IX. Un mendiant à qui saint Jean avait fait donner cinq deniers, se fâcha de n’avoir pas reçu davantage, et se mit à insulter publiquement le patriarche. Les serviteurs de celui-ci voulaient le chasser ; mais saint Jean le leur défendit en disant : « Laissez-le, frères, laissez-le me maudire ! J’ai pu, moi, pendant soixante ans, insulter le Christ par mes péchés : de quel droit m’opposerais-je à ce que cet homme m’insultât un moment ? » Et il fit apporter le petit sac où était son argent, et ordonna que le mendiant y prît autant qu’il voudrait.

X. Le peuple ayant pris l’habitude de sortir de l’église, après l’évangile, pour aller bavarder vainement sur la place, le patriarche sortit un jour de l’église avec eux, après l’évangile, et s’assit au milieu d’eux sur la place. Et comme tous s’en étonnaient, il leur dit : « Mes chers enfants, la place du berger est au milieu de son troupeau. Ou bien donc vous rentrerez dans l’église et j’y rentrerai avec vous pour achever ma messe, ou bien vous resterez ici, et j’y resterai comme vous ! » Deux fois il fit de même, et ainsi il habitua le peuple à ne plus sortir de l’église pendant les offices.

XI. Un jeune homme avait enlevé une nonne, et le clergé l’accusait devant saint Jean, demandant qu’il fût excommunié : car il avait perdu deux âmes, la sienne et celle de sa maîtresse. Mais saint Jean se refusait à rien faire contre lui, disant à son clergé : « Non, mes fils, pas du tout ! Et c’est vous qui, en ce moment, commettez deux péchés. Vous péchez d’abord en allant contre le précepte du Seigneur, qui a dit : Ne jugez pas, vous ne serez pas jugés ! Et puis, vous péchez aussi par présomption, car vous ignorez si ces deux malheureux continuent à pécher, ou si, au contraire, ils ne commencent pas déjà à se repentir. »

XII. Souvent, pendant ses prières, le bienheureux saint Jean avait des extases où on l’entendait s’entretenir familièrement avec le Seigneur. Et quand, saisi de fièvre, il comprit qu’il allait mourir, il s’écria : « Je te remercie, mon Dieu, de ce que ta bonté ait exaucé le vœu de ma faiblesse, qui souhaitait de ne rien posséder en mourant qu’un seul drap de lit ! Et maintenant ce drap, va pouvoir, lui aussi, être donné aux pauvres ! » Après quoi il mourut, et son corps vénérable fut placé dans un tombeau où se trouvaient déjà les corps de deux évêques ; et voici que ces corps s’écartèrent miraculeusement, pour faire une place, au milieu d’eux, au bienheureux Jean.

XIII. Peu de jours avant sa mort, une pécheresse vint lui dire qu’elle avait commis de tels péchés qu’elle n’osait s’en confesser à personne. Le saint lui conseilla d’écrire sur un papier ses péchés, de cacheter le papier, et de le lui apporter, ajoutant qu’il prierait pour elle. Et la femme fit tout cela ; mais quand, quelques jours après, elle apprit la mort du saint, elle s’épouvanta à la pensée que sa confession pourrait tomber entre des mains étrangères. Elle se rendit donc au tombeau du saint, et supplia celui-ci de lui faire savoir où se trouvait son papier. Et voici que saint Jean sortit de son tombeau, en habit pontifical, s’appuyant sur l’épaule des deux évêques qui gisaient près de lui. Et il dit à la femme : « Pourquoi nous importunes-tu dans notre repos, moi et ces deux saints hommes qui me tiennent compagnie ? » Et il lui tendit son papier avec le cachet qu’elle y avait mis, disant : « Ouvre ton cachet, et lis ta confession ! » Mais elle, ayant brisé le cachet, vit que la liste de ses péchés avait été effacée, et remplacée par l’inscription suivante : « Je te remets tes péchés en considération de la prière de Jean, mon serviteur. » Et la femme rendit grâces à Dieu ; et saint Jean, avec ses deux compagnons, rentra dans son tombeau.

Ce grand saint florissait vers l’an du Seigneur 605, sous le règne de l’empereur Phocas.

XXVII
LA CONVERSION DE SAINT PAUL
(25 janvier)

La conversion de l’apôtre saint Paul eut lieu la même année que la passion du Christ et la lapidation de saint Etienne : mais cela n’est vrai qu’à la condition de considérer l’année comme la succession de douze mois, et non point comme l’espace compris entre le 1er janvier et le 31 décembre : car la crucifixion du Christ a eu lieu le 25 mars, la lapidation de saint Etienne le 3 août, et la conversion de saint Paul le 25 janvier.

Trois raisons expliquent pourquoi l’Eglise célèbre cette conversion plutôt que celle des autres saints : 1o c’est que cette conversion constitue un plus grand exemple, pour nous prouver qu’il n’y a point de pécheur qui ne puisse espérer sa grâce ; 2o c’est qu’elle provoque une plus grande joie, car l’Eglise s’est d’autant plus réjouie de la conversion de saint Paul qu’elle s’était plus affligée de ses persécutions ; 3o c’est que cette conversion a eu un caractère plus miraculeux, Dieu ayant voulu montrer que, de son plus cruel persécuteur, il pouvait faire son plus fidèle prédicateur.

XXVIII
SAINT JULIEN, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR
(26 janvier)