On envoya donc à celui-ci des ambassadeurs pour le prier de revenir au plus vite. A trois reprises il s’y refusa ; mais, la troisième fois, il fut ramené de force à Constantinople, où tout le peuple vint au-devant de lui avec des cierges et des lampes. Et comme il se refusait à s’asseoir sur son siège épiscopal aussi longtemps que le synode n’aurait pas retiré la sentence portée contre lui, c’est encore de force que le peuple le réinstalla sur son siège et l’amena à prêcher de nouveau. Aussitôt Théophile s’enfuit de Constantinople. Lorsqu’il arriva à Hierapolis, l’évêque de cette ville venait de mourir, et sa succession avait été offerte à un saint moine appelé Lamon. Celui-ci ne voulait à aucun prix accepter une telle offre. Et comme Théophile insistait pour qu’il l’acceptât, il feignit enfin de consentir, en disant : « Demain, ce qui plaît à Dieu s’accomplira ! » Le lendemain, comme on l’engageait de nouveau à accepter l’épiscopat, il dit : « Adressons d’abord une prière au Seigneur ! » Et, quand il eut achevé sa prière, on s’aperçut que sa vie s’était achevée du même coup.
Jean, cependant, persistait vigoureusement dans sa doctrine. On venait alors d’élever, sur une place, en face de l’église de Sainte-Sophie, une statue d’argent de l’impératrice Eudoxie : et des jeux publics y avaient lieu en son honneur. Jean en fut indigné, voyant là un outrage à son église. Il s’arma donc la langue de nouveau, avec son intrépidité ordinaire : et au lieu de supplier l’empereur de faire cesser le scandale, il employa toute son éloquence à protester contre celui-ci. Ce dont l’impératrice s’offensa profondément ; et de nouveau elle mit tout en œuvre pour faire condamner Jean par un synode d’évêques. C’est alors que Jean, dans son église, prononça contre elle l’homélie fameuse qui commençait ainsi : « Une fois de plus Hérodiade délire, une fois de plus elle rêve de voir la tête de Jean déposée sur un plat ! » Et la fureur d’Eudoxie redoubla encore.
Mais, comme un de ses serviteurs voulait tuer Jean, le peuple s’empara de lui ; et on l’aurait mis à mort si le préfet n’avait eu la précaution de le faire disparaître. Quelques jours après, le domestique d’un prêtre se jeta sur Jean et voulut le tuer. Retenu par des fidèles, il frappa trois d’entre eux, et, la foule étant accourue, il commit encore d’autres meurtres. Mais le peuple continuait à tenir Jean sous sa garde, entourant sa maison, nuit et jour, pour empêcher qu’on ne l’attaquât.
Sur le conseil d’Eudoxie, un nouveau synode d’évêques se réunit à Constantinople, avec la mission de condamner Jean ; et, la veille de Noël, l’empereur défendit à Jean de donner la communion avant de s’être justifié des accusations portées contre lui. Les évêques, de leur côté, le condamnèrent une deuxième fois, lui reprochant, à présent, d’avoir siégé sur son trône épiscopal après sa déposition. Et, aux approches de Pâques, l’empereur manda à Jean défense d’entrer désormais dans son église, puisque deux synodes l’avaient condamné. Sur son ordre, Jean fut chassé de Constantinople et relégué dans une petite ville, à la frontière de l’empire, dans le voisinage immédiat de cruels barbares. Mais Dieu, dans sa clémence, ne permit point que son fidèle athlète demeurât longtemps en cette situation. Comme Jean, fatigué d’un long voyage, souffrait cruellement de ses maux de tête, exposé à l’ardeur insupportable du soleil, son âme s’envola de son corps, à Cumanes, le quatorzième jour de septembre.
A sa mort, une grêle effroyable s’abattit sur Constantinople et tous les environs ; et tous reconnurent là un signe de la colère de Dieu, à cause de l’injuste condamnation de Jean. Croyance qui se trouva confirmée encore, quatre jours après, par la mort subite de l’impératrice Eudoxie.
Les évêques d’Occident, désolés de la mort de l’admirable docteur, se refusèrent à communiquer avec les évêques d’Orient jusqu’au jour où le nom sacré de saint Jean Chrysostome serait réinstallé dans l’honneur à lui dû. Et le pieux Théodose, fils d’Arcade, fit transporter les restes de saint Jean à Constantinople, où, les invoquant dévotement, il demanda au saint d’intercéder en faveur de ses parents Arcade et Eudoxie, qui avaient péché contre lui dans leur ignorance.
Ce Théodose était un prince si clément que jamais il ne voulut condamner à mort aucun de ceux qui lui faisaient du mal. Il disait à ce propos : « Hélas, que ne m’est-il possible, plutôt, de rappeler à la vie les morts ! » Sa cour ressemblait à un monastère ; et il ne cessait point de lire des livres sacrés. Il avait une femme, nommée Eudoxie, qui écrivit de nombreux poèmes. Et il avait aussi une fille, également nommée Eudoxie, qu’il donna en mariage à Valentinien, associé par lui à l’empire.
Jean Chrysostome mourut vers l’an du Seigneur 407. Ajoutons que tout ce qu’on vient de lire est directement extrait de l’Histoire tripartite.
XXXV
LA PURIFICATION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE
(2 février)
I. La Purification se célèbre le quarantième jour après la Nativité du Seigneur ; et cette fête porte aussi les noms d’Hypopante et de Chandeleur. On l’appelle la Purification, parce que, quarante jours après la Nativité du Seigneur, la Vierge vint au temple, pour être purifiée suivant la loi. Car la loi juive avait décrété que toute femme ayant enfanté un fils restait absolument impure pendant sept jours, c’est-à-dire exclue à la fois du contact de l’homme et de l’entrée du temple. Après sept jours, elle devenait pure quant au contact de l’homme, mais restait impure pendant trente-trois jours encore quant à l’entrée du temple. Enfin, le quarantième jour après sa délivrance, elle était admise dans le temple, où elle offrait son enfant avec des présents. Que si elle avait mis au monde une fille, la durée de son état d’impureté était doublée, tant quant au contact de l’homme que quant à l’entrée du temple.