— Et vous avez choisi?…

— Personne encore, cher cousin. Je n'ai pas trouvé mon… comment dire?… Mon rêve?… Non, c'est trop éthéré encore… Mon type? C'est vulgaire… Enfin, ce que je cherche.

— Sapristi! vous êtes difficile, mon cher! Toutes les femmes sont à vos pieds et vous savez d'avance que l'heureuse élue sera l'objet de jalousies féroces.

— On n'aura pas grand sujet de jalouser celle qui deviendra ma femme, riposta tranquillement Elie.

M. d'Essil le regarda d'un air légèrement effaré.

— Pourquoi donc, mon ami?

Elie eut de nouveau ce petit rire railleur qui lui était habituel.

— Eh! n'allez pas me croire des intentions de Barbe-Bleue!… Bien qu'on ait raconté d'assez jolies choses en ce genre à propos de Fernande, ajouta-t-il avec un léger mouvement d'épaules. J'ai laissé dire, tellement c'était stupide. Aujourd'hui j'imagine qu'on n'en parle plus… Pour en revenir à la future marquise Elie de Ghiliac, j'ai voulu simplement émettre cette idée qu'aucune de ces dames ne serait peut-être très aise de mener l'existence sérieuse, retirée, que je destine à ma seconde femme.

La mine stupéfaite de M. d'Essil devait être amusante à voir, car son cousin ne put s'empêcher de rire, — d'un rire très jeune, très franc, sans aucun mélange d'ironie cette fois, et qui était fort rare chez lui.

— Vous voulez vous retirer, Elie?