Ses yeux s'abaissaient sur Lise, toute délicate et si exquise dans sa toilette de drap souple, d'un bleu doux. La jeune fille frémit sous ce regard étrange, indéfinissable, où n'existaient ni admiration ni douceur, mais seulement la satisfaction de l'homme qui a trouvé enfin l'objet rare longtemps cherché.

La teinte verdâtre s'accentua sur le visage de Catherine, tandis qu'elle répondait d'une voix presque éteinte:

— Oui, c'est la fille de Xénia… Lise, ton cousin, le prince Serge
Ormanoff.

Le prince prit la petite main que Lise, glacée à sa vue, ne songeait pas à lui offrir et la porta à ses lèvres. Mais il s'inclinait à peine, et ce geste, chez lui, était accompli avec une telle hauteur, une si visible condescendance, qu'il perdait toute sa signification habituelle de courtoisie respectueuse ou affectueuse, selon les cas.

— J'ai beaucoup connu votre mère, ma cousine. Elle venait passer souvent les vacances à Kultow, mon domaine de l'Ukraine, alors que j'étais un très jeune garçon. Ce fut même là que furent célébrées ses fiançailles avec le vicomte de Subrans.

Et, sans attendre une réplique que Lise, complètement raidie par une étrange timidité, aurait eu grand'peine à trouver, il s'éloigna pour rejoindre M. de Cérigny qui discutait avec quelques-uns de ses hôtes sur les péripéties de la chasse.

— Maman, vous ne m'avez jamais parlé de ce cousin? murmura Lise.

Elle levait les yeux vers sa belle-mère. Et elle s'effraya à la vue de ce visage altéré.

— Qu'avez-vous? Etes-vous souffrante, maman?

— Oui, un peu… Mes palpitations me reprennent. Nous ferions mieux de rentrer, je crois.