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A cette même heure, on annonçait chez Mme d'Essil la marquise de Ghiliac. Ce fut M. d'Essil qui apparut au salon, en excusant sa femme, qu'une douloureuse névralgie retenait au lit.

— Je ne l'avais pas vue, hier soir, chez Mme de Mothécourt, et je venais précisément savoir si elle était souffrante, expliqua Mme de Ghiliac.

M. d'Essil remercia, tout en songeant: "Que nous veut-elle?" car la belle et froide marquise n'avait pas coutume de se déranger facilement pour autrui.

Ils échangèrent quelques propos insignifiants, puis Mme de Ghiliac demanda tout à coup:

— Dites-moi, mon cher Jacques, ne connaîtriez-vous pas, dans vos gentilhommières de province, quelque jeune fille de vieille race, sérieuse et simple, qui puisse faire une bonne épouse et une bonne mère?

Sous les verres du lorgnon, les paupières de M. d'Essil clignèrent un peu.

— Une bonne épouse et une bonne mère? Grâce à Dieu, j'en connais plusieurs aptes à ce beau rôle!

— Oui, mais il y aurait ici un cas particulier. Elie songe à se remarier, Jacques, il m'en a parlé dernièrement. Mais il lui faudrait une jeune personne tout autre que cette pauvre Fernande. Vous connaissez sa nature, vous savez qu'il serait peine perdue de chercher à être aimée de lui. Il veut faire uniquement un mariage de raison, pour perpétuer son nom et donner une mère à Guillemette. Il ne lui faut donc pas une mondaine, une jeune fille frivole, ni une intellectuelle ou une savante.

— Oui, je sais qu'il a en horreur ce genre de femmes.