— Eh bien, Vaguédine?
— Je ne puis trop me prononcer encore, prince. J'espère qu'il ne s'agit que d'un ébranlement nerveux. Mais d'abord, qu'est-il arrivé?
— Je n'en sais rien moi-même. En m'en allant au-devant d'elle dans le parc, vers lequel des domestiques l'avaient vue se diriger, j'ai rencontré deux gardes qui la rapportaient évanouie. L'un d'eux m'a parlé de loups. Mais ce n'était pas moment d'interroger. Bien vite, je l'ai ramenée ici. Maintenant, je vais prendre des informations.
— Elle a prononcé le nom de Mlle Dougloff, murmura le docteur.
— Oui… Je vais savoir si ces hommes ont connaissance de quelque chose.
Michel et Piotre, prévoyant qu'ils seraient interrogés, étaient venus jusqu'au château où les avaient rejoints leurs camarades, pour faire leur rapport sur le tragique événement. Appelés en présence de leur maître, ils racontèrent en peu de mots, par l'organe de Michel, ce qu'ils avaient vu.
— C'est bien… Je vous remercie et je n'oublierai pas que c'est vous qui l'avez sauvée, dit le prince en les congédiant avec une bienveillance qui les abasourdit quelque peu.
Serge rejoignit le docteur Vaguédine et lui rapporta brièvement le récit des gardes.
— Voici, selon moi, ce qui s'est passé, ajouta-t-il. Cette misérable Varvara jalousait et haïssait ma femme. Je m'en étais aperçu et hier, trouvant un prétexte valable, je lui avais fait comprendre qu'elle eût à quitter mon toit. Cette âme trouble et mauvaise a, sans doute, combiné alors quelque atroce vengeance… Mais Lise seule, quand elle sera complètement remise, pourra nous apprendre toute la vérité, que je devine épouvantable.
— Ce doit être cette femme qui lui a abîmé les mains, fit observer le docteur. Ses ongles étaient de véritables griffes.