III. Et, de même que par le passé, il défendit les droits de l’Eglise, sans que le roi pût le fléchir par prière ni par force. Alors le roi, voyant qu’il ne pouvait le fléchir, envoya vers lui des soldats en armes, qui, pénétrant dans la cathédrale, demandèrent à haute voix où était l’archevêque. Celui-ci vint au-devant d’eux, et leur dit : « Me voici ; que me voulez-vous ? » Et eux : « Nous venons pour te tuer, ta dernière heure a sonné ! » Alors il leur dit : « Je suis prêt à mourir pour Dieu, et pour la défense de la justice, et pour la défense des libertés de l’Eglise. Mais puisque c’est moi que vous cherchez, je vous ordonne, de la part de Dieu tout-puissant, et sous peine d’anathème, de ne faire aucun mal à personne de mes prêtres ! Quant à moi, je recommande l’Eglise et je me recommande moi-même à Dieu, à la sainte Vierge, à saint Denis et à tous les saints. » Puis cela dit, il tendit sa tête vénérable au glaive des impies, qui lui tranchèrent le haut du crâne, faisant jaillir sa cervelle sur le pavé du temple. Ainsi saint Thomas souffrit le martyre, en l’an du Seigneur 1174.
Et, au moment où son clergé allait célébrer pour lui la messe des morts, voici que, à ce que l’on raconte, le chœur des anges vint interrompre la voix des chantres, et se mit à chanter la messe des martyrs Lætabitur justus in Domino. Honneur, en vérité, unique : mais bien mérité par un saint qui a souffert le martyre pour l’Eglise, dans l’église, durant la messe, entouré de son clergé ! Et Dieu a daigné faire bien d’autres miracles encore à la prière de ce saint, rendant la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, la marche aux boiteux, et la vie aux morts. Bien des malades guérirent pour avoir touché l’eau qui avait servi à laver les linges tachés du sang de saint Thomas.
IV. Certaine dame anglaise qui, par coquetterie et pour devenir plus belle, souhaitait d’avoir les yeux noirs, avait fait vœu, à cette intention, de visiter pieds nus le tombeau de saint Thomas. Or quand, après s’être prosternée en prière, elle se releva, elle s’aperçut qu’elle était devenue complètement aveugle. Aussitôt, pleine de repentir, elle supplia saint Thomas non plus de lui donner des yeux noirs mais de lui rendre ses yeux. Et elle finit par l’obtenir, dit-on, mais à grand’peine.
V. Un oiseau savant et qui savait parler, se voyant un jour poursuivi par un épervier, répéta la phrase qu’on lui avait apprise : « Saint Thomas, viens à mon aide ! » Aussitôt l’épervier tomba mort, et l’autre oiseau fut sauvé.
VI. Certain homme, que saint Thomas avait beaucoup aimé, se voyant très malade, alla au tombeau du saint, et demanda sa santé, qui lui fut rendue. Mais comme il rentrait chez lui guéri de tout mal, l’idée lui vint que, peut-être, cette guérison de son corps ne convenait pas au bien de son âme. Il revint donc au tombeau du saint, et pria que, si sa guérison ne devait pas être utile à son âme, son état de maladie lui fût rendu. Et aussitôt il se retrouva malade comme auparavant.
VII. Quant aux meurtriers du saint, la vengeance du ciel s’abattit sur eux. Les uns se mangèrent les doigts avec leurs dents, d’autres pourrirent vivants, d’autres furent paralysés, d’autres encore perdirent la raison.
XII
SAINT SILVESTRE, PAPE
(31 décembre)
La légende de saint Silvestre a été compilée par Eusèbe de Césarée. Saint Blaise, dans une réunion de soixante-cinq évêques, en a recommandé la lecture aux catholiques.
I. Silvestre avait pour mère une femme qui s’appelait Juste, et qui n’était pas moins juste de fait que de nom. Instruit par le saint prêtre Cyrin, il eut de bonne heure le goût de l’hospitalité. Il recueillit chez lui le chrétien Timothée, que personne ne voulait recueillir, par crainte de la persécution. Et ce Timothée prêcha là, pendant un an et trois mois, après quoi il reçut la couronne du martyre. Or le préfet Tarquin, s’imaginant que Timothée était très riche, réclama ses richesses à Silvestre, le menaçant de mort s’il ne les lui livrait. Et quand il eut reconnu que Timothée n’avait absolument rien laissé, il ordonna à Silvestre de sacrifier aux idoles, faute de quoi il aurait à subir, le lendemain, toute sorte de supplices. Et Silvestre lui dit : « Insensé, c’est toi qui, cette nuit même, commenceras à subir les supplices éternels, et seras forcé, bon gré mal gré, de reconnaître que le Dieu que nous adorons est le seul vrai Dieu ! » Là-dessus, Silvestre fut conduit en prison, et Tarquin se rendit à un repas où il était invité. Or, pendant qu’il mangeait, une arête de poisson se fixa dans sa gorge, de telle manière qu’il ne put ni l’avaler ni la rejeter. Il mourut donc cette nuit-là, et Silvestre sortit de sa prison, à la grande joie de tous ; car il était aimé non seulement des chrétiens, mais aussi des païens. Il était, en effet, angélique de visage, éloquent de parole, pur de corps, saint d’œuvres, grand d’intelligence, zélé de foi, patient d’espoir, débordant de charité.
Et lorsque mourut Melchiade, évêque de Rome, la foule entière élut Silvestre pour le remplacer. Ainsi devenu souverain pontife, Silvestre fit dresser la liste de tous les orphelins, de toutes les veuves et de tous les pauvres, et ordonna que l’on pourvût aux besoins de tous. Il institua le jeûne du mercredi, du vendredi, et du samedi, et décréta que le jeudi serait réservé au Seigneur de même que le dimanche, donnant pour motifs que : 1o le jeudi est le jour où Jésus est monté au ciel ; 2o que c’est le jour où il a institué le sacrement de l’Eucharistie ; 3o que c’est le jour où l’Eglise prépare le saint chrême.