Elles prirent hâtivement congé de Mme de Cérigny, qui les reconduisit à leur voiture en leur exprimant tous ses regrets. Le prince Ormanoff les regarda partir et les suivit quelques instants des yeux, tandis que l'équipage s'éloignait.

— Cette jeune fille — cette fillette plutôt — est déjà idéale! fit observer quelqu'un près de lui.

— C'est exact, dit-il froidement.

Et il se dirigea vers l'entrée du pavillon de chasse, suivi par de nombreux regards, car ce grand seigneur slave, de si haute mine et de physionomie si énigmatique, excitait la plus vive curiosité chez les invités du marquis de Cérigny.

Dans la voiture qui emportait les habitantes de la Bardonnaye vers leur demeure, Lise examinait avec un peu d'anxiété le visage de sa belle-mère. Mme de Subrans avait déjà eu quelques petites crises cardiaques, et le médecin avait prescrit d'éviter les fortes émotions.

Mais quelle émotion avait-elle pu éprouver aujourd'hui? Ce prince Ormanoff, dont elle n'avait jamais parlé à ses enfants, devait être presque un étranger pour elle… A moins qu'il ne lui rappelât quelques souvenirs pénibles. Lise savait que sa belle-mère avait perdu ses parents et un frère unique, alors qu'elle était déjà jeune fille. Peut-être Serge Ormanoff se trouvait-il présent au moment de ces malheurs, sur lesquels Catherine ne s'étendait pas en longs détails.

Mme de Subrans, levant tout à coup les yeux, rencontra le regard inquiet de Lise.

— Ne te tourmente pas, mon enfant, dit-elle de la même voix éteinte qu'elle avait tout à l'heure en répondant au prince. Ce ne sera rien. Je n'étais déjà pas très bien ce matin, j'aurais dû m'abstenir…

— Mais oui, maman! Pourquoi ne m'avez-vous rien dit? Il aurait été bien plus raisonnable de rester tranquillement à la maison.

— Certainement, si j'avais pu prévoir…