— Une malheureuse qui a tué ta mère et qui a risqué de faire le malheur de toute ta vie!
Les lèvres de Lise frémirent.
— C'est justement parce que j'ai beaucoup à lui pardonner que je dois me rendre près d'elle, dit-elle d'une voix tremblante.
Serge se pencha et prit ses mains qu'il porta à ses lèvres.
— Mon cher ange, tu sais que je ne puis rien te refuser! Mais, vraiment, cela est tellement peu raisonnable!… Et quand veux-tu partir?
— Ce soir, si c'est possible. Songe qu'elle est tout à fait mal, qu'elle peut être enlevée d'un moment à l'autre, avec une maladie de ce genre surtout. Puis ces pauvres enfants sont si seuls, dans de pareils moments!
— Allons, nous partirons ce soir!… Mais je pense qu'après cela Anouchka ne trouvera plus que je suis si terrible? ajouta-t-il, avec un sourire tendre qui donnait maintenant un charme tout particulier à sa hautaine physionomie et un rayonnement très doux à ses yeux, toujours bleus quand ils se posaient sur Lise.
Elle se leva et glissa son bras sous le sien.
— Elle dira que tu es très bon… Et elle ne se doutera pas encore jusqu'à quel point tu l'es.
— Il faut que ce soit toi pour trouver cela, ma sainte petite Lise, riposta-t-il avec émotion.