Il rit de nouveau.
— Oh! cela ne m'inquiète guère! Vous êtes née grande dame, et en deux mois je me charge de faire de vous une femme du monde, non pas telle que les têtes vides et les âmes futiles que vous verrez évoluer autour de vous, mais telle que je la comprends — ce qui est tout autre chose.
Valderez ne s'attarda pas à percer le sens obscur de ces paroles. La décision de son mari, ce prochain changement d'existence qu'il lui annonçait de l'air le plus naturel du monde la jetaient dans un véritable ahurissement.
— Mais vous avez votre mère? avança-t-elle timidement. Et que dirait-elle, si…
— Ma mère sait fort bien, naturellement, que du moment où je suis marié, c'est ma femme qui doit tout diriger chez moi et recevoir nos hôtes. N'ayez donc aucune inquiétude à ce sujet. Tout se passera parfaitement, je vous le garantis. Il va falloir vous occuper de vos toilettes…
Il enveloppait d'un coup d'oeil investigateur la jupe de lainage beige et la chemisette de batiste claire que portait la jeune femme.
— Chez qui avez-vous fait faire cela?
— Je fais travailler depuis quelque temps une petite couturière de
Vrinières qui vit bien difficilement.
— Mais qui vous habille fort mal. Faites-la travailler tant qu'il vous plaira, je suis loin de m'y opposer, mais ne portez pas cela, donnez-le à qui vous voudrez.
— J'irai à Angers, chez…