[7] Le martyre de saint Pierre le Nouveau avait eu lieu en 1252, deux ou trois ans à peine avant le temps où Jacques de Voragine écrivait sa Légende.
V. Et, après sa mort, Dieu permit que son triomphe fût illustré par de nombreux miracles, dont quelques-uns nous sont rapportés par le pape Innocent. C’est ainsi que, plusieurs fois, les lampes suspendues au-dessus de son tombeau, s’allumèrent d’elles-mêmes. Un homme qui, étant à table, dépréciait la sainteté et les miracles de Pierre, sentit soudain le morceau qu’il mangeait s’arrêter dans sa gorge de manière qu’il ne pouvait ni l’avaler ni le rejeter. Déjà son visage avait changé de couleur, déjà il devinait l’approche de la mort, lorsque, se repentant, il fit vœu de ne plus jamais employer sa langue à mal parler du saint : et aussitôt il rejeta la bouchée qui l’étranglait, et se trouva délivré.
VI. Lorsque le pape Innocent IV inscrivit Pierre au nombre des saints, les Frères Prêcheurs, réunis en chapitre à Milan, voulurent déterrer le corps du saint pour le transporter sous un autel. Et, bien que plus d’une année se fût écoulée depuis le martyre, le corps fut trouvé intact comme s’il n’était enseveli que depuis la veille. Les frères l’étendirent sur une estrade, où le peuple fût admis à le voir et à l’honorer.
Certain jeune homme du nom de Guiffroy, de la ville de Côme, gardait un fragment de la tunique de saint Pierre. Un hérétique, pour se moquer de lui, lui conseilla de jeter au feu ce fragment, disant que, si les flammes l’épargnaient, la sainteté de Pierre serait par là prouvée, et que lui-même, dans ce cas, se convertirait. Guiffroy jeta donc le fragment du manteau de saint Pierre sur des charbons enflammés ; mais le fragment se tint d’abord en l’air au-dessus du feu, puis, retombant sur lui, l’éteignit du coup. Alors l’incrédule dit : « Un fragment de mon manteau en fera tout autant ! » On alluma d’autres charbons et on y plaça, en face l’un de l’autre, les deux fragments de manteaux. Et le manteau de l’hérétique fut, tout de suite, brûlé, tandis que celui de saint Pierre éteignit le feu sans qu’un seul de ses poils fût endommagé. Ce que voyant, l’hérétique revint à la vérité, et fit part à tous du miracle dont il avait été témoin.
VII. On raconte que certain hérétique, dialecticien éloquent et infatigable, discutant avec saint Pierre, le pressait d’arguments si subtils que le saint, désolé, entra dans une église voisine, et pria Dieu, avec des larmes, de défendre pour lui la cause de sa foi. Après quoi, revenant vers l’hérétique, il lui dit d’exposer de nouveau ses raisons. Mais l’hérétique était devenu muet, au point qu’il ne put prononcer une seule parole : ce qui arriva à la grande confusion de son parti, et les fidèles en rendirent de grandes grâces à Dieu.
VIII. Un hérétique nommé Opiso, étant un jour entré dans la chapelle des frères, à Milan, et ayant aperçu deux deniers sur la tombe de saint Pierre, s’empara de ces deniers en disant : « Voilà qui est bon pour m’offrir à boire ! » Et aussitôt il fut saisi d’un tremblement, et se trouva incapable de faire un seul pas. Epouvanté, il restitua les deux deniers et se convertit.
IX. Dans un couvent de Florence, une religieuse, étant en prière le jour du martyre du saint, vit la Vierge Marie assise sur son trône de gloire et faisant asseoir près d’elle deux frères de l’ordre des Prêcheurs. Elle demanda qui étaient ces frères ; et une voix lui répondit : « C’est le frère Pierre et son compagnon, qui viennent de s’élever jusqu’au ciel comme la fumée de l’encens. » Et, plus tard, cette religieuse, souffrant d’une grave maladie, invoqua saint Pierre et fut aussitôt guérie.
X. Un clerc qui revenait de Maguelone à Montpellier, se fit un effort dans l’aîne, en sautant ; et il souffrait horriblement, et ne pouvait marcher. Il entendit raconter qu’une femme atteinte d’un cancer avait étendu sur sa plaie un peu de terre arrosée du sang de Saint Pierre, et ainsi avait été guérie. Alors il dit : « Mon Dieu, je n’ai point de cette terre ; mais puisque, par les mérites du saint, tu as pu donner à cette terre un tel pouvoir, tu peux bien le donner aussi à celle que j’ai sous les pieds ! » Et, ramassant une poignée de terre, après avoir invoqué le martyr, il se frotta l’aîne et fut aussitôt guéri.
XI. L’an du Seigneur 1259[8], un habitant d’Apostelle, nommé Benoît, avait les jambes enflées comme des outres, le ventre ballonné comme une femme en couches, le visage dévoré d’une énorme tumeur, et chacun était effrayé de lui comme d’un monstre. Or comme, un jour, il demandait l’aumône à une vieille femme, celle-ci lui dit : « Tu aurais plutôt besoin d’une fosse que de tout autre bien ; mais suis mon conseil, va au couvent des Frères Prêcheurs, confesse tes péchés, et invoque l’aide de saint Pierre Martyr ! » L’homme se rendit au couvent des Frères, mais en trouva la porte encore fermée. Il s’étendit devant cette porte et s’endormit. Et voici que lui apparut un Frère qui, le cachant sous sa cape, l’introduisit dans l’église ; et, en effet, quand Benoît s’éveilla, il se trouvait dans l’église et complètement guéri. Ce qui fut une grande source d’étonnement et d’admiration pour tous ceux qui, ayant vu la veille cet homme presque mort, le retrouvèrent soudain rendu à la santé.
[8] Cette date ne peut malheureusement pas aider à connaître l’année où fut écrite la Légende Dorée, car la plupart des miracles de saint Pierre Martyr paraissent avoir été interpolés par des copistes de l’ordre des Frères Prêcheurs. Certains manuscrits en énumèrent ainsi plus de cent.