— Est-ce que je rêve? — murmura la comtesse Soblowska à l'oreille de sa voisine. Je vois là une toute jeune fille qui ressemble extraordinairement à la défunte princesse Ormanoff.

— C'est Mlle de Subrans. Sa mère était russe, comme sa belle-mère, du reste. Je crois que leur nom était Zoubine.

— Zoubine? En effet, deux comtesses Zoubine, deux cousines, ont épousé successivement un Français… Mais alors, ces dames seraient cousines du prince Ormanoff?… Et, j'y pense, cette ressemblance s'explique! Olga Serkine était fille d'une Zoubine.

— Voyez, il se dirige vers elle. Une pareille ressemblance doit l'émotionner, cependant!

Mais le plus perspicace des observateurs n'aurait pu saisir aucune impression de ce genre sur le visage impassible du prince Ormanoff, tandis qu'il s'avançait vers Mme de Subrans.

La vicomtesse, en tournant la tête, l'aperçut tout à coup à quelques pas d'elle. Une teinte un peu verdâtre couvrit son visage, sur lequel courut un frémissement, et pendant quelques secondes une lueur d'effroi parut dans son regard.

— Vous ne vous attendiez pas à me rencontrer ici, Catherine Paulowna? dit-il en la saluant.

Elle balbutia:

— En effet, j'ignorais que vous fussiez en villégiature dans ce pays.

— Je suis depuis cinq jours l'hôte du marquis de Cérigny… Voulez-vous me présenter votre belle-fille?… Car je suppose que j'ai devant moi la fille de Xénia Zoubine?