— C'est vrai, vous semblez bien fatiguée, maman! Qu'avez-vous?
— Ce coeur, toujours, dit Mme de Subrans d'une voix un peu haletante. Il me faudrait du calme… et ce n'est pas aujourd'hui que j'en aurai… surtout si tu te montres récalcitrante, Lise.
— Maman, est-ce possible que vous vouliez cela? s'écria Lise avec angoisse. Je ne connais pas ce prince Ormanoff…
— Mais moi, je le connais; je sais qu'il a rendu sa première femme heureuse. Certes, il est d'apparence très froide, mais que signifie cela? Les belles protestations, les douces paroles ne cachent souvent que des pièges. De plus, vu ta jeunesse, il ne sera pas mauvais pour toi d'avoir un mari sérieux, qui saura te diriger… Ne prends pas cet air navré, Lise! Ne croirait-on pas que je te condamne au supplice?
Lise tordit machinalement ses petites mains.
— Il me fait peur!… Et puis, jamais encore je n'avais pensé que je puisse me marier. Cela me semblait si, si lointain! Je me considérais toujours comme une enfant… Et, tout d'un coup, vous venez me dire qu'il faut que je devienne la femme de cet étranger, qui m'emmènera où il voudra, loin d'ici, loin de vous tous! Oh! maman! dites-lui non, ne pensez plus à cela, je vous en prie!
Mme de Subrans abaissa un peu ses paupières, comme si la vue du doux regard implorant lui était insoutenable.
— Tu es folle, Lise! Certes, tu n'avais aucune raison jusqu'ici de penser au mariage; mais, du moment où une occasion inespérée se présente, il importe de ne pas la laisser échapper.
— Mais, maman, je sui sûre que le prince Ormanoff n'est pas catholique!
— Non, naturellement. Mais tu seras mariée d'abord selon le rite de ta religion, ainsi qu'il est habituel pour les unions mixtes.