— Que vous êtes bonne, madame! dit Valderez, d'autant plus touchée que l'attitude de la marquise avait été hier constamment froide et réservée. Je vous remercie de tout coeur, mais vous le voyez, je suis prête.
— Tant mieux pour vous si vous êtes exacte, car Elie ne peut supporter d'attendre.
Tout en parlant, elle se penchait et rectifiait un détail de la coiffure de la jeune fille. Ses lèvres se crispèrent un peu tandis que son regard, où passait une lueur brève, enveloppait l'admirable visage et rencontrait ces yeux bruns aux reflets d'or qui étaient faits pour charmer le coeur le plus insensible.
— Oui, ce sera bien ainsi, mon enfant… Et vous voilà sans doute bien triste de quitter votre famille pour partir avec un étranger?… car enfin, vous connaissez si peu Elie!
Sous ses cils abaissés, elle scrutait avidement la physionomie émue.
— Oui, et c'est bien ce qui m'inquiète, madame, car je voudrais remplir le mieux possible tous mes devoirs d'épouse; mais j'ignore presque tout de son caractère, de ses goûts, de ce qui peut lui plaire ou lui déplaire. Si vous vouliez me donner quelques conseils, m'indiquer quelques traits de sa nature…
Un léger frémissement courut sur le visage de la marquise, dont les yeux se détournèrent un peu du beau regard confiant et timide. Valderez vit, avec surprise, une expression de commisération un peu ironique apparaître sur la physionomie de Mme de Ghiliac.
— Ma pauvre petite, que me demandez-vous là? Des conseils pour vivre avec Elie? Mais je ne pourrais vous en donner qu'en vous enlevant des illusions… car vous vous en faites, certainement. Voyons, qu'appelez-vous vos devoirs?
— Mais… c'est d'aimer mon mari, de lui être toute dévouée, et soumise dans tout ce qui est juste, dans tout ce qui n'est pas en contradiction avec ma conscience…
Mme de Ghiliac l'interrompit avec un petit rire bref: