Ces paroles étaient extraordinaires dans la bouche de la vieille servante, généralement taciturne et plus portée à adresser à ses jeunes maîtresses des observations moroses que des compliments. Valderez et Marthe la regardaient avec surprise. Elle étendit sa main vers l'aînée…
— Va, ma fille, je prierai pour toi, dit-elle solennellement.
Et, reprenant son couteau, elle se remit à l'épluchage de ses légumes.
Marthe s'éloigna, et Valderez, ayant rapidement parcouru la lettre de son amie, se remit à l'ouvrage. Mais à peine avait-elle donné quelques coups de fer que la porte s'ouvrit, livrant passage à M. de Noclare, très rouge, tout émotionné…
— Viens vite, Valderez, j'ai à te parler, dit-il d'une voie étranglée.
— Qu'y a-t-il? s'écria-t-elle, déjà anxieuse.
Sans répondre, il l'entraîna vers le parloir. Elle eut une exclamation d'inquiétude en apercevant sa mère à demi évanouie sur sa chaise longue.
— Oh! ce n'est rien du tout!… c'est la joie! dit M. de Noclare en voyant Valderez se précipiter vers elle. Un événement si inattendu, si incroyable, si… si…
— Quoi donc? demanda machinalement Valderez, tout en mettant un flacon de sels sous les narines de sa mère.
— Une demande en mariage pour toi! Devine qui?