— Va jouer avec Benaki, cours un peu, ma petite fille, dit-il en lâchant la main de Guillemette.

Son regard suivit pendant quelques instants l'enfant qui entraînait le négrillon, dans une course folle derrière Odin. Puis il se tourna vers Valderez.

— Si vous n'aimez pas le monde, vous allez peut-être vous trouver très malheureuse maintenant? dit-il d'un ton mi-sérieux, mi-ironique. A la fin d'août commenceront, pour se continuer jusqu'à la fin de la saison des chasses, nos séries d'invités à Arnelles. Vous aurez à faire là vos premières armes de maîtresse de maison…

Elle ne put retenir un mouvement d'effroi.

— Moi! Vous plaisantez! Comment voulez-vous?… Je serais absolument incapable…

Elle savait, en effet, par ce que lui en avaient dit Mme d'Oubignies et la femme du notaire, ce qu'était la saison des chasses au château d'Arnelles: une suite ininterrompue de réceptions fastueuses, de distractions mondaines, de sports en tous genres, qui réunissaient à Arnelles la société la plus aristocratique et la plus élégante.

— Ce n'est pas du tout mon avis, riposta-t-il tranquillement. J'ai constaté que vous étiez une remarquable maîtresse de maison, que la domesticité était conduite par une main très ferme, que tout marchait à merveille dans votre intérieur. Il en sera de même, j'en suis persuadé, lorsque nos hôtes seront là. D'ailleurs, le maître d'hôtel, le chef et la femme de charge vous faciliteront bien votre tâche par l'habitude qu'ils ont de ces réceptions. Ma soeur Claude qui viendra passer, je l'espère, deux mois près de nous, vous aidera de très bon coeur, et pour les petits détails de code mondain qui vous gêneraient, je serai toujours à votre entière disposition.

Elle le regardait avec un si visible effarement qu'il ne put s'empêcher de rire.

— Voyons, Valderez, on croirait que je vous raconte la chose la plus extraordinaire qui soit?

— Mais en effet! Je ne connais rien du monde, je ne saurai pas du tout recevoir vos hôtes…