Avant de mourir, Agathon resta immobile pendant trois jours, les yeux ouverts. Ses frères lui demandèrent ce qu’il faisait. Et lui : « J’attends le jugement de Dieu ! » Et eux : « En as-tu peur ? » Et lui : « Je me suis efforcé autant que j’ai pu d’obéir aux ordres de Dieu. Mais je suis homme, et je ne sais pas si mes œuvres plairont au Seigneur ! » Et eux : « Tes œuvres ne sont-elles donc pas suivant Dieu ? » Et lui : « Je ne saurai cela que quand je comparaîtrai devant Lui. Car la justice de Dieu ne peut pas être la même que celle des hommes. » Et comme ses frères voulaient continuer à l’interroger, il leur dit : « Par pitié, ne me dites plus rien, car je suis occupé ! » Et, cela dit, il rendit l’âme joyeusement. Tout cela est extrait de la Vie des Pères.

CLXXVIII
SAINT PÉLAGE, PAPE[24]

[24] C’est ici que Jacques de Voragine a placé son Histoire lombarde, qui n’est en somme, comme l’on va voir, qu’une chronique des principaux événements politiques et religieux, depuis le Ve jusqu’au XIIIe siècle.

Pélage fut un pape d’une grande sainteté, qui mourut plein de bonnes œuvres, après avoir gouverné l’Eglise de la façon la plus louable. Nous devons ajouter que ce Pélage n’est pas celui qui fut pape immédiatement avant saint Grégoire. A saint Pélage succéda Jean III, à Jean III Benoît, à Benoît un autre Pélage, qui eut pour successeur saint Grégoire.

C’est sous le pontificat de saint Pélage que les Lombards sont arrivés en Italie ; et comme leur histoire est généralement peu connue, j’ai décidé de la résumer ici, d’après l’Histoire lombarde de l’historiographe Paul, et diverses chroniques.

Les Lombards.

I. Les Lombards étaient un grand peuple germanique qui, sorti de l’île de Scandinavie, sur le rivage septentrional de l’Europe, parvint enfin, après de nombreux combats et voyages, en Pannonie, où il s’installa à demeure, n’osant pas s’avancer plus loin vers le sud. On les appela d’abord les Vinules, puis les Lombards, à cause des longues barbes qu’ils avaient coutume de porter. Or, pendant qu’ils étaient encore en Germanie, leur roi Agilmud trouva, dans une piscine, sept enfants jumeaux que leur mère, une femme galante, avait jetés là pour les faire mourir. Le roi, surpris, retournait ces enfants avec sa lance, lorsque l’un d’eux saisit la lance dans sa main. Ce que voyant, le roi le fit élever, lui donna le nom de Lamission, et lui prédit un grand avenir. En effet, ce Lamission se distingua si fort qu’à la mort d’Agilmud ce fut lui que les Lombards élurent pour roi.

Vers le même temps, c’est-à-dire vers l’an 490, un évêque arien, ayant à baptiser un homme appelé Barbe, lui dit : « Je te baptise au nom du Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit » ; ce par quoi il voulait signifier que le Fils et le Saint-Esprit étaient inférieurs au Père. Mais aussitôt toute l’eau disparut de la piscine qui servait au baptême, et Barbe se convertit à la foi véritable. — Vers le même temps encore fleurirent deux frères utérins, saints Médard et Gildart, qui naquirent le même jour, furent consacrés évêques le même jour, moururent le même jour et furent béatifiés le même jour. — Et il y a encore un autre miracle que nous devons raconter ici. L’an 450, pendant que l’hérésie arienne pullulait en Gaule, l’unité de substance des trois personnes de la Trinité fut démontrée aux hommes par un symbole visible. Sigebert raconte en effet que l’évêque de Bazas, célébrant sa messe, vit tomber sur l’autel trois gouttes transparentes, d’égale grandeur, qui, se réunissant, formèrent un unique diamant d’une beauté merveilleuse. L’évêque plaça ce diamant au milieu d’une croix d’or : aussitôt toutes les autres pierres de la croix se détachèrent et tombèrent. Ce diamant paraissait obscur aux impies tandis qu’il s’illuminait pour les yeux des justes ; il donnait la santé aux malades et renforçait la piété de ceux qui adoraient la croix.

Dans la suite, les Lombards eurent un autre roi nommé Alboin, qui défit et tua le roi des Gépides : ce qui lui valut d’être ensuite attaqué par le fils de ce roi, qu’il défit et tua pareillement. Après quoi, il prit pour femme la fille de ce roi, nommée Rosemonde ; et, en même temps, du crâne du roi vaincu il se fit faire une coupe, ornée d’argent ; et il s’en servait pour boire.

L’empire romain était alors gouverné par Justin le Petit, avec l’aide d’un eunuque nommé Narsès, homme de sens et de valeur, qui avait repoussé l’invasion des Goths, et rendu la paix à toute l’Italie. Mais les grands honneurs dont il jouissait lui attirèrent l’envie des Romains : faussement accusé auprès de l’empereur, il perdit ses dignités ; et l’impératrice Sophie, pour achever de l’humilier, le condamna à dévider et à filer la laine avec ses servantes. A quoi Narsès se résigna en disant qu’il tisserait pour l’impératrice une toile dont, aussi longtemps qu’elle vivrait, elle ne pourrait sortir.