VIII. Dans la même ville, pendant la fête de la Translation de saint Dominique, des femmes qui revenaient de l’église virent une autre femme qui filait, assise devant sa porte. Elles lui reprochèrent charitablement de ne point s’abstenir de travail servile pendant la fête d’un si grand saint. Mais elle, furieuse, répondit : « Bon à vous, les chéries des frères, de célébrer la fête de votre saint ! » Aussitôt des tumeurs se produisirent dans ses yeux, et des vers en sortirent, au point qu’une voisine en retira dix-huit de chaque œil. Toute confuse, la femme se fit conduire à l’église des frères, y confessa ses péchés, et fit le vœu de ne plus jamais parler mal de saint Dominique. Sur quoi la santé lui fut rendue.
XI. Maître Alexandre, évêque de Vendôme, rapporte, qu’un étudiant de Bologne, adonné aux vanités du siècle, eut une vision miraculeuse. Il vit qu’il était dans un grand champ, où une tempête effroyable descendait sur lui. Il voulut alors se réfugier dans une maison voisine ; mais il la trouva fermée ; et, comme il frappait à la porte pour être reçu, une voix féminine lui répondit : « Je suis la Justice, et ceci est ma maison ; et tu ne peux y entrer, n’étant pas un juste ! » L’étudiant, consterné, alla frapper à la porte d’une autre maison, d’où une voix lui répondit : « Je suis la Vérité et ceci est ma maison ; et je ne puis te recevoir, parce que la vérité ne saurait secourir celui qui ne l’aime pas ! » Enfin, d’une troisième maison, lui fut répondu : « Ceci est la maison de la Paix, et il n’y a point de paix pour les impies, mais seulement pour les hommes de bonne volonté ! Ecoute cependant un bon conseil ! Près d’ici habite une de nos sœurs qui est toujours prête à secourir les malheureux. Va la trouver, et fais ce qu’elle te dira ! » Et, de cette quatrième maison, une voix répondit : « Je suis la Miséricorde, et je vais t’indiquer un moyen d’être sauvé de la tempête qui te menace. Va à la maison des Frères Prêcheurs ; tu y trouveras l’étable de la pénitence et le pâturage de la sainte doctrine, et l’enfant Jésus, qui te sauvera ! » Ayant eu cette vision, l’étudiant s’éveilla, courut à la maison des Frères, et revêtit l’habit de l’ordre.
CXIII
SAINT DONAT, ÉVÊQUE ET MARTYR
(7 août)
I. Donat fut instruit avec l’empereur Julien, qui, comme l’on sait, fut ordonné sous-diacre. Mais, dès que Julien parvint à l’empire, il fit tuer le père et la mère de Donat. Et celui-ci se réfugia dans la ville d’Arezzo, où, demeurant auprès du moine Hilaire, il opérait de nombreux miracles. Le préfet de la ville lui amena un jour son fils, qui était possédé du démon ; et l’esprit immonde, s’écria : « Au nom du Seigneur Jésus-Christ, Donat, ne me tourmente point pour me forcer à sortir de ma maison ! » Mais sur la prière de Donat, le fils du préfet fut aussitôt délivré.
II. Un percepteur du fisc en Toscane, nommé Eustache, allant en voyage, confia les deniers publics à la garde de sa femme nommée Euphrosine. Et celle-ci, voyant la province envahie par des ennemis, cacha l’argent ; après quoi elle mourut. Son mari, quand il revint, ne put retrouver l’argent. Condamné au supplice avec ses enfants, il eut recours à saint Donat. Et celui-ci, s’étant rendu avec lui au tombeau de sa femme, pria le Seigneur ; puis, à haute voix, il dit : « Euphrosine, au nom de l’Esprit-Saint, je t’adjure de nous dire où tu as caché l’argent ! » Aussitôt on entendit une voix, sortant du tombeau, qui disait : « Sous le seuil de notre maison, c’est là que je l’ai enfoui ! » Et, en effet, l’argent fut retrouvé où la voix l’avait dit.
III. Quelques jours après, l’évêque Satyre s’endormit dans le Seigneur, et tout le clergé élut Donat pour le remplacer. Or, comme un jour, suivant ce que rapporte Grégoire dans son Dialogue, le peuple communiait pendant la messe, le diacre qui portait le calice sacré fut soudain poussé par les païens si vivement qu’il tomba, et que le calice fut brisé en morceaux. Mais Donat, voyant sa douleur et celle du peuple, réunit les morceaux du calice, pria sur eux, et aussitôt ils se rejoignirent pour reprendre leur forme première. Seul un de ces morceaux fut caché par le diable. Il manque aujourd’hui encore au calice, qui garde ainsi le témoignage du miracle. Et les païens, à la vue de ce miracle, se convertirent au nombre de quatre-vingts, et reçurent le baptême.
IV. Il y avait, près d’Arezzo, une fontaine empoisonnée : quiconque en buvait mourait aussitôt. Et comme saint Donat s’y rendait sur son âne, pour demander à Dieu la purification de l’eau, un dragon terrible sortit de la fontaine, et, enroulant sa queue autour des pieds de l’âne, se dressa contre Donat. Mais celui-ci, l’ayant frappé d’une verge, ou, suivant d’autres, lui ayant craché dans la gueule, le tua sur-le-champ. Puis il pria le Seigneur, et l’eau de la fontaine se trouva purifiée. Une autre fois, comme ses compagnons et lui avaient très soif, il pria le Seigneur, et une source jaillit du sol, sous ses pieds.
V. La fille de l’empereur Théodose, étant possédée d’un démon, fut amenée à saint Donat, qui dit : « Sors, esprit immonde, et cesse de demeurer dans un corps créé par Dieu ! » Et le démon : « Où irai-je, et par où sortirai-je ? » Et Donat : « D’où es-tu venu ici ? » Et le démon : « Du désert ! » Et Donat : « Retourne au désert ! » Et le démon : « Je vois sur toi le signe de la croix, d’où un feu jaillit contre moi. Donne-moi un passage pour sortir et je sortirai ! » Et Donat : « Soit, je te laisserai passer, pour que tu t’en retournes d’où tu es venu ! » Et le démon sortit, en faisant trembler toute la maison.
VI. Un mort était conduit au tombeau lorsqu’un homme survint qui, tenant en main un papier, affirma que le mort lui devait deux cents sous, et déclara qu’il s’opposerait à l’ensevelissement jusqu’à ce qu’on l’eût payé. La femme du mort vint, toute pleurante, rapporter la chose à saint Donat ; elle ajouta que cet homme avait, depuis longtemps, reçu en totalité l’argent qu’il réclamait. Alors le saint marcha vers le cercueil, et, prenant la main du mort, lui dit : « Ecoute-moi ! » Le mort répondit : « Je t’écoute ! » Et saint Donat : « Lève-toi, et arrange-toi avec cet homme, qui s’oppose à ton ensevelissement ! » Le mort se releva dans son cercueil, prouva en présence de tous qu’il avait déjà payé la dette, et, saisissant le papier, le déchira. Puis il dit à saint Donat : « Et maintenant, mon père, fais que je me rendorme ! » Et Donat : « Fort bien, mon fils, repose en paix ! »
VII. Comme, depuis près de trois ans, la pluie refusait de tomber, et que la stérilité était grande, les infidèles vinrent trouver l’empereur Théodose et lui demandèrent de leur livrer Donat, dont ils accusaient les artifices magiques. Averti par l’empereur, Donat se rendit sur la place, pria le Seigneur, et obtint aussitôt une pluie abondante. Puis il revint chez lui, sans une goutte d’eau sur son vêtement, tandis que tous les autres étaient trempés de pluie.