— Est-ce que… nous ne retournons pas tout de suite à la Bardonnaye,
Serge?
— Ni tout de suite, ni plus tard, dit-il d'un ton sec.
Elle se redressa brusquement.
— Vous ne voulez pas dire que… que je vais partir sans les revoir, sans les embrasser? balbutia-t-elle.
— Parfaitement, c'est cela même. Ces adieux étaient inutiles et j'aurais encore eu à supporter la vue de ces larmes que vous fait verser une sensibilité réellement à fleur de peau. Vous pourrez écrire un mot à Mme de Subrans, une fois à Cannes, je vous y autorise.
Lise jeta un regard désespéré vers le paysage qui passait avec une vitesse vertigineuse.
— Mais ce n'est pas possible! Je ne peux pas m'en aller comme cela! dit-elle d'une voix étranglée. Je vous en prie, Serge, revenons!… Je ne serai pas longue, le temps seulement de les embrasser, de leur dire…
Il détourna les yeux des belles prunelles implorantes, et un pli de colère vint barrer son front.
— Taisez-vous, Lise, cessez ces supplications ridicules! Il me plaît d'agir ainsi, vous n'avez qu'à vous soumettre, — d'autant mieux que vous avez à vous faire pardonner votre révolte de tout à l'heure, pour laquelle il n'est pas mauvais que vous ayez une punition.
Les petites mains jointes retombèrent, les paupières s'abaissèrent sur les yeux noirs qui se remplissaient de nouveau de larmes. Lise s'enfonça davantage dans son coin, en appuyant sur ses mains tremblantes son visage glacé par l'émotion douloureuse. Elle savait maintenant qu'en cet époux qui avait ce matin, par la voix du prêtre, promis amour et protection à Lise de Subrans, elle ne trouverait qu'un maître despotique et impitoyable.