Une lueur effrayante s'alluma dans les yeux de Serge.

— Oh! si elle n'était pas morte! si je pouvais la tenir vivante entre mes mains! dit-il avec violence.

"Peste! je crois qu'il la traiterait bien, en effet! songea le docteur. Et ce n'est pas moi qui lui donnerais tort, car vraiment, s'attaquer à un ange comme la princesse Lise!…"

Quand Serge et le médecin revinrent chez Lise, la jeune femme reposait dans son grand lit Louis XV. Un tremblement l'agitait. Mais l'effroi que le souvenir affreux mettait encore dans son regard disparut quand Serge fut assis près d'elle, qu'il tint entre ses mains les petites mains déchirées que Dâcha avait couvertes d'un onguent rafraîchissant et enveloppées d'une bande de fine toile.

Le docteur fit prendre à Lise un calmant, s'assura que la fièvre n'était pas très forte, puis il s'éloigna en disant que la malade n'avait besoin que de repos.

— Me permets-tu de rester près de toi, Lise? demanda Serge d'un ton de prière. Je ne bougerai pas, pour ne pas t'empêcher de reposer.

— Oh! oui, restez! J'ai peur quand vous n'êtes pas là! dit-elle en frissonnant.

— Alors, tu ne me crains plus?… Et tu me pardonneras peut-être un jour ma tyrannie, ma cruauté envers toi, petite âme angélique que j'ai fait souffrir? Et cette scène, hier! Oh! combien donnerais-je pour pouvoir l'effacer de ton souvenir! Pourras-tu me pardonner, dis, mon amour?

— Oui, oh! oui, puisque vous regrettez… puisque vous m'aimez, dit la voix affaiblie de Lise.

— Merci, ma bien-aimée! Mais j'ai à réparer maintenant. Désormais, c'est toi qui régneras, et je ne serai que le premier de tes serviteurs.