— Une église catholique? Mais vous avez bien dû voir que non. C'est "notre" église, l'église orthodoxe russe.
Les yeux de la jeune femme se dilatèrent soudainement, une pâleur intense couvrit son beau visage…
— Notre église! Mais je suis catholique!
— Vous l'étiez, voulez-vous dire. Maintenant, il convient que vous n'ayez d'autre religion que celle de votre mari… Mme de Subrans ne vous avait donc pas fait part de ma volonté à ce sujet?
— Elle m'avait laissé entendre, au contraire, que je serais libre de pratiquer ma religion, dit Lise d'une voix éteinte.
Serge eut un méprisant plissement de lèvres.
— C'est un tort. Il était inutile de vous tromper ainsi. Pour ma part, je ne vous en ai jamais parlé, d'abord parce que je croyais que Catherine s'en était chargée, et ensuite parce que je considère la chose comme de peu d'importance. Une certaine religiosité ne dépare pas une femme, lui est même assez utile au point de vue moral, mais elle existe aussi bien dans notre religion que dans le catholicisme. Il faudra vous habituer désormais à prier selon nos rites, Lise.
Il parut à la jeune femme que tout tournait autour d'elle. Pendant quelques secondes, elle demeura sans voix, crispant machinalement ses doigts gantés de blanc sur le manche de son ombrelle.
— Il n'est pas possible que vous me demandiez cela? murmura-t-elle enfin d'un ton d'angoisse. On ne change pas ainsi de religion. La mienne renferme toute la vérité, j'y tiens plus qu'à tout au monde…
Une lueur passa dans les yeux de Serge; sa main, un peu dure, se posa sur le poignet de Lise…