Elle eut un geste de protestation.
— Non, Serge! Je vous dois obéissance pour tout ce qui est juste…
— Petite sainte! dit-il en la couvrant d'un regard de tendresse émue. Sais-tu à dater de quel moment je t'ai le plus aimée? C'est quand tu m'as résisté pour conserver ta religion. Ce jour-là, j'ai compris que tu étais une âme, — une vraie. Et dans ma colère, je t'admirais, Lise… Mais, ô ma pauvre chérie, combien je t'ai fait souffrir!
— Il ne faut pas parler de cela! murmura-t-elle en mettant sa main sur la bouche de son mari.
— Non, ma petite âme, je n'en parlerai pas, mais j'y penserai toujours. Maintenant, tu seras libre, et tu pratiqueras ta religion comme tu l'entendras. Et un jour, peut-être, en voyant mon repentir et mon amour, tu m'aimeras un peu, enfant chérie dont je fus l'odieux tyran?
Doucement, elle inclina sa tête sur l'épaule de Serge en murmurant:
— Vous êtes mon cher mari.
XV
Comme l'avait prévu le docteur Vaguédine, les nerfs de la jeune princesse avaient été fortement ébranlés. Aussitôt qu'elle fut un peu moins faible, Serge l'emmena hors de ce Kultow qui lui rappelait un si triste souvenir; ils regagnèrent Cannes, où les accueillirent un soleil radieux et une température tiède, qui, dès les premiers jours, amena une amélioration notable dans la santé de Lise.
Les Rühlberg les avaient suivis. Aux yeux de Serge, Sacha, si espiègle et si gai, était précieux pour distraire sa jeune tante… Car maintenant, le prince Ormanoff ne voyait au monde que le bien-être, la satisfaction de Lise.