— Voilà ce que je fais des "fleurs du souvenir". Quand à une pareille résistance à ma volonté, je me dispense de la qualifier. Mais je vous engage à ne plus recommencer une scène de ce genre.
Il lui prit le bras, et, le serrant sous le sien, emmena la jeune femme vers la porte du cimetière.
Elle se laissait faire, incapable de résister. Mais son pauvre coeur bondissait de douleur et d'effroi, et des larmes s'amoncelaient sous ses paupières frémissantes.
Devant la porte attendait la superbe automobile du prince Ormanoff. Serge y fit monter sa femme, et s'assit près d'elle en jetant cet ordre au chauffeur:
— A toute vitesse!
Presque sans bruit, l'automobile s'éloigna, et, à peine hors du village, prit une allure folle.
Lise, d'abord, n'y fit pas attention. Elle concentrait sa pensée sur cette pauvre fleur, qui gisait là-bas sur le sol neigeux, piétinée, méconnaissable, — la fleur de Gabriel, blanche et pure comme lui.
Et les larmes brûlantes glissaient, une à une, sur son visage pâle et désolé, sans qu'elle songeât à la défense qui lui avait été intimée naguère, sans qu'elle remarquât le regard d'impatience irritée qui se posait sur elle.
Mais tout à coup, elle sursauta, et ses yeux stupéfaits allèrent du paysage fuyant, inconnu d'elle, aux objets qu'elle remarquait seulement maintenant, posés sur la banquette de devant: la magnifique pelisse de zibeline que le prince avait voulu qu'elle emportât pour le voyage, et le sac — une merveille d'élégance raffinée — qu'il lui avait rapporté de Russie. Elle avait laissé ces deux objets dans sa chambre, comptant les prendre au retour du cimetière. Qui donc avait eu l'idée de les descendre et de les mettre dans la voiture sans l'attendre? Le sac n'était même pas fermé…
Elle leva vers son mari ses yeux encore gros de larmes, en murmurant timidement: