— Vous êtes destinée à en être le plus charmant ornement, Lise.

Etait-ce un compliment? Rien, dans le ton froid ni dans la physionomie du prince, ne pouvait le lui faire croire. Il semblait plutôt lui tracer en quelques mots un programme.

La voiture s'arrêtait devant le double perron de marbre blanc, au pied duquel était rangée la domesticité, en très grande partie russe. Serge aida à descendre la jeune femme, qui jetait un regard effaré sur tous ces gens respectueusement courbés. Lui faudrait-il donc, en tant que maîtresse de maison, commander à tout ce monde?

Brièvement, Serge lui nomma l'intendant, la femme de charge, le majordome, les principaux de ces serviteurs dont le maître lui-même ne connaissait pas au juste le nombre, qui le suivaient dans tous ses déplacements et s'augmentaient encore d'autres unités durant ses séjours en Ukraine, par suite de l'éloignement du domaine et de l'immensité du château qui exigeait un personnel énorme.

Cette formalité accomplie, le prince et Lise pénétrèrent dans le vestibule dont les délicates colonnes de marbre blanc disparaissaient presque sous les fleurs, et de là dans un salon où se tenaient trois personnes: une jeune femme et deux garçonnets de dix à douze ans.

Serge avait parlé comme d'une chose sans importance de la présence chez lui de sa soeur et de ses neveux. Il n'avait jamais été question que Mme de Rühlberg vînt assister à son mariage. Son frère semblait la considérer en quantité très négligeable, et Lise savait par sa belle-mère qu'elle était insignifiante, très apathique et d'assez faible santé.

Tout cela en effet se lisait sur la physionomie de la belle femme blonde, un peu forte, au teint trop blanc et aux yeux bleus hésitants et sans expression, que Serge présenta en ces termes:

— M a soeur, Lydie Vladimirowna, baronne de Rühlberg.

Lydie offrit à sa belle-soeur une main garnie de bagues étincelantes, en prononçant, d'une voix lente, quelques paroles de bienvenue, très banales, auxquelles Lise, malgré son émotion, n'eut pas de peine à répondre. Puis les deux enfants baisèrent la main de leur oncle et de leur nouvelle tante. L'aîné, un gros garçon blond et flegmatique, ressemblait à sa mère. Mais le petit Sacha était un joli enfant brun, frêle et un peu pâle, aux yeux gris intelligents et vifs, qui se fixèrent avec une naïve admiration sur la jeune princesse.

— Venez vous reposer maintenant, Lise, dit le prince Ormanoff.