Le lendemain, Dacien ordonna que saint Georges fût traîné par toute la ville, puis décapité. Et le saint pria Dieu que quiconque implorerait son aide obtînt la réalisation de son désir ; et une voix divine se fit entendre qui lui dit que sa prière était exaucée. Puis, ayant fini de prier, saint Georges eut la tête tranchée. Quant à Dacien, comme il quittait le lieu du supplice pour rentrer dans son palais, le feu du ciel tomba sur lui et le consuma avec ses ministres.
III. Grégoire de Tours raconte que des moines qui portaient des reliques de saint Georges, et qui s’étaient arrêtés en route dans un certain oratoire, ne purent soulever la châsse où étaient ces reliques, aussi longtemps qu’ils n’en eurent pas laissé une partie dans cet oratoire.
IV. On lit dans l’histoire d’Antioche que, durant la croisade, comme les chrétiens allaient assiéger Jérusalem, un jeune homme merveilleusement beau apparut à un prêtre. Il lui dit qu’il était saint Georges, chef des armées chrétiennes, et que si les croisés emportaient de ses reliques à Jérusalem, il serait là avec eux. Et comme les croisés, assiégeant la ville, n’osaient point grimper aux échelles par crainte des Sarrasins qui défendaient les murs, saint Georges se montra à eux, vêtu d’une armure blanche qu’ornait une croix rouge. Il leur fit signe de le suivre sans crainte à l’assaut des murs. Et eux, ainsi encouragés, ils repoussèrent les Sarrasins et conquirent la ville.
LX
SAINT MARC, ÉVANGÉLISTE
(25 avril)
I. L’évangéliste Marc était de la tribu de Lévi et remplissait les fonctions de prêtre. Baptisé par saint Pierre et instruit par lui dans la foi chrétienne, il l’accompagna lorsque ce saint partit pour Rome. Et là, comme saint Pierre prêchait l’évangile, les fidèles prièrent Marc de mettre par écrit le récit de la vie du Seigneur, de façon à leur en laisser un souvenir durable. Marc écrivit donc ce récit, tel qu’il l’entendait de la bouche de son maître saint Pierre ; et celui-ci, après avoir examiné son travail et en avoir constaté la parfaite exactitude, l’approuva comme pouvant être admis par tous les fidèles.
Puis, voyant la constance de Marc dans la foi, il l’envoya à Aquilée, où sa prédication convertit au christianisme une foule innombrable, et où l’on conserve aujourd’hui encore, très pieusement, un manuscrit de son évangile qui passe pour écrit de sa main. Enfin saint Marc, ayant achevé son œuvre à Aquilée, revint à Rome, emmenant avec lui un citoyen d’Aquilée, Hermagoras, qu’il avait converti, et que saint Pierre, sur sa recommandation, consacra évêque de sa ville natale. Cet Hermagoras gouverna dès lors son diocèse d’une façon exemplaire, jusqu’au jour où, pris par les infidèles, il reçut la couronne glorieuse du martyre.
Quant à Marc, saint Pierre l’envoya ensuite à Alexandrie, où, le premier, il prêcha la parole de Dieu. Le savant juif Philon avoue lui-même que, dès son arrivée dans cette ville, une multitude d’hommes se trouvèrent unis dans la foi et la continence. Papias, évêque d’Hiéropolis, a d’ailleurs résumé en beau style quelques-uns de ses sermons, et Pierre Damien nous dit de lui : « Dieu lui accorda une si précieuse faveur que, dès son arrivée à Alexandrie, tous ceux qu’il convertit acquirent aussitôt une perfection de mœurs presque monastique, ce à quoi lui-même les a d’ailleurs encouragés non seulement par ses miracles, mais aussi par l’exemple de ses propres mœurs. Et Dieu lui a encore permis de revenir, après sa mort, en Italie, de telle sorte que la terre où il a écrit son évangile a obtenu l’honneur de posséder ses reliques. Bienheureuse es-tu, Alexandrie, qui as été empourprée de son sang triomphal ! Bienheureuse es-tu, Italie, qui as été enrichie du trésor de ses restes ! »
Telle était l’humilité de saint Marc qu’il se coupa le pouce afin de ne pouvoir pas être ordonné prêtre : mais saint Pierre passa outre, et le consacra évêque d’Alexandrie. On raconte que, en arrivant dans cette ville, son soulier se rompit et qu’il le donna à réparer à un savetier rencontré sur sa route. Le savetier, en réparant le soulier, se blessa grièvement à la main gauche, sur quoi il s’écria : « Ah ! Dieu unique ! » Ce qu’entendant, saint Marc dit : « En vérité le Seigneur bénit mon chemin ! » Puis, ayant fait de la boue avec sa salive, il en frotta la main du savetier et aussitôt la guérit. Cet homme, étonné de sa puissance, le fit entrer dans sa maison et se mit à lui demander qui il était et d’où il venait. Saint Marc lui répondit qu’il était le serviteur du Seigneur Jésus. Le savetier dit : « Je voudrais bien voir ton maître ! » Et saint Marc lui répondit : « Je vais te le faire voir ! » Puis il se mit à l’évangéliser, et le baptisa avec toute sa maison. Mais bientôt des hommes de la ville, apprenant l’arrivée d’un Juif qui méprisait leurs dieux, lui tendirent des pièges ; et lui, en ayant été informé, il créa évêque à sa place l’homme qu’il avait guéri, et qui s’appelait Aniane ; après quoi lui-même se rendit en Pentapole, où il resta deux ans. Il revint ensuite à Alexandrie, où il avait construit une église au bord de la mer, dans l’endroit qui se nomme l’Abattoir ; et il trouva que le nombre des fidèles s’était encore augmenté. Mais les prêtres des faux dieux mirent de nouveau tout en œuvre pour s’emparer de lui. Et, le jour de Pâques, pendant qu’il célébrait la messe, ils l’entourèrent, lui passèrent une corde au cou et le traînèrent par les rues de la ville, comme un bœuf mené à l’abattoir. Ses chairs pendaient jusqu’à terre, et le pavé s’arrosait de son sang. Dans la prison où on l’enferma ensuite, il fut consolé par des anges ; et Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même daigna le visiter et lui dire : « Que la paix soit avec toi, Marc, mon évangéliste ! Ne crains rien, car je suis près de toi pour te défendre. » Le lendemain, les prêtres le traînèrent de nouveau, la corde au cou, à travers la ville. Mais au moment où il disait : In manus tuas commendo spiritum meum ! il rendit son âme au Seigneur. Cela se passait sous le règne de Néron.
Et comme les païens voulaient brûler le corps du martyr, soudain l’air se troubla, la grêle s’abattit, le tonnerre mugit, les éclairs jaillirent ; si bien que chacun dut prendre la fuite, laissant intact le corps de saint Marc, que les chrétiens se hâtèrent de prendre et d’ensevelir pieusement dans son église. Saint Marc avait un long nez, des sourcils épais, de beaux yeux, une barbe touffue, une taille moyenne et un port excellent. Il était âgé d’une cinquantaine d’années lorsqu’il souffrit le martyre. Son miracle de la main guérie a été célébré par saint Ambroise.
II. L’an du Seigneur 468, sous le règne de l’empereur Léon, les Vénitiens transportèrent le corps de saint Marc, d’Alexandrie, à Venise, où l’on construisit en l’honneur du saint une église d’une beauté merveilleuse. Ce furent certains marchands vénitiens qui, se trouvant à Alexandrie, obtinrent, par des prières et des promesses, que les deux prêtres préposés à la garde du corps leur permissent d’emporter secrètement le corps et de l’emmener à Venise. Mais quand ils soulevèrent la pierre du tombeau, un si fort parfum se répandit par toute la ville d’Alexandrie que chacun se demandait avec étonnement d’où pouvait venir cette douce odeur. Et comme, durant le voyage, les marchands avaient dit à l’équipage d’un autre bateau quel était le saint corps qu’ils emportaient avec eux, des hommes de cet équipage leur dirent : « Peut-être les Egyptiens vous ont-ils trompés, en vous donnant un autre corps que celui de saint Marc ? » Mais aussitôt le vaisseau où était le corps se retourna contre l’autre vaisseau, fondit sur lui, lui fit une brèche, et aurait achevé de l’anéantir si tout l’équipage ne s’était empressé de proclamer que le corps était bien celui de saint Marc. Une autre fois, le pilote ayant perdu son chemin, dans la nuit, et ne sachant plus où se trouvait le vaisseau, saint Marc apparut au moine chargé de garder son corps, et lui dit : « Va dire aux matelots de plier tout de suite les voiles pour ralentir la course du vaisseau, car la terre est toute proche ! » Les matelots suivirent ce conseil, et bien leur en prit : car le lendemain, au petit jour, ils s’aperçurent qu’ils étaient dans le voisinage d’une île sur laquelle, sans la protection de saint Marc, le vaisseau se serait brisé. Et, dans tous les pays où le vaisseau faisait relâche, les habitants, sans qu’on leur eût rien dit du trésor qu’il portait, accouraient en s’écriant : « Oh ! comme vous êtes heureux de pouvoir porter le corps de saint Marc ! Laissez-nous l’adorer pieusement ! » Et il y avait sur le vaisseau un matelot qui restait incrédule : mais le diable s’empara de lui et le tourmenta jusqu’à ce que, mis en présence du corps, il eût déclaré qu’il y croyait. Et depuis lors cet homme, ainsi délivré du diable, eut pour saint Marc une dévotion toute particulière.