Les femmes de chambre firent des prodiges de célérité et bientôt la jeune femme vint rejoindre son mari. Dans cette toilette du soir, d'un blanc crémeux, Lise, avec son visage reposé par le sommeil, était idéalement belle.

Serge l'enveloppa d'un long regard, et un sourire vint à ses lèvres en rencontrant les yeux, un peu inquiets, qui se levaient vers lui. Il prit la petite main tremblante et la posa sur son bras.

— C'est très bien ainsi, Lise. Je ferai de vous la plus charmante des princesses et la plus parfaite des épouses.

Pendant le dîner, servi avec tous les raffinements imaginables, la conversation fut languissante. Le prince parlait peu, sa soeur également. Quant à Varvara, elle n'ouvrait pas la bouche et personne ne paraissait songer à lui adresser la parole. Toujours vêtue de la même robe noire montante, qui formait un sombre contraste avec les toilettes du soir que portaient Lise et Mme de Rühlberg, elle semblait un personnage très terne et gardait une attitude tout à fait effacée. Une fois seulement, Lise rencontra son regard, et ces yeux bizarres lui firent une impression si singulière qu'elle vit avec plaisir les longues paupières de Varvara demeurer retombantes tout le reste de la soirée.

VII

L'air léger, tiède, parfumé, venait caresser le visage rosé de Lise, assise près de son mari dans la voiture qui les emportait vers l'église. La veille, comme elle s'apprêtait à s'informer près de Serge de l'heure à laquelle elle pourrait remplir son devoir dominical, lui-même avait pris les devants en la prévenant qu'elle eût à se tenir prête pour venir avec lui à la messe.

Il lui avait paru étonnant qu'un homme comme lui se donnât la peine d'accompagner à un office d'une religion autre que la sienne la jeune femme qu'il traitait si visiblement en créature inférieure. Mais elle en avait éprouvé une joie réelle, de même que de le voir pour elle un peu moins raide, presque aimable par instants, durant cette première journée à la villa Ormanoff. Il lui avait fait faire en voiture une longue promenade à travers Cannes, en s'arrêtant chez un joaillier où il avait choisi, sans consulter le goût de Lise, un bracelet qu'il avait attaché lui-même au poignet de la jeune femme. C'était une souple et large chaîne d'or ornée de diamants et d'admirables rubis. Ce bijou superbe semblait lourd sur le délicat poignet, et Lise, à qui il ne plaisait pas, l'avait mis ce matin à contrecoeur, dans la crainte seulement de froisser son mari si elle s'en abstenait.

De même qu'à l'arrivée à la gare, de même qu'au cours de la promenade de la veille, on regardait beaucoup Lise des voitures que croisait celle du prince Ormanoff. L'admiration se lisait sur tous les visages. Et une lueur d'orgueilleuse satisfaction venait éclairer la froide physionomie de Serge, qui jetait de temps à autre un coup d'oeil indéfinissable sur la délicieuse créature assise à ses côtés.

La voiture s'arrêta devant l'église toute blanche qui s'élevait au milieu de la verdure d'un jardin. Lise remarqua avec surprise les deux clochers surmontés de bulbes et les nombreuses croix grecques qui se répétaient partout. Comme cette église était différente de celles qu'elle avait vues jusqu'ici!

De luxueux équipages s'arrêtaient, des hommes de haute mine, des femmes au type slave, richement vêtues, en descendaient. Comme eux, Serge et Lise pénétrèrent dans une nef éclairée par le jour tombant d'une coupole. L'oeil de Lise fut tout d'abord attiré vers le fond par de grandes portes en bois précieux et des rideaux cramoisis. Puis ils distinguèrent, sur les murs blancs, d'immenses images d'or et d'argent.