Au même moment, des hurlements se firent entendre, tout près cette fois.

Lise et Varvara s'élancèrent à l'intérieur et refermèrent soigneusement la porte.

— Les voilà! dit Mlle Dougloff, qui s'était approchée de l'étroite petite fenêtre.

Lise s'avança à son tour et réprima un cri de terreur. Il y avait là sept ou huit loups de forte taille, qui dardaient leurs yeux jaunes sur cette demeure où se cachait la proie convoitée.

— Oh! Varvara, comment allons-nous faire?

— Mais simplement attendre qu'on vienne nous délivrer. S'il n'y avait que moi, ce pourrait être plus long, car Varvara Dougloff est un personnage de si petite importance qu'on ne s'apercevrait pas très vite de son absence. Mais il n'en est pas de même de la précieuse petite princesse dont la mort jetterait dans le désespoir ce pauvre Serge… Pourquoi me regardez-vous comme cela? Ignorez-vous qu'il vous aime comme un fou?

— Vous divaguez, je pense, Varvara? balbutia la jeune femme.

Un léger ricanement s'échappa des lèvres de Varvara.

— Ah! pauvre innocente! Je le connais, moi, voyez-vous. A force d'hypnotiser mon regard et ma pensée sur lui, je sais discerner toutes les impressions sur cette physionomie qui est pour les autres une énigme. J'y ai lu son secret dès le jour de votre arrivée à Cannes… et j'avais prévu d'avance quel serait le vaincu dans la lutte soutenue entre son orgueil et son coeur. Je le connais, vous dis-je! Un jour, je l'ai vu ramasser une fleur tombée de votre ceinture, la porter à ses lèvres, puis la jeter au loin avec colère. Vous comprenez, Serge Ormanoff obligé de s'incliner devant une femme, devant une enfant de seize ans qui lui a tenu tête, c'est dur, et la résistance est terrible… Mais la victoire n'en aurait été que plus enivrante, n'est-ce pas, princesse?

Lise, les yeux un peu dilatés par la stupéfaction, l'écoutait, interdite et troublée par l'étrange regard qui l'enveloppait. Au dehors, les loups hurlaient…