M. de Ghiliac se pencha vers elle:

— Il est temps de vous préparer pour le départ, Valderez, dit-il à mi-voix.

Incapable de prononcer une parole, car sa gorge venait de se serrer tout à coup, elle inclina affirmativement la tête. Puis elle se glissa hors de la salle à manger et gagna le parloir.

Oh! se trouver seule enfin, loin de tous, loin de "lui" surtout, dont elle avait senti constamment l'attention portée sur elle, au cours de ce repas! Pouvoir réfléchir enfin… et se dire qu'elle avait eu tort, qu'elle avait commis une faute…

Car n'était-ce pas une faute d'avoir dit "oui", lorsque à ce moment même un insurmontable effroi d'emparait d'elle, tandis que le doute affreux de l'abîme moral existant entre son fiancé et elle s'implantait victorieusement dans son esprit?

Elle avait cédé à une sorte d'affolement, dû à la présence de tous ceux qui remplissaient l'église, à la crainte de l'effet que produirait la réponse négative, à la pensée de l'effrayante colère de son père et de toutes les conséquences d'un tel acte…

Elle avait dit "oui", et, par ce mot, elle avait tacitement promis d'aimer son mari. Elle devrait donc le faire, malgré tout, quel qu'il fût. Mais, comment y parviendrait-elle maintenant, avec cette défiance, cette terreur au fond du coeur?

Dans la pièce voisine, dont la porte était demeurée ouverte, un pas ferme et souple fit craquer le parquet. Valderez eut un frisson d'effroi à la vue de la silhouette masculine qui apparaissait. D'un mouvement instinctif, elle recula jusqu'au plus profond de l'embrasure de la fenêtre dans laquelle elle se trouvait debout.

M. de Ghiliac s'arrêta un moment. Une légère contraction passa sur sa physionomie. Puis il s'avança vers sa femme en disant d'un ton de froide ironie:

— J'ai vraiment l'air de produire sur vous l'effet d'un épouvantail,
Valderez! Me serait-il possible d'en connaître la raison?