— Vous… vous ne me permettrez plus de travailler? balbutia-t-elle.
— Ah! certes non! Salir vos doigts à des écrivasseries inutiles à votre sexe, fatiguer vos beaux yeux à des études ridicules! Ce n'est pas moi qui autoriserai jamais cela, Lise!
Des larmes qu'elle ne put retenir vinrent aux yeux de la jeune fille.
Serge eut un mouvement d'irritation, et il parut à Lise que sa main s'appesantissait lourdement sur son épaule.
— Ecoutez-moi, et que ceci soit dit une fois pour toutes: accoutumez-vous à ne plus pleurer à propos de tout et de rien, comme le font si volontiers les femmes, car rien n'est plus insupportable.
Elle courba la tête et essaya de refouler ses larmes. Mais elles augmentaient au contraire, et glissaient lentement sur ses joues et jusque sur le corsage de voile blanc qu'elle avait revêtu aujourd'hui en l'honneur de ses fiançailles.
Une lueur d'émotion, presque imperceptible, parut un instant dans le regard du prince. Il eut un mouvement pour se pencher vers Lise. Mais, se ravisant, il s'enfonça dans son fauteuil en disant d'un ton calme:
— Quand vous serez plus raisonnable, nous causerons, petite fille trop impressionnable.
Il sortit de sa poche un étui d'or délicatement ciselé et, l'ouvrant, y prit une cigarette. Bientôt une mince spirale de fumée s'éleva et une odeur de fin tabac flotta dans la pièce.
Du coin de l'oeil, Serge observait sa fiancée. Elle tenait toujours la tête baissée, mais les pleurs séchaient sur ses joues un peu empourprées.