doibt garder le plus que elle peut. Car on dit que trois choses chassent l'homme de son hostel femme rioteuse cheminee qui tient fumee & maison ou il pleut. Avec ce elle se doit tenir voulentiers a l'hostel non mye allant tous les jours trotant ça & la voisinant pour sçavoir que chascun fait ne visitant souvent commeres / car c'est faict de maulvaises mesnagieres si ne luy sont bien seans tant de compaignies faire par ville ne troter a pelerinages trouvés sans besoing qui ne sont toutes fors despences sans necessité. Avec ce doit admonnester son mary que ilz vivent si sobrement que la despence ne passe la gaigne si que au bout de l'an se treuvent en debtes se elle a enfans leur face aprendre premierement a l'escolle affin qu'ilz puissent & sachent mieulx servir dieu aprés soyent mis a aulcun mestier par quoy leur vie puissent avoir. Car grant avoir donne a son enfant qui luy donne science marchandise ou mestier & les garder de mignotises & de friandises sur toutes riens. car en verité c'est une chose qui moult honnist les enfans de bonnes villes qui est grant peché a peres & a meres lesquelz doibvent estre cause du bien & des bonnes meurs de leurs enfans & ilz sont aucunesfois achoison par les friandises en quoy ilz les nourrissent & les grans mignotises que ilz leur font de leur mal & perdicion.

¶ Cy devise des femmes servantes & chamberieres. chap. .xlviii.

Affin que tout se sente de nostre admonnestement en bien vivre parlerons mesmement aux femmes servantes & chamberieres de paris & d'aultre part & pource que en plusieurs lieux la necessité de gaigner leur vie & assez en est il par ce que elles ont esté mises bien jeunes a servir l'occupation du service mondain leur a par adventure empeschié de sçavoir si largement des choses qui appartiennent a sauvement comme autres font & aussi a servir dieu en oyant messes sermons et disans patenostres & oraisons dont peut estre desplaisir a auculnes bonnes mais besoing de servir ne leur seuffre nous semble bon parler ung petit de la maniere en fait oeuvre ou pensee qui pour leur sauvement a tenir leur est prouffitable & aussi de ce qu'elles doibvent eschever. Si doit sçavoir toute femme servante qu'elle faict a excuser de toutes choses mesmement vers dieu se elle ne les fait que sa maistresse ou autre femme aisee n'en sera pas excusee / c'est assavoir que se elle est en service par necessité de son vivre & il convient que pour son service mieulx acomplir tire grant peine lieve matin & couche tard disne & souppe aprés les autres & mal a son loysir / mais aille mengeant ça & la tousjours en servant & par adventure non mye bien largement aura sa substentation / mais assez escharcement & ric a ric se telle femme ne jeusnes mesmes tous les jours commandés de l'eglise elle en faict vers dieu a excuser voire se elle sent que sans grever son corps lequel par adventure deffauldroit si qu'elle ne pourroit gaigner sa vie ne le peut faire non mye que elle brise son jeune par gloutonnie & par folle presumption disant je suis servante je ne doy mye jeusner. Et pource discretion & bonne conscience doivent faire la difference & en estre juges Car il est des chamberieres plus aises de toutes choses que assez de mesnagiers est il qui jeusnent ou font abstinences pour l'amour de dieu si ne le disons mye pour icelles. Et semblablement disons d'aller en l'eglise & estre en oraisons. que doit faire la bonne servante qui veult deservir estre sauvee certainement elle doit avoir que dieu qui tant congnoist voit ne demande que le bon cueur vers luy ne fauldra a bien ouvrer et pour celle qui tel aura & se sauvera en tel maniere que elle se gardera de tous lais & mauvais pechés portera loyaulté en faict & en dict a maistre & a maistresse et songneusement les servira et mesmes en faisant la la besongne pourra dire ses patenostres & ses devotions & se elle peut estre de fait au moustier le cueur y sera par bonne voulenté & toutesfoys n'est mye a croyre que nulle ou pou soit occupee que s'elle veult prendre la peine de lever matin qu'elle ne puisse bien avoir espace d'oÿr une messe le plus des jours se recommander a dieu puis s'en retourner faire sa besongne & telle voye tenir avec les autres biens que bonne servante peut faire sans faille les conduyront a sauvement. Mais tenir la maniere que aucunes gouliardes & mauvaises font est chemin dampnable. Et pour les reprendre de leurs mauvaisties & follies en dirons il est aucunes faulces gloutes chamberieres que par ce qu'elles scevent assez du bas vouler et bien servir pour mieulx flater es grans hostelz des bourgois & riches gens on leur baille grant gouvernement pource qu'elles scevent bien faire les bonnes mesnagieres si ont office d'acheter la viande et aller a la chair ou trop bien batent le cabas qui est mot communement dit qui est a entendre faire acroire que la chose couste plus que elle ne fait & retenir l'argent / si font entendant que le quartier de mouton leur couste quatre soulz que elles ont pour dix blans ou moins & ainsi des autres choses si pevent par celle voye faire aval l'annee grant dommaiges / et plus font telz jours est / car elles apportent a part ung morcellet de friandise si font faire ung pasté et sur la taille de leur maistre le content au four. Et puis quant leur maistre est au palais ou en la ville & leur maistresse a l'eglise a la grant messe la desjeunerie est faicte en la cuisine a bon gaudeamus et n'est pas sans bien boire et du meilleur et la viennent les autres chamberieres de la rue qui sont du flot des chamberieres et autres commeres & dieu scet comme la se fourrent et aucune porte le pasté en la chambre que elle a en la ville. et la vient le gentil gallant et ainsi se rigollent / s'il y a femmes qui repairent en l'ostel qui aident a faire les lessives & a escurer les potz celles sont de la cordelle de la chamberiere / car elles font la besongne de l'hostel tandis que icelle va jouer affin que le maistre & la maistresse treuvent tout prest quant ilz vendront si les envoye bien a heure / mais dieu scet comment boudees de vin & de viandes si leur servent d'ung autre office. car aucunesfois quant on fait la lessive a l'hostel & la maistresse qui en sera bien embesongnee cuidera que sa chamberiere soit a la riviere pour laver la lessive & elle est aux estuves paix & aise / et a ses femmes qui luy font sa besongne / mais ne les paye pas du sien / si a ses cousins & ses comperes qui la viennent demander a l'hostel & veoir aucunesfois & dieu scet que les cousinages & les chalandises de maintes commeres qu'elles a en la ville coustent a l'ostel maintes bouteillees de vin / mais s'il advient quel tel femme serve en lieu ou il y ait jeune maistresse nouvelle mariee / et ung pou nicette elle est bien arrivee. Car bien se sçaura pener de flater le maistre & de parler a luy bien en preude femme & dire fy de flatars / affin que se fie bien a elle de sa femme & de tout / mais ne fault pas a luy tirer bien les vers du nés / car d'autre coste raflatera la jeune fille / si que par celle maniere les tendra tous deux qu'ilz ne croiront a autre dieu & adonc vin & viande chandelle pain lart sel & toute despence d'ostel sera bien gouverné & se le maistre dit aucunesfois que les garnisons y faillent trop tost incontinent aura sa responce preste disant que c'est pource qui faict de grans disners & semont tant les gens de boire / mais s'il advient que aucun galant luy promette ou donne chapperon ou robe pour faire ung message a sa maistresse se elle ne le fait de bonne maniere que elle soit arse de telles gloutes chambrieres est il aucunesfois si est moult grant peril en ung hostel. Car par le beau service que elles scevent faire leurs flateries bien appareiller & beau respondre aveuglent tellement les gens que on ne se prent garde de leurs mauvaisties / car elle se meslent de devotion parmy pour mieulx tout couvrir & vont au monstier a tout patenostres & la est le peril. Si vous en prenés garde entre vous qui estes servis que ne soyés deceus. Et a vous qui servés le disons affin que abhomination aiés de telz choses faire. Car sans faille celles qui le font se damnent & desservent mort d'ame & de corps / car de telles sont arses ou vives enfouyes qui tant ne l'ont desservy.