— N'y avait-il pas quelques rêves romanesques dans cette petite tête-là? dit-elle à mi-voix. Il m'étonnerait bien qu'il en fût autrement, car vous seriez la première femme qui ne serait pas, plus ou moins, amoureuse d'Elie. N'imitez pas Fernande, ma pauvre enfant, elle en a trop souffert. Gardez votre coeur, puisque lui ne vous donnera jamais le sien.
Du dehors, la voix de Marthe demanda:
— Es-tu prête, Valderez?
— Oui, nous descendons, répondit Mme de Ghiliac.
Et, prenant la petite main glacée sous le gant, elle ajouta à voix basse:
— Vous ne me garderez pas rancune, ma chère enfant, de vous avoir ainsi, sur votre demande, enlevé quelques-unes de vos illusions?
Quelques-unes! Hélas! où étaient ses pauvres petites illusions, ses timides espoirs!
— Non, madame, répondit-elle d'une voix tremblante. Je vous remercie, au contraire, de m'avoir éclairée d'avance sur le rôle que je dois remplir près de M. de Ghiliac. J'avoue qu'il n'est guère conforme à l'idée que je m'étais faite du mariage, et que si j'avais su…
Elle n'acheva pas, mais ses lèvres tremblèrent plus fort.
Mme de Ghiliac ne répliqua rien. Ouvrant la porte, elle sortit, suivie de Valderez. Quand toutes deux entrèrent dans le salon, un discret murmure d'admiration courut parmi ceux qui étaient réunis là. M. de Ghiliac, interrompant brusquement sa conversation avec le prince Sterkine et Roland de Noclare, l'aîné des frères de Valderez, enveloppa d'un long regard la jeune fiancée, si belle dans cette robe à longue traîne, qui accentuait l'incomparable élégance de son allure, sous le voile de tulle léger qui idéalisait encore son admirable visage. Puis il s'avança vers elle, lui prit la main pour la baiser…