(N) REFRAINS DES BALLADES (A) (B)
I. --Car qui est bon doit estre appelle riche 1 1
II. --Si com tous vaillans doivent estre 2 3
III. --Et Dieux vous doint leur bon droit soustenir 3 2
IV. --Et honneur en toutes querelles 4 4
V. --Avisons nous qu'il nous convient morir 5 5
VI. --Ne les princes ne les daignent entendre 6 6
VII. --Car de Juno n'ay je nul reconfort 7 7
VIII. --Il veult trestout quanque je vueil 8 »
IX. --Amours le veult et la saison le doit 9 8
X. --Amours le veult et la saison le doit 10 9
XI. --Assez louer, ma redoubtée dame 11 10
XII. --Si qu'a tousjours en soit memoire 12 11
XIII. --Vous semble il que ce fausseté soit? 13 12
XIV. --Juno me het et meseür me nuit 14 13
XV. --Se Dieu et vous ne la prenez en cure 15 14
XVI. --Ce premier jour que l'an se renouvelle » 15
XVII. --N'on n'en pourroit assez mesdire 16 16
XVIII. --Ce jour de l'an, ma redoubtée dame 17 17
XIX. --Ce jour de l'an vous soiez estrené 18 18
XX. --Ce plaisant jour premier de l'an nouvel 19 19
XXI. --Si le vueillez recepvoir pour estreine 20 »
XXII. --Si le vueilliez, noble duc, recevoir 21 20
--[17] Aime le; si feras que sage » 21
XXIII. --Faittes voz faiz à voz ditz accorder 22 22
XXIV. --Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure 23 23
XXV. --Fleur de printemps, muguet et fleur d'amours 24 »
XXVI. --Et certes le doulz m'aime bien 25 »
XXVII. --Et ce vous fait à tout le monde plaire 26 24
XXVIII. --En ce jolis plaisant doulz moys de May » 25
XXIX. --De hault honneur et de chevalerie 27 26
XXX. --Sera retrait de leur haulte vaillance 28 27
XXXI. --On vous doit bien de lorier couronner 29 28
XXXII. --A pou que mon cuer ne font? 30 »
XXXIII. --D'entreprendre armes et peine 31 29
XXXIV à LIII. Ces ballades existent seulement dans les 32 à 50 »
mss. de la famille _A_ et suivant un ordre
identique; remarquons en outre, 50 29
que l'écriture de _A¹_ se modifie d'une
façon très sensible à partir de la ballade
XL (fol. 41 v°) ---- --

[N] Numéros des ballades dans la présente édition
[A] Numéros des ballades dans la famille A
[B] Numéros des ballades dans la famille B

Note 17: Cette ballade se trouve dans A sous la rubrique «Balades d'estrange façon».

L'ordre dans lequel nous donnons les poésies de Christine de Pisan est sensiblement le même que celui adopté dans tous les mss.; nous avons d'ailleurs suivi exactement la disposition du ms. du duc de Berry, il nous a été seulement indispensable d'intercaler les pièces nouvelles heureusement retrouvées dans le ms. du Musée britannique, et de faire un simple rapprochement nécessaire à la composition du cadre du volume18.

Note 18: C'est ainsi que nous avons dû réunir à la fin du volume les deux Complaintes amoureuses, bien que la première de ces complaintes soit placée dans le ms. du duc de Berry après l'Epitre au dieu d'amours.

Les petites poésies reproduites dans les pages qui suivent forment le début de la carrière poétique de Christine, encore tout émue de son veuvage prématuré. Elles ont établi sa réputation en lui attirant de puissants protecteurs tels que la reine Isabelle de Bavière; le duc de Berry; la duchesse de Bourbon; le duc d'Orléans; Philippe le Bon, duc de Bourgogne; Charles d'Albret, connétable de France, etc. Leur place en tête de cette édition était donc tout indiquée. Nous allons du reste passer en revue les différentes oeuvres contenues dans notre premier volume et esquisser rapidement l'impression que nous a produite leur lecture.

I.—CENT BALLADES

Les Cent Ballades doivent être considérées comme les premiers essais de Christine. Elles ne sont certainement pas postérieures aux rondeaux et autres petites pièces que l'auteur a composées dans sa jeunesse; d'ailleurs dans tous les mss. elles occupent le premier rang. Rassemblées à la prière d'un ami resté inconnu (voy. ballade C) les ballades qui forment ce recueil traitent de sujets fort différents et paraissent avoir été inspirées à des époques diverses ou tout au moins à des intervalles de temps assez notables. Car la date de la mort d'Etienne du Castel étant connue19, il a été possible de fixer d'une façon précise l'époque de la composition de deux ballades, en premier lieu la ballade IX, écrite cinq ans après la mort de l'époux regretté, c'est-à-dire en 1394, puis la ballade XX, par laquelle nous apprenons que le coeur de la veuve n'a éprouvé aucune impression de joie depuis près de dix ans, ce qui permet d'assigner à cette pièce la date de 1399. Nous pensons donc que c'est dans un intervalle d'au moins cinq ou six années qu'ont dû être composés la plupart de ces morceaux poétiques. Il était d'ailleurs d'usage à cette époque de réunir ainsi des pièces détachées, inspirées dans les circonstances les plus diverses et traduisant les impressions les plus opposées. On les rassemblait en nombre suffisant pour former un livre sous la rubrique «Cent Ballades». C'est ainsi que la cour d'amour de Louis d'Orléans nous a donné le livre des Cent Ballades20 et que notre poète lui-même, comme nous l'avons annoncé plus haut, a désigné sous un titre analogue ses Ballades «d'Amant et de Dame».

Note 19: Il y a lieu d'adopter, selon toute vraisemblance, l'année 1389 comme celle de la mort d'Etienne du Castel. Au commencement de son livre du Chemin de long estude, Christine nous apprend en effet que son deuil remonte à environ 13 ans, et comme un peu plus loin elle ajoute qu'elle a commencé à écrire ce poème au mois d'octobre 1402, la date de 1389 s'obtient logiquement de ce simple rapprochement.

Note 20: Le livre des Cent Ballades, publié par M. le marquis de Queux de Saint-Hilaire. Paris, 1868.