Mme de Subrans ne protesta pas. De fait, elle n'en pouvait plus. Puis, ne valait-il pas mieux laisser seuls les fiancés? Peut6être ainsi une étincelle jaillirait-elle ente eux.
Cependant, un tel événement ne semblait pas devoir se produire. Le prince Ormanoff avait avancé à Lise un fauteuil et avait pris place près d'elle. Avec sa haute taille, il semblait la dominer et l'écraser. Posant sa longue main fine sur l'épaule de la jeune fille, il se mit à l'interroger sur son existence, sur ses occupations, sur ses études. Comme elle répondait d'une voix étranglée par l'émotion, il l'interrompit…
— Avez-vous peur de moi, Lise? demanda-t-il d'un ton presque doux.
Elle murmura en rougissant:
— Un peu, oui. Pardonnez-moi…
— Cela ne me déplaît pas, à condition que cette crainte ne vous paralyse pas et ne vous enlève pas l'usage de la voix. J'ai l'intention de vous rendre très heureuse, pourvu que vous soyez docile à la direction que je vous donnerai.
— Je ferai ce que vous voudrez, dit-elle doucement.
Elle se rappelait tout à coup les conseils de l'Apôtre sur la soumission requise de l'épouse envers l'époux, et songeait qu'elle, si jeune, avait plus que d'autres besoin de s'y conformer.
Serge continua son interrogatoire. Il eut un hochement de tête satisfait en apprenant qu'elle parlait couramment le russe et l'allemand, mais fronça le sourcil au seul mot de latin.
— Vous me ferez le plaisir d'oublier cela, dit-il froidement. Rien ne donne davantage à une femme un air de pédantisme, — ce que je déteste le plus au monde. Du reste, votre instruction me paraît en voie d'être poussée trop loin. Heureusement, il est temps encore d'endiguer.