— Je l'ai envoyé ce matin à Elie. Du reste, il date de trois ans.
— N'importe, on peut juger un peu…
— Eh bien, demandez à votre fils de vous le communiquer, ma chère
Herminie.
Une ombre voila pendant quelques instants le regard de Mme de Ghiliac.
— Elie a horreur que l'on s'immisce dans ses affaires, dit-elle d'un ton bref. Il ne m'a pas chargée de lui chercher une femme, je vous serai donc reconnaissante de ne pas lui parler de cette démarche. Mais je voudrais le voir remarié, à cause de Guillemette… et puis je crains toujours qu'il ne se laisse aller à faire quelque mariage dans le genre du premier. Il y a de ces coquettes si habiles!… Roberte de Brayles, par exemple, qui, entre parenthèses, se compromet vraiment par trop avec lui, comme me le faisait remarquer hier Mme de Mothécourt.
M. d'Essil eut un fin sourire.
— Rassurez-vous, Herminie, votre fils n'est pas homme à céder devant une coquette. Il lui faut rendre cette justice qu'il a une tête remarquablement organisée, sur laquelle les plus habiles manoeuvres féminines n'ont pas prise. Cette pauvre Roberte perd son temps, et, ce qui est plus grave, sa dignité. Fort heureusement, elle a affaire à un vrai gentilhomme. Mais quelle triste cervelle que celle de cette jeune femme! Certes, moi non plus, je n'aurais jamais souhaité pareille épouse à Elie!
Mme de Ghiliac se mit à rire, tout en se levant.
— Triste cervelle! Pas tant que cela! Sa passion pour Elie mise à part, c'était un fameux rêve de devenir marquise de Ghiliac, après avoir été réduite à vivre d'expédients!… Et, dites donc, Jacques, elle en ferait un aussi, votre petite pauvresse de là-bas, si elle devenait la femme d'Elie?
— Oui, la pauvre enfant! Ah! cela changerait Elie! Elle n'aura rien de mondain, celle-là, elle ne saura probablement même pas s'habiller…