— Quel être merveilleux! Quel chic! Quelle élégance! Tout ce que j'en avais entendu dire est encore au-dessous de la vérité. C'est un homme à tourner toutes les têtes, qu'en dites-vous, Germaine?

— Oh! pour cela, oui! répondit Mme de Noclare, que cette visite semblait avoir légèrement éveillée de sa torpeur maladive. Quelle surprise nous a faite là M. d'Essil! M. de Ghiliac est fort aimable… et fier cependant.

— Il a bien le droit de l'être! Ah! en voilà un à qui tout sourit dans la vie! murmura M. de Noclare avec un soupir d'envie.

Il se mit à marcher de long en large, les sourcils froncés, tout en aspirant un subtil parfum qui flottait encore dans l'air tiède de la pièce. Valderez venait d'entrer et s'occupait à ranger la table où elle avait servi le thé. Son père s'arrêta tout à coup devant elle.

— Dis donc, tu aurais bien pu changer de robe! dit-il d'un ton sec. Crois-tu qu'il soit convenable de te présenter avec cette vieillerie-là? Quelle opinion a dû avoir de toi M. de Ghiliac, accoutumé à toutes les élégances?

— Mais, mon père, vous savez bien que je n'ai pas eu le temps! Cette robe est vieille, c'est vrai, mais propre… Et que peut nous faire l'opinion de cet étranger? Il a bien vu aussitôt que nous étions pauvres, ce qui n'est pas un déshonneur, si nous savons conserver notre dignité.

— Ah! oui, il l'a vu!… Etre obligé de recevoir un homme comme lui dans cette maison misérable, et avec ça sur le dos! fit-il en désignant sa vieille jaquette râpée. Ses domestiques me mettraient à la porte, si je me présentais chez lui comme cela!

Il leva les épaules et reprit sa promenade à travers la salle. Quand
Valderez fut sortie, il se rapprocha de sa femme.

— Elle est extraordinaire, cette enfant-là, pour être si peu coquette!
Avec une beauté comme la sienne, pourtant!…

— Oui, elle est bien belle… elle le devient un peu plus chaque jour…