— Tu vois, enfant, en quel état précaire est ma santé, dit-elle d'une voix étouffée. Un jour ou l'autre, je puis m'en aller dans une crise, dans une syncope. Tu resterais sans proche parenté… Tandis que, mariée, tu n'aurais besoin de personne, et je partirais plus tranquille pour toi…

La main brûlante de Lise se posa sur celle de sa belle-mère, qui tremblait convulsivement.

— Vraiment, si j'acceptais ce mariage, vous seriez satisfaite, maman?

Un oui presque imperceptible passa entre les lèvres de Catherine.

— En ce cas, puisque vous pensez que c'est un bien pour moi, j'épouserai le prince Ormanoff, dit Lise d'une vois un peu éteinte.

En même temps elle se penchait, offrant son front aux lèvres de sa belle-mère.

Catherine eut un geste pour la repousser, mais, se raidissant, elle donna un baiser à l'enfant qu'elle venait de sacrifier aux exigences impitoyables de Serge Ormanoff.

— Va, Lise, dit-elle d'un ton affaibli. Laisse-moi, j'ai besoin de me reposer. Et ce soir, j'écrirai un mot à Serge.

Lise sortit du salon et, gravissant rapidement l'escalier, entra dans sa chambre, une grande pièce simplement meublée qu'elle entretenait elle-même avec beaucoup de soin. Elle se jeta à genoux devant son crucifix et, prenant sa tête à deux mains, se mit à pleurer.

— Mon Dieu, mon Dieu, est-ce possible!… Je ne pourrai jamais! j'ai trop peur!… Oh! Gabriel, priez pour moi! dites, cher Gabriel, priez pour votre petite Lise!