— Et il faudra quitter mes pauvres petits! dit-elle d'une voix étouffée. Que feront-ils sans leur Valderez?… Mais non, je dis une sottise, personne n'est indispensable.

— Vous êtes tout au moins très utile, ma chère enfant; mais ils sont tous d'âge à aller en pension, et Marthe est très capable de vous remplacer. Et puis, ma pauvre petite, vous n'avez pas le choix! conclut-il avec un soupir. Retournez à votre tâche, et demain j'offrirai le saint sacrifice à votre intention.

Dieu seul, et un peu aussi le vieux prêtre, confident de son âme, connurent ce que souffrit en ces trois jours Valderez. Combien de fois envia-t-elle le sort d'Alice d'Aubrilliers, dont la lettre laissait voir à chaque ligne un tranquille bonheur, basé sur une sérieuse affection mutuelle!

Et comme un incessant aiguillon, il lui fallait entendre son père répéter: "Heureuse Valderez, tu peux dire que tu as eu les fées pour marraines!"; sa mère murmurer d'un ton extasié: "Ma future petite marquise!"; Marthe s'écrier cent fois le jour: "Oh! comment peux-tu hésiter? Moi, j'aurais dit oui tout de suite, tout de suite!"

Personne ne paraissait penser à la possibilité d'un refus. Et Valderez, le coeur serré par l'angoisse, songeait que rien, humainement, ne la sauverait de cette union.

La réponse de M. d'Essil arriva promptement. Il disait avec franchise tout ce qu'il savait sur Elie, ses doutes, ses inquiétudes, et aussi ses soupçons de qualités plus sérieuses que ne le faisaient penser les apparences.

M. de Noclare ne lut pas cette lettre à sa fille. Il passa sous silence ce qui était défavorable et s'étendit longuement sur le reste, insistant sur ce fait que la conduite de M. de Ghiliac ne laissait pas prise à la critique, et que, tout indifférent qu'il fût, il tenait à avoir une épouse très bonne chrétienne.

— Un indifférent! murmura Valderez avec tristesse.

— Eh! tu t'occuperas à le convertir, voilà tout! C'est déjà très bien de sa part de tenir à la religion pour sa femme. Cela doit t'encourager, je suppose?

Valderez, d'un geste inconscient, froissa ses mains l'une contre l'autre.