Une rougeur brûlante remplaçait maintenant, sur le visage de Valderez, la pâleur qui s'y était répandue tout à l'heure. Une sorte d'affolement passa dans son cerveau surexcité, bouillonnant d'angoisse et de doute. Emportée par un besoin de sincérité, elle dit d'une voix tremblante:
— J'ai commis une faute… J'ai compris que j'avais eu tort en cédant à la pression de mes parents, puisque je n'avais pour vous que de la crainte et aucune sympathie. Tout à l'heure, en entendant M. le curé parler des devoirs de l'épouse chrétienne, j'ai senti que je ne pourrais jamais… à votre égard…
Elle n'osait le regarder, mais elle parlait courageusement, en se disant qu'elle devait, en toute loyauté, lui faire connaître ses sentiments.
— Ah! ce sont ces petits scrupules de jeune personne pieuse qui vous tourmentent!… Parce que ce bon prêtre vous a dit qu'il faudrait aimer votre mari et que vous vous sentez incapable de remplir ce devoir? Rassurez-vous, je ne suis pas si exigeant que lui, et, puisque vous ne me faites pas l'honneur de m'accorder votre sympathie, je m'en passerai, sans vous en faire un crime, croyez-le bien.
Il prononçait ces mots d'un ton de froideur sarcastique, qui soulignait encore la désinvolture ironique de cette déclaration.
Valderez sentit courir dans ses veines un frisson glacé. En levant les yeux, elle rencontra un regard dont l'expression, mélange de raillerie, d'irritation, de défi hautain, était difficile à définir.
— Vous comprenez singulièrement le mariage! dit-elle en essayant de raffermir sa voix.
— Pardon, il n'est pas question de moi! Vous me faites l'aveu — fort peu flatteur, entre parenthèses — de l'éloignement que je vous inspire. Eh bien! la sagesse me commande de vous répondre comme je l'ai fait! Vous ne pensiez pas, j'imagine, que cette révélation allait me conduire au désespoir?
Oh! non, elle ne l'avait jamais pensé, pauvre Valderez! Mais elle ne s'était pas attendue non plus à cette ironie glacée après les paroles et le regard de la veille.
— …Et, quant à ma façon de comprendre le mariage, je ne sais trop si elle vaut moins que celle d'une jeune personne qui accepte de se laisser forcer la main pour épouser un homme qu'elle ne peut souffrir, et s'avise seulement après la cérémonie de prévenir son mari de ses véritables sentiments.