Alors elle s'affaissa sur un siège et enfouit son visage entre ses mains.
— C'est affreux!… affreux!… murmura-t-elle. Pauvre petite Lise, dois-je donc te sacrifier? Oui, car je sais trop bien qu'il mettra sa mesure à exécution. Alors mes enfants seraient déshonorés… Et Lise, elle-même, serait si malheureuse, en apprenant que… Oh! quelle torture que ce poids que je traîne! gémit-elle en se tordant les mains. Pourquoi faut-il que cet homme soit venu y ajouter encore!… Il est vrai que, peut-être, Lise sera près de lui plus heureuse que je ne le crois. Charmante comme elle l'est, il l'aimera, si froid que soit son coeur. Elle l'amènera à des idées moins intransigeantes…
Elle essayait ainsi de se rassurer, de se persuader même que Lise trouverait le bonheur dans cette union. Après tout, il était vrai qu'elle avait entendu dire qu'Olga semblait très heureuse, et qu'elle aimait beaucoup son mari. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour Lise?
— Je vais lui parler… Il y a bien la question de religion, mais elle s'arrangera avec lui. Après tout, il ne cache pas qu'il est indifférent et ne tient à la sienne que par tradition. Dès lors, il se laissera fléchir, si elle sait s'y prendre.
Elle se leva, ouvrit la porte et appela:
— Lise!
Puis elle entra dans la pièce voisine et s'assit à sa place habituelle, mais en tournant le dos au jour, car elle avait conscience de l'altération de son visage.
— Vous m'avez appelée, maman? dit Lise en s'avançant d'un pas léger.
— Oui, mon enfant. Assieds-toi ici, et écoute-moi… Je vais droit au but. Le prince Ormanoff, voyant en toi le vivant portrait de sa première femme, ta cousine et la sienne, te demande en mariage.
Lise eut un sursaut de stupéfaction en fixant sur sa belle-mère ses beaux yeux effarés.