— Il faudrait que cette jeune personne acceptât de demeurer toute l'année à Arnelles, de soigner l'enfant, de ne jamais entraver l'indépendance de son mari. Elle devrait être suffisamment intelligente, car Elie n'épousera jamais une sotte.

— Je comprends… intelligence moyenne… Jolie?

Tandis que M. d'Essil posait cette question, une lueur de fine raillerie traversait ses yeux pâles qui enveloppaient d'un rapide coup d'oeil la belle marquise de Ghiliac, — oui, toujours belle et d'apparence si jeune, bien qu'elle fût plusieurs fois grand'mère.

Une contraction légère serra les lèvres fines.

— Non, pas jolie, surtout! dit-elle avec vivacité. Elle aurait peut-être en ce cas des prétentions de coquetterie qu'Elie ne tolérerait pas. Mais il ne voudrait pas non plus d'un laideron.

Un peu de regret se percevait dans le ton. L'expression malicieuse s'accentua dans le regard de M. d'Essil.

— Evidemment! Le contraste serait trop fort, dit-il en riant. Je vois ce qu'il vous faut, Herminie… non, je veux dire ce qu'il faut à Elie. Mais je dois vous apprendre que lui-même m'a parlé à ce sujet, pas plus tard qu'hier, et que je lui ai indiqué une jeune personne susceptible de lui convenir.

— Vraiment! Qui donc? dit-elle vivement.

M. d'Essil lui répéta ce qu'il avait appris la veille à Elie touchant Valderez de Noclare. Mme de Ghiliac l'écoutait avec une attention soutenue. Quand il eut terminé, elle demanda:

— N'auriez-vous pas un portrait d'elle?