Que cette église était singulière!… Et comme l'attitude des fidèles différait de celle à laquelle était accoutumée Lise! Ils n'avaient pas de livres et de plaçaient au hasard, sans s'agenouiller ni s'asseoir. Sans cesse, ils faisaient d'amples signes de croix, mais au vif étonnement de Lise, ils touchaient l'épaule droite avant la gauche. Il y en avait qui se prosternaient et frappaient de leur front le tapis épais qui couvrait le sol, puis ils recommençaient à se signer en tournant la tête vers les images rutilantes.
Dans un banc placé à droite du sanctuaire, plusieurs personnes apparurent — de hauts personnages sans doute, car une porte spéciale leur avait livré passage.
Des chants commençaient, très graves, en langue russe, les portes du sanctuaire glissèrent sans bruit. Un prêtre apparut — un prêtre âgé, à la longue barbe blanche, qui parut à Lise très différent de tous ceux qu'elle avait vus jusqu'ici, par le type de physionomie et par la forme de ses vêtements sacerdotaux éblouissants d'or.
Et bien plus étrange encore était sa façon d'officier. Lise ne s'y reconnaissait plus du tout. Puis, comme les chantres, ce prêtre employait la langue russe.
Elle leva vers son mari un regard interrogateur et stupéfait. Serge, debout, croisait les bras sur sa poitrine. Lui ne faisait pas de signes de croix, et il avait l'attitude hautaine et indifférente d'un homme qui accomplit une indispensable formalité de son rang.
Il ne parut pas voir le regard de lise. Et la jeune femme, un peu ahurie, continua à suivre des yeux ces rites inconnus. Elle sentait une vague angoisse l'envahir, à tel point qu'elle était incapable d'apprécier la beauté des chants, d'une simplicité mélancolique et grandiose, à travers laquelle passaient tout à coup des sonorités sauvages.
Un singulier énervement la prenait, il lui venait une hâte fébrile de quitter cette église, de savoir… Quoi?…
L'office se terminait. Le prince Ormanoff et sa femme sortirent un peu avant les autres fidèles. Ils montèrent dans la voiture, qui les emmena le long du boulevard Alexandre-III.
Lise leva les yeux vers son mari, qui s'accoudait nonchalamment aux soyeux coussins dont le vert doux s'harmonisait si bien avec le teint délicat, les cheveux noirs et la robe beige de la jeune princesse.
— Cette église… c'est une église catholique? demanda-t-elle d'une voix un peu étouffée par la sourde inquiétude qui la serrait au coeur.