Mme de Ghiliac se redressa brusquement sur son fauteuil.
— Taisez-vous, Roberte! Ne rappelez pas cet odieux potin de salon!
Les lèvres de Roberte eurent ce mouvement particulier à celles du félin qui s'apprête à déchirer une proie palpitante, et, de côté, son regard glissa vers la belle jeune femme qui s'était un peu détournée et redressait la tête, pour montrer sa désapprobation du tour que prenait l'entretien.
— Un potin ridicule, en effet! Personne n'y a cru. Voyez donc, madame, ce que c'est que le monde! Il a suffi que l'on connût la désunion qui existait entre M. de Ghiliac et Fernande, pour qu'aussitôt, parti je ne sais d'où, se répandît le bruit que… lui seul s'était aperçu du danger couru par sa femme.
Valderez eut un brusque mouvement, et son regard, fier et anxieux à la fois, se posa sur la jeune veuve.
— Je ne comprends pas, madame, que vous répétiez devant moi ces racontars!
— Mais oui, de simples racontars, et qui n'ont rien enlevé à la considération fétichiste dont on entoure M. de Ghiliac. Il paraît que le fait de rester muet et impassible lorsqu'on voit un air presque sûrement mortel caresser les épaules moites d'une jeune femme délicate n'entre pas dans la catégorie des fautes impardonnables.
— Roberte, taisez-vous! s'écria presque violemment Mme de Ghiliac.
— Oui, taisez-vous, madame! dit Valderez d'un ton de fière autorité. La plus élémentaire délicatesse aurait dû vous interdire de répéter cette calomnie devant la mère et la femme du marquis de Ghiliac.
Roberte devint pourpre. Et dans le regard qui se fixait sur elle,
Valderez vit luire une rage haineuse qui la fit frissonner.